Les distractions

Il nous arrive, au cours de l’oraison, de penser à des sujets très éloignés de ce qui nous occupe. Les distractions sont parfois si nombreuses qu’on n’arrive plus à penser à Dieu et qu’on en est très gêné.

En réalité, les distractions sont un phénomène normal. Nous possédons une mémoire et une imagination. Ce sont des dons de Dieu très utiles. La mémoire nous rappelle les souvenirs dont nous avons besoin à tout moment. L’imagination, l’association des idées permettent d’inventer, de faire des projets. C’est grâce à ces facultés que naissent les œuvres d’art, les créations littéraires. La science moderne est née de la recherche et de l’invention de nombreux savants.

Mais ces instruments merveilleux, nous ne les maîtrisons pas totalement. A certains moments, l’imagination nous encombre d’idées inutiles, en particulier pendant l’oraison . Car à ce moment notre esprit n’est plus occupé par un travail intense. L’objet de l’oraison n’est pas quelque chose de visible, familier. On essaie de penser à Dieu ou à quelque réalité invisible. Par rapport à ce qui a précédé, c’est un moment de vide et de silence.

Alors toutes les idées et images que l’on avait écartées, lorsqu’on était absorbé par une occupation précise, reviennent en force et nous avons du mal à les maîtriser. Il n’y a pas à s’en étonner. Les distractions s’expliquent naturellement. Elles peuvent d’ailleurs être aggravées par la fatigue ou encore par un événement inattendu qui nous trouble.

Quand les distractions sont nombreuses, on ne peut plus mettre deux idées bout à bout. On a l’impression de ne plus prier, de ne plus avancer. On est comme « une bûche ». On se demande s’il faut continuer. La prière devient un combat, c’est ce qu’on appelle l’oraison laborieuse.

Il faut accepter humblement cette épreuve. La prière est bonne quand même et le Seigneur est content de nous. Les distractions ne sont rien tant qu'elles ne sont pas volontaires. Il n'y a pas à s'en inquiéter.

Alors que faut-il faire ? Dès qu’on s’aperçoit que l’on est distrait, on revient simplement à l’oraison en douceur, en paix, sans se culpabiliser. On réveille sa foi. On reprend conscience que Dieu est là en nous. Et cela, autant de fois que c’est nécessaire. Sainte Thérèse d'Avila donne ce conseil : "Représentez-vous le Seigneur auprès de vous. Si vous vous habituez à le considérer près de vous, il ne vous manquera jamais".

C’est l’intention qui compte, et donc l’amour. On a donné ce temps à Jésus, cela suffit. Vouloir prier, c’est prier. Une oraison où l’on revient à Dieu sans cesse n’est pas mauvaise. Au contraire, c’est souvent la meilleure, car elle montre que l’on aime vraiment le Seigneur.

Quand l’oraison est difficile, il est bon de faire de courtes invocations : Mon Dieu, je t’aime. Je veux ce que tu veux. Merci pour tout. On peut aussi lire un psaume, ou encore marcher, chanter, réciter du chapelet etc…

Mais il arrive aussi que les distractions viennent de notre faute. Nous pensons à des choses qui nous plaisent et auxquelles nous sommes trop attachés. Dans ce cas, il faut couper aussitôt courageusement et revenir à Dieu. Dans la suite, on essaiera de mettre de l'ordre dans notre vie en faisant, autant que possible, la volonté de Dieu et non pas la nôtre.

Les montagnes

Il reste le problème des pensées qui, tout en étant bonnes, nous empêchent de nous occuper de Dieu. Par exemple, un catéchiste pense à la leçon qu’il va donner. Ou bien on se réjouit d’une bonne action qu’on a vue, on regrette une parole désagréable qu’on a dite. Tout cela est bien. Mais il ne convient pas de s’y attarder exagérément. Il faut retourner à Dieu le plus vite possible. Sinon ces bonnes pensées vont devenir comme de grosses montagnes qui cachent le soleil.

Les tentations

Le démon est l'ennemi. Rien ne lui déplaît tant que de voir quelqu'un prier, car il ne peut rien contre lui. Aussi essaie-t-il par tous les moyens de le détourner de l'oraison. Il attaque toujours sur le point faible. A ceux qui sont trop sûrs d'eux, il suggère de s'attacher aux consolations, de se complaire dans les grandes idées.

A l'inverse, il essaie de décourager ceux qui ont un tempérament anxieux, pessimiste, en augmentant leur trouble. Il leur fait croire qu'ils ne savent pas faire oraison et qu'ils perdent leur temps. Quant une personne dit : "Je prie de plus en plus mal ; je recule au lieu d'avancer"… c'est souvent un piège du tentateur qui cherche à lui faire abandonner la pratique de l'oraison. Que faire ? Il faut persévérer avec humilité et fermeté en se disant que notre façon de prier, quelle qu'elle soit, est agréable à Dieu.

Le désert, la nuit

Il arrive qu’on se trouve dans un état de sécheresse spirituelle très pénible. Dieu semble se cacher, nous abandonner. On peut douter de Dieu, du ciel. On éprouve parfois des tentations de toute sorte. La prière ne dit plus rien. Bien sûr on continue de prier de façon volontaire.

Cette situation peut se prolonger pendant des mois et même des années. On a l’impression d’être dans un tunnel dont on ne sortira jamais. « Pourquoi te cacher au jour d’angoisse » (Ps 10, 1) ; « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 22).

Cette épreuve n’est pas une maladie de l’âme, encore moins une faute. Elle est une étape nécessaire de la vie spirituelle. De même que l’enfant doit un jour abandonner le lait de sa mère pour prendre la nourriture des adultes, de même il faut que la partie sensible de notre être soit privée des consolations dont elle jouissait jusqu’ici. Alors les lumières et les moments de bonheur disparaissent. En réalité Dieu est toujours là. Il est même encore plus proche qu’avant, mais on souffre de ne plus éprouver le sentiment de sa présence.

Loin, d’être le signe d’une moins bonne prière, la nuit de l’âme est le moment où Dieu purifie la mémoire, l’intelligence et la volonté en vue du passage à une étape supérieure, et donc d’un progrès dans l’oraison.

Un des fruits de cette épreuve est l’humilité. L’âme est consciente de sa pauvreté. Elle devient plus douce. Qu’elle vive cette période dans la foi et dans la paix. Qu’elle sache que le Seigneur est toujours en elle et qu’un jour certainement, la lumière reviendra. Plus la nuit aura été longue, plus les grâces seront ensuite abondantes. C’est pourquoi Saint Jean de la Croix appelle ce passage la « bienheureuse nuit ».

Dieu sait faire
que l'oraison ait un tel goût
qu'on y aille comme à la danse
et encore un tel goût
qu'on y aille comme au combat.
(St Nicolas de Flüe)

 

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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