Quand Dieu prend toute la place

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20)

L’Esprit prie en nous toujours de manière secrète. Mais chez certains il peut se manifester avec beaucoup de force. L’âme prend conscience de sa présence. C’est une évidence, il n’y a aucun doute : cela vient de Dieu.

C’est tantôt une douceur, tantôt un très grand bonheur. Comme le fer plongé dans le feu devient brûlant à son tour, ainsi l’âme brûle de l’amour de Dieu. Ses péchés lui semblent pardonnés, oubliés.

La prière n’est plus un travail, mais un don. Elle devient naturelle. On se laisse porter. La durée de l’oraison est un signe. On peut rester en contemplation longtemps, par exemple pendant trois heures, sans effort, sans distractions. Au contraire, elle est un repos.

Quelques-uns se sentent vivre comme hors du temps. Le monde habituel leur paraît lointain, irréel, sans intérêt.

Ils reçoivent de grandes lumières.

Ils ne comprennent pas ce qui leur arrive et sont incapables de l’expliquer.

Mais cet état bienheureux ne dure pas toujours. Parfois, la lumière disparaît ; c’est ce que Saint Jean de La Croix appelle la nuit de l’esprit. Dieu se cache. Lui qui était si proche devient invisible. Alors l’âme est dans le désarroi : Où es-tu ? C’est la souffrance, la nuit totale.

Certains ont même le sentiment étrange d’être rejetés ; Ils éprouvent une conscience très vive de leurs péchés. Ils ont horreur d’eux-mêmes. D’autres sont assaillis par des tentations de blasphème. Cependant l’âme ne doute pasde Dieu : « Tiens-toi en enfer, dit Dieu à Saint Silouane, et ne désespère pas ».

Chez les mystiques, on rencontre souvent cette alternance : tantôt ce sont de grandes lumières et un immense bonheur, tantôt une nuit terrible et des souffrances inexplicables.

"Le Verbe de Dieu, qui est Dieu même et l’Époux de l'âme, vient à l'âme puis la quitte selon son bon plaisir… Une fois le Verbe parti, et jusqu'à ce qu'il revienne, l'âme n'a plus qu'une voix, qu'un cri continuel, qu'un désir sans repos, et comme un perpétuel «Reviens»… Il lui est bien arrivé, certain jour, de feindre un départ, non point qu'il l'eût décidé, mais pour s'entendre dire : «Seigneur, reste avec nous, car le jour décline»…

Il s'en va et revient, à son gré. Il visite l'âme dès l'aube, et la met à l'épreuve en se retirant soudain. S'il s'éloigne, c'est encore une façon de se donner. Son retour est toujours une libre décision de sa volonté ; les deux mouvements sont pareillement judicieux, mais lui seul en connaît les motifs."
Saint Bernard (Sermon 74 sur le Cantique)

Le mystique désire s’unir à la passion de Jésus en souffrant comme lui, avec lui, dans son âme et dans son corps. « Dieu ne peut être atteint que dans la nuit la plus dense, l’aridité la plus totale, la foi la plus obscure » (Saint Padre Pio).

Cependant, le même Padre Pio ajoute : "je souffre beaucoup, c'est vrai, mais je suis très heureux car, dans la souffrance, le Seigneur ne cesse pas de me faire sentir une joie inexprimable… Il me semble sentir mon cœur battre avec celui de Jésus".

"Entre l'extrême douleur et la joie inouïe du Fils du Père… la joie du Christ crucifié est d'accomplir la mission reçue du Père" (Jean Bancal).

INFUS (littéralement : versé dedans) L’Esprit Saint dépose dans l’âme des dons qui dépassent totalement les capacités normales de celle-ci.

MYSTIQUE désigne ce qui est très saint, très élevé, accessible seulement aux initiés.

PASSIF (supporter, souffrir) veut dire que le sujet est saisi, envahi par Dieu ; il se laisse faire.

Les étapes de la vie mystique

Les auteurs spirituels distinguent en général quatre niveaux principaux, qui correspondent aux 4èmes, 5èmes, 6èmes, et 7èmes demeures du Château intérieur de Sainte Thérèse d’Avila.

Les lignes qui suivent indiquent seulement quelques repères. Mais la réalité est infiniment plus complexe. Chaque mystique a un parcours absolument unique.

- L’oraison de recueillement se caractérise par un sentiment très fort de la présence de Dieu. Pourtant ce n’est qu’un début. On reste encore bien faible. . Il y a parfois des nuits sensibles, pénibles à supporter. Elles adaptent la partie sensible (inférieure) à la partie spirituelle de l’âme.

- Dans l’oraison de quiétude (repos, paix), l’intelligence cesse d’agir pendant un court moment. « Pour avancer sur ce chemin et parvenir à ces demeures si souhaitables, il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer » (Ste Thérèse d’Avila). Dieu répand des grâces nombreuses qui purifient l’âme. Il lui découvre, en l'illuminant, une dimension qu'elle ne connaissait pas.

- L’oraison d’union, ou fiançailles spirituelles avec l’Époux. L’âme ressent un très grand amour, une grande connaissance des mystères de Notre Seigneur, un vif désir de louer Dieu et de souffrir pour lui, la volonté de mourir à toutes les choses du monde et à elle-même.

- Vers ce moment, l’âme traverse les nuits de l’esprit, beaucoup plus intenses que les nuits précédentes. Elles sont terribles parce qu’elles s’attaquent aux racines du péché, qui est tellement implanté en nous qu’il fait partie de nous. Mourir au péché, c’est mourir à soi-même. Dieu illumine fortement l’âme qui reconnaît son indignité. Cependant malgré ses souffrances, l’âme sait que le démon ne peut rien contre elle.

- Dans l’union stable ou mariage spirituel, les trois Personnes divines se manifestent. C’est déjà un avant-goût du ciel.

Ces différentes étapes correspondent à des dons que Dieu fait gratuitement à certaines âmes. Ces grâces extraordinaires sont accordées pour le bien de tous, de l’Église entière (charismes). On peut arriver à la sainteté sans les recevoir.

Quant aux phénomènes extraordinaires, comme les visions, les prophéties, le don de guérir ou de faire des miracles, ils n’ont pas de lien direct avec la sainteté. De grands saints, comme Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, n’en ont pas été favorisés. La seule chose que l’on peut et que l’on doit demander, c’est l’amour.

Vers les cimes…

Les mystiques tiennent une place importante dans l’Église. Leurs charismes obtiennent de grandes grâces pour le monde. Un mystique, même très caché, compte plus que mille chrétiens ordinaires.

Dieu désire ardemment se communiquer à nous. Il nous désire infiniment plus que nous ne le désirons.

La vie infuse, l’union à Dieu, est le but de tout homme. C’est notre avenir à tous ; nous l’atteindrons un jour, en ce monde ou en l’autre…

« Nous nous sommes tellement éloignés de la prière que nous sommes arrivés à croire que c’est une activité purement humaine, un appel, un discours à Dieu. Nous ne savons plus que c’est Dieu qui prie en nous.

Prier, c’est se mettre sous l’influence de l’Esprit Saint, se calmer, se recueillir pour laisser sourdre, filtrer, jaillir ce qu’il y a de plus profond en nous pour se rendre dociles à un Autre qui prie en nous.

Prier c’est consentir à plus grand que soi. C’est laisser éveiller en nous, déborder en nous la joie, l’amour du Fils pour son Père.

Il n’y a qu’une prière que le Père aime. Il n’y a qu’une prière que le Père écoute avec ravissement, avec infiniment de joie et de complaisance, c’est le murmure incessant d’amour, de désir, de révérence, d’admiration, de respect, d’action de grâce qui jaillit du cœur du Fils vers le Père. Toute vraie prière est union à cette prière.

Prier, c’est laisser monter de notre cœur jusqu’à nos lèvres l’amour du Fils pour le Père, c'est-à-dire l’Esprit. Prier, c’est se mettre tellement à la disposition de Dieu qu’on le laisse un moment faire en nous ce qu’il veut faire depuis toujours et que nous ne lui laissons jamais le temps de faire » (F. L. Dupire).

« Demeurez en Jésus, non pas pour quelques instants, quelques heures qui doivent passer, mais demeurez d’une façon habituelle, permanente. Demeurez en moi, c’est-à-dire priez en moi, adorez en moi, souffrez en moi, travaillez en moi, agissez en moi. Demeurez en moi pour vous présenter à toute personne et à toute chose, pénétrer toujours plus avant dans cette profondeur… Il me semble qu’au ciel ma mission sera d’attirer les âmes à sortir d’elles-mêmes pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en lui » (Sainte Elisabeth de la Trinité).

« Lorsque l’Esprit établit sa demeure dans l’homme, celui-ci ne peut plus s’arrêter de prier, car l’Esprit ne cesse pas de prier en lui. Qu’il dorme ou qu’il veille, la prière ne se sépare pas de son âme. Tandis qu’il mange, qu’il boit, qu’il est couché, qu’il se livre au travail, qu'il est plongé dans le sommeil, le parfum de la prière s’exhale spontanément de son âme. Désormais, il ne donne pas à la prière une période de temps déterminée, mais tout son temps » (Saint Isaac le Syrien).

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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