Dieu a fait notre corps. « Nous devons aimer notre corps parce que Dieu nous aime, corps et âme » (Saint Thomas d’Aquin). Jésus a eu un corps semblable au nôtre. Le corps est la demeure des trois Personnes divines. Un jour, il ressuscitera. Le corps est le moyen de communiquer avec les autres. Pour être en communion avec les autres, il faut l’être avec soi-même.

Quand on prie, c’est l’homme tout entier qui prie, corps et âme. Le corps exprime l’attitude intérieure de prière et la renforce. La prière du corps est utile, spécialement quand on a du mal à prier : se mettre à genoux ou faire un signe de Croix, c’est déjà une manière de prier.

La respiration

Avant l’oraison, je reviens au calme, je prends du recul par rapport aux événements ou actions que je viens de vivre : j’existe. Qu’est-ce que je vais faire ?

Je vais à l’oraison. Bien s’asseoir, tronc droit, yeux baissés. Faire quelques respirations profondes. Suivre par la pensée l’air qui entre en moi, puis l’air qui sort. Exercice d’apaisement, de recueillement, d’intériorisation. Respirer ainsi consciemment de temps en temps aide à vivre le présent dans la paix.

L’air que je respire est insaisissable ; en même temps il est source de vie. De même Dieu. L’air me fait penser à Dieu.

- L’inspiration, c’est l’accueil de la vie. L’air est un don de Dieu.

- L’expiration consiste à se désencombrer pour accueillir : signe d’une disponibilité. Je m’offre à Dieu ; l’Esprit me vide de moi-même, me purifie.

Le poète persan Saadi de Chiraz suggère le sens de la respiration :

« Chaque respiration contient deux bénédictions :
La vie est donnée dans l’inspiration.
La mort est rejetée par l’expiration.
Remerciez Dieu deux fois à chaque respiration ».

Je peux également mettre une parole sur l’inspir et une parole sur l’expir. Par exemple :

Jésus Sauveur
Viens en moi Je vais vers Toi
Sanctifie-moi Purifie-moi
Viens, viens en moi à mon aide Prends pitié de moi
Merci Je t’aime

Chacun invente ses formules. On répète ces paroles plusieurs fois. Ensuite on prend une parole de l’Écriture.

En dehors de l’oraison (déplacement, travail), je peux pratiquer de temps en temps cet exercice.

L’immobilité

Une certaine immobilité pendant l’oraison révèle une grande attention à Dieu. Elle est aussi le signe d’une maîtrise de soi : Seigneur, je suis à Toi, je t’écoute.

Quand on dit que le corps est immobile, il faut appliquer cette règle avec souplesse. Il faut rester humain. Il ne s’agit pas de transformer le corps en statue, au prix d’un effort qui détournerait de l’attention à Dieu. L’important c’est de quitter l’agitation. On s’intéresse à la présence de Dieu et à ce qu’il réalise dans l’âme.

Le mouvement

La pratique de l’oraison suppose une existence équilibrée. La vie est faite d’alternance entre repos et activité physique. Puisque l’oraison demande une immobilité prolongée, il est nécessaire qu’à d’autres moments le corps ait sa part de détente.

Les différents exercices du corps sont excellents, du moins pour les personnes qui le peuvent : travaux manuels, marche, course, sport, mouvements rythmés, ainsi que les danses sacrées juives, indiennes ou chinoises. L’Orient a une longue expérience dans ce domaine.

Les attitudes du corps

Toutes les attitudes pendant la prière sont bonnes : par exemple, que l’on soit assis, à genoux, prosterné, couché etc…

La marche et la danse ont aussi leur valeur. Chaque attitude ou geste évoque un sentiment intérieur. Ce qui compte, c’est de les vivre consciemment. Pourquoi est-ce que je suis debout ? ou assis ?Pourquoi est-ce que je marche ? Par là, qu’est-ce que je veux dire à Dieu ?

Dans chaque position, l’essentiel est d’être à l’aise : prendre une position où l’on puisse durer, sans être distrait ou gêné. Quand une attitude fatigue, on peut changer. Chacun se met comme il l’entend, sauf bien sûr, dans les offices liturgiques.

L’attitude debout

Elle exprime à la fois le respect devant Dieu et l’élan du cœur vers Lui. Nous tendons vers Dieu. Elle signifie également la vigilance, l’écoute. « Restez debout comme des serviteurs » (Luc 12, 35). Les bras, le long du corps disent la disponibilité : Seigneur, je suis prêt à faire ta volonté.

Elle rappelle encore la résurrection de Jésus, relevé d’entre les morts. Se tenir droit montre que nous sommes vivants, physiquement et spirituellement.

La position des bras

On peut rapprocher les mains en un geste d’offrande. Lever les mains a plusieurs significations : Ce peut être la louange, la supplication : « Je te bénirai ma vie durant et à ton nom je lèverai les mains » (Ps.63, 5-6) ; « Levez-vous et bénissez Yahwé votre Dieu ». Et, « tout le peuple, mains levées, répondit « amen ». Puis ils s’inclinèrent » (Neh 9, 5).

L’inclination

Elle indique la « crainte de Dieu », le respect, la vénération. C’est ce que l’on fait devant le Saint-Sacrement. A ce geste, se rattache la génuflexion dont la pratique est traditionnelle : « Je fléchis les genoux devant le Père » (Eph. 3, 14).

A genoux

Cette position signifie l’humilité, la supplication ou le repentir : on est comme le mendiant qui n’a rien.

Assis

La position la plus courante, parce que la plus stable est la station assise. Le dos est droit au départ. Le corps est en équilibre, les épaules sont tombantes. Les mains sont posées sur les genoux ou bien les paumes sont tournées vers le haut.

« Marie, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole » (Luc 10, 34). C’est l’écoute, le repos près de Dieu, l’émerveillement de celui qui attend tout de son Père. C’est aussi la demande : « Seigneur, écoute mon appel » (Ps.130, 2).

Assis sur les talons

La variante moderne est le petit banc qui permet une meilleure circulation du sang.

En tailleur

Cette posture est dite, à l’orientale, ou encore en fleur de lotus, « immobile comme une flamme dans un endroit sans vent ». On est en contact direct avec le sol, la terre que Dieu a créée. C’est aussi la position de la méditation bouddhiste. « Seigneur, je suis tout entier à toi ».

Le prosternement

Abraham se prosterne à Mambré (Gen. 18). Moïse tombe à genoux sur le sol et se prosterne (Ex.3, 48). « Prosterne-toi devant Lui » (Ps.45, 12) - (Néhémie 8, 1-12).

L’homme s’agenouille puis s’incline jusqu’à ce que le front touche le sol : les mains sont posées sur la terre. Le prosternement est un geste très fort de tout le corps, l’adoration du Dieu caché, indicible. L’homme, fasciné par la grandeur de Dieu, dit tout son respect, sa vénération,reconnaît sa petitesse. Par son abaissement jusqu’à terre, il exprime aussi la crainte de Dieu et sa condition de pécheur.

On peut encore mentionner la grande prostration qui se pratique lors des ordinations sacerdotales et des engagements des religieux. Le sujet s’étend de tout son long, exprimant le désir de mourir pour renaître à une vie nouvelle.

Le regard

Les yeux levés vers le ciel (Jean 11, 41 et 17,1) signifient le contact avec Dieu, la louange, la confiance. Fermés, les yeux montrent le recueillement, l’intériorité. Fixés sur le crucifix, une icône, l’hostie… les yeux expriment la force du désir, l’attachement du cœur ou le besoin de partager la croix du Christ.

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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