Certains chrétiens disent : “Seul le Christ sauve, l’Église ne sauve pas". C’est-à-dire qu'ils acceptent seulement la foi en Jésus-Christ et en sa Parole, mais n'acceptent pas que l'Église, en tant que Corps du Christ, a été instituée par Lui-même et que c’est par son intermédiaire que le Christ veut sauver les hommes.

Cet enseignement de nos frères est fort attirant et tentateur parce qu'il simplifie assez la religion : il suffit d'avoir la foi en Jésus et en sa Parole pour être sauvé ; on peut se passer de l’appartenance à une communauté humaine qui manifeste notre solidarité avec les autres.

Nous devons nous demander sérieusement si cette conception de l’Église est correcte ou pas, si elle n’est qu'une vérité à moitié.

Essayons de voir dans ce chapitre les diverses conceptions de l’Église que nous présentent les différentes confessions chrétiennes. Car nous croyons, sincèrement, que c'est là l'un des points clés de la triste situation de séparation entre les chrétiens d'aujourd'hui. L'intention de ces lignes n'est, en aucun cas, d’offenser nos frères chrétiens d'autres confessions. Ce n'est pas le désir de polémique qui nous pousse à faire cela, mais plutôt l’amour pour la vérité que nous devons tous chercher car c'est elle qui nous rendra libres (cf. Jn 8, 32).

Quand nous parlons ici des Églises évangéliques, nous faisons référence aux chrétiens de diverses Églises dont l'origine commune est la Réforme du XVIème siècle. En fait, nous les catholiques, nous les appelons Églises protestantes (à cause de leur protestation contre l’Église catholique), les protestants, eux, préfèrent parler d’Églises évangéliques (à cause de leur retour radical à l'Évangile).

En général, les Églises ont adopté le concept d'Église que les grands réformateurs, Luther, Calvin, Zwingli leur ont légué. C'est pourquoi il serait bon de voir d'abord ce qui s'est passé lors du XVIème siècle.

Mais également, avant de lire c chapitre, il est convenable de bien réfléchir sur le thème précédent : “L'Église que Jésus a souhaitée". Nous trouvons là une profonde réflexion biblique à propos de l'union mystérieuse entre Jésus-Christ et son Église ; cette méditation nous aidera à comprendre qu'accepter le Christ c'est aussi accepter son Église.

1. Un peu d'histoire

À la fin du Moyen-Age, l'Église catholique se trouvait dans une lamentable situation religieuse et morale qui atteignait même les plus hautes hiérarchies ecclésiastiques : la recherche des honneurs, l'argent, les distractions mondaines. Et dans la vie des chrétiens, des pratiques et des dévotions religieuses douteuses firent leur apparition.

L'autorité de l'Église n'était plus comprise comme une autorité divine, et l’obéissance à l'Église ne se comprenait plus comme un acte de foi. Le sens profond et mystérieux de l’Église comme Corps du Christ s'obscurcit ; il n'avait plus d'impact dans la vie des chrétiens. Et l’image extérieure de l'Église, avec ses grandes déviations humaines, vint se confondre avec le mystère de l'Église.

Bref ! La situation à cette époque-là était désastreuse, ce qui poussa Luther, avec sa grande préoccupation pastorale, à réformer l'Église et finalement, à rompre avec l'Église. Dans le fond, Luther avait raison de refuser un catholicisme qui n'était pas catholique.

2. Les accents de nos frères protestants dans leur concept d'Église

Luther et les autres réformateurs ne pensent pas que Jésus ait voulu une seule Église visible. Pour eux, l'Église n’est pas une institution de salut et de grâce. Ils croient que c'est seulement par l'intermédiaire de l'Évangile et de la Parole de Dieu que l'Esprit Saint provoque l'acte de foi, réalisant ainsi la justification (= le salut) de l'homme. Dans tout cela, l'Église n'a qu'une fonction secondaire : être servante de la Parole.

Lorsque Luther expliquait le mystère de l’Église, il faisait la fameuse distinction entre Église spirituelle (Église invisible, avec un “E” majuscule) et église visible (“é” minuscule). C'est sur cette distinction que, encore aujourd'hui, nos frères protestants mettent surtout l'accent.

L'Église spirituelle

C'est une entité invisible, cachée, intérieure, sans structure visible ni hiérarchique. Cette Église cachée existe là où la Parole de Dieu est prêchée et écoutée dans toute sa pureté. C’est une réalité mystérieuse et invisible, c'est la communauté de foi (l'Église du Credo) qui est née par et pour la Parole. Et, d’après eux, tous les véritables croyants qui ont écouté et accepté l'Évangile pur appartiennent à cette Église. L'Église invisible est une en sa totalité, jamais elle ne peut être divisée et seul Dieu en connaît les membres. L'Église spirituelle est au sens large le Corps du Christ. Cette Église cachée peut donc exister sans avoir besoin d'une Église visible.

L'Église visible

Elle n'est pas d'institution divine et n’a donc pas un caractère absolu avec une autorité divine. Une certaine organisation, un certain ordre sont bien sûr nécessaires, mais l'Église dans son aspect externe est toujours relative ; elle peut tomber dans l'erreur et être infidèle. L'Église visible n'est aucunement une réalité surnaturelle ni mystérieuse. Aucune phrase de la Bible, dit Luther, n'est en faveur de telle ou telle Église visible. La Parole de Dieu est le seul signe extérieur qui mette en rapport l'homme avec la communauté spirituelle. Et la fonction de l'Église visible n’est que celle d'être “servante de la Parole".

En conclusion, nous pouvons dire que l'Église visible, terrestre, en tant que communauté de grâce et surnaturelle n’est pas accueillie par nos frères protestants. La justification (= le salut) atteint l'homme par la Parole et non pas par l'Église.

Les sacrements de l’Église

Les sacrements sont réduits au Baptême et à la Cène du Seigneur. Mais, selon leur vision, l'Église, par le biais des sacrements, en tant qu’intermédiaire du Christ, ne produit pas un état divin de grâce chez l'homme. Ces sacrements n’ont de force que par la Parole. Ce ne sont que des expressions de foi et ils ne donnent pas la grâce par eux-mêmes mais par la foi. Car, selon eux, les sacrements ne sont pas des actions du Christ par l’intermédiaire de l'Église.

La direction des communautés

A ce propos, nos frères protestants n'admettent pas le sacrement de l'ordre sacerdotal, car tous les chrétiens sont des prêtres. On n'a donc pas besoin d'intermédiaires puisque Dieu sauve directement les hommes. Chaque chrétien est prêtre de lui-même et le Christ est le prêtre de tous. Ainsi donc, cette médiation de l’Église est refusée. Et s'il faut tel ou tel ministère dans l'Église, il ne s'agit-là que d’une fonction comme il y a d'autres services dans l'Église. D'ailleurs, le seul et véritable ministère dans l'Église se réduit à la prédication et au culte, et il n'est pas nécessaire comme un service de l'unité et encore moins comme un ministère sacerdotal de salut.

3. Les accents des catholiques dans leur concept d'Église

Nous partageons avec nos frères protestants plusieurs de leurs points de vue. Il est souvent question, pas toujours, de différences de langage et de forme plutôt que de fond.

Cependant, dans sa réflexion sur son mystère, l'Église catholique ne fait pas cette différence entre Église spirituelle et Église visible. On ne trouve dans la Bible aucune indication claire pour faire cette séparation.

La dynamique de l'incarnation

L'Église catholique a toujours suivi la dynamique de l'Incarnation, c'est-à-dire le fait que le Verbe de Dieu s'est fait visible, s'est fait chair en Jésus-Christ, entrant ainsi dans l'histoire des hommes. D’une façon nouvelle, cette Incarnation du Christ se poursuit dans l'Église qui est le Corps du Christ ressuscité sur la terre (cf. Mt 16, 13-20). L'Église est le prolongement du Christ incarné dans ce monde. C'est pourquoi l'Église du Christ est en même temps communauté visible et communauté spirituelle ; c'est-à-dire communauté hiérarchique par institution divine et Corps Mystique du Christ. L'Église du Christ est une réalité unique et possède, de manière inséparable, des aspects humains et des aspects divins ; mais cela ne constitue pas, selon nous, deux réalités séparées (ainsi que nos frères protestants le proclament). C'est là que se trouve le mystère de l’Église que seule la Foi peut accepter.

Parole et Tradition

Nous croyons que la Révélation divine ne se limite pas à la Parole écrite, mais qu’elle se trouve et dans la Parole écrite (la Bible) et dans la Tradition de l'Église, laquelle nous aide à comprendre cette Parole et à l'actualiser à travers les temps. La révélation de Dieu comprend donc la Sainte Écriture et la Sainte Tradition apostolique. Paul dit aux Thessaloniciens : “Tenez bon et gardez fermement les traditions que nous vous avons enseignées de vive voix ou par lettre" (2 Th 2, 15).

En plus, l'Église du Christ, guidée par l'Esprit Saint est “colonne de vérité" (1 Tm 3, 15), capable de “garder le dépôt des saines paroles reçues des apôtres" (2 Tm 1, 13). C'est dire que le dépôt de la foi (cf. 1 Tm 6, 20 et 2 Tm 1, 14) fut confié par les apôtres à l'ensemble de l’Église.

Des réalités visibles créées par le Christ

Il y a clairement dans l'Église du Christ des aspects objectifs institués par lui et qui ne sont aucunement une création humaine. Ces réalités instituées par Jésus-Christ, telles que le ministère de l’unité, le ministère de la vérité et la plénitude de la grâce dans les sacrements, sont des réalités divines visibles sur terre mais intouchables et nécessaires. Car il s’agit d'aspects objectifs dont l'origine est l’institution divine en la personne du Christ. L’Église catholique n'hésite pas à croire qu'elle est l'Église fondée sur le roc de Pierre et que, avec ses sacrements, son magistère vivant et garanti par l'Esprit, elle est la prolongation de l’Incarnation du Christ sur cette terre. Cela ne veut pas dire que les autres confessions chrétiennes ne font pas partie de l'Église du Christ. L'Église est consciente qu'avec ses sacrements, qui sont réellement des actions du Christ, la plénitude de la grâce et de la vie divine est communiquée à l'homme. Et il ne peut pas en être autrement car c'est par la volonté du Christ qu'elle existe. Et cette Église visible sur terre est, en même temps, le Corps Mystique du Christ qui avance vers le Christ total.

On peut sans doute distinguer dans l’Église un aspect divin et un aspect humain, mais pas pour les séparer. Lorsque le catholique parle de l’Église du Christ, il fait toujours référence à cette réalité divine et objective, qui est intouchable et essentiellement infaillible, car assistée par l’Esprit Saint. L’Église du Christ n'est donc pas d'origine humaine, elle a définitivement un caractère surnaturel. Nous ne pouvons pas douter de l'autorité que le Christ a communiquée par l'Esprit Saint à ses apôtres et donc à leurs légitimes successeurs, les évêques avec le Pape, même si ceux-ci doivent être toujours conscients qu'ils sont des pécheurs appelés à se convertir.

Toujours la même Église

Nous pensons que l'Église du Christ est partout et toujours la même, y compris pendant les époques de décadence, de tiédeur et de pauvreté spirituelle ; elle est la même, malgré ses faiblesses, ses ignorances, ses périodes de manque de compréhension ou d'étroitesse d’esprit. L'Église est toujours Corps du Christ et Mère de tous les croyants. Le Christ est toujours la tête de son Église une, sainte, catholique et apostolique ; et l'Esprit-Saint est toujours le principe vital de cette Église.

Jésus dit à ses apôtres : “Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps” (Mt 28, 20), et “les forces du mal ne l’emporteront pas sur elle" (l'Église ; Mt 16, 18). Il est difficile pour nous aujourd'hui d’accepter que la vision des réformateurs du XVIème siècle à propos de l'Église soit une décision définitive.

4. Considération finale

Nous, catholiques, nous ne pouvons pas refuser que Luther était une personnalité profondément religieuse qui a cherche en toute honnêteté et avec abnégation à être fidèle au message évangélique. Sa critique contre l’Église était guidée par une intention authentiquement chrétienne ; l'Église, comme le voulait Luther, devrait toujours répudier tout ce qui n'est pas conforme à l'Évangile.

Le mérite de Luther et de sa Réforme, c'est d'avoir redécouvert le noyau du message évangélique : c'est seulement par la grâce et par la foi en l’action salvatrice du Christ que nous sommes acceptés par Dieu et recevons l'Esprit de Dieu qui nous invite à réaliser de bonnes œuvres. Aucun catholique ne peut nier ce message évangélique. Mais nous pensons que Luther a tellement insisté sur ce noyau qu’il a oublié le reste. C'est là une simplification de l’Évangile qui risque de l’amputer. Car le noyau est certes le plus important, mais ce n'est pas le tout. Luther a cru bon de construire une nouvelle conception de l'Église. Il créa le concept d’Église invisible à côté d’une Église visible. Nous pensons que cette vision concernant deux Églises ne correspond pas de façon adéquate aux Saintes Écritures ni à la Tradition apostolique. C'est, sans doute, ce nouveau concept d'Église créé par Luther qui constitue le point de plus grande difficulté entre nous, frères chrétiens de diverses dénominations.

Les membres des multiples confessions chrétiennes ne sont pas coupables de cette désunion et ne sont pas privés de sens et de force dans le mystère du salut. Mais, il nous est difficile d'accepter cette opinion selon laquelle “le Christ sauve, l'Église ne sauve pas". C'est une expression ambiguë, car elle présente un christianisme mutilé. C'est une vérité à moitié, car accepter le Christ implique accepter son Église. L'Église est donc le “Christ total", sa projection et son incarnation dans le temps.

Le Concile Vatican Il fait une déclaration dans Lumen Gentium, n°14 qui apporte beaucoup de lumière à cet égard : “L'Église pèlerine est nécessaire au salut... et ne pourront pas se sauver ceux qui, sachant que l'Église catholique a été instituée par Jésus-Christ comme nécessaire, refusent d'y entrer ou d’y demeurer".

Ainsi, si on t'invite à changer de religion, à changer d'Église, lis et médite tout cela qui a été écrit non pas pour juger ou offenser nos frères chrétiens évangéliques mais pour rendre plus claire la vérité et pour qu'ensemble nous cheminions vers l'unité.

Pour réfléchir

1. L'expression : “Seul le Christ sauve ” est-elle correcte ?

2. Quelle est la vision protestante à cet égard ?

3. Que signifie, selon Luther, l’affirmation que Jésus n’a fondé qu’une Église spirituelle et invisible ?

4. Quel est à ce propos la vision de l’Église catholique ?

5. Où trouve-t-on la Révélation divine ?

6. Est-ce que les sacrements signifient et donnent la grâce de Dieu ?

7. Quelles sont les quatre notes essentielles à la véritable Église du Christ ?

8. L'Église est-elle nécessaire au salut ?


Les sept sacrements de l'Église :

1. Baptême
2. Confession
3. Eucharistie
4. Pénitence et de réconciliation
5. Onction des malades
6. Ordre
7. Mariage

Les sept sacrements touchent toutes les étapes et tous les moments importants de la vie chrétienne... En cela il existe une ressemblance entre les étapes de la vie spirituelle...

Ils sont classifiés dans l'ordre suivant :

- Sacrements d'initiation : baptême, confirmation, eucharistie.
- Sacrements de guérison : Pénitence et réconciliation, onction de malades.
- Sacrement du service de la communion : l'ordre, le mariage.

Cet ordre n'est, certes, pas le seul possible, mais il permet de voir que les sacrements forment un organisme en lequel chaque sacrement particulier a sa place vitale (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1210-1690).

Père Carlos Orduna Diez
Clerc de Saint Viateur
1999

Pin It

Saint Jean de la Croix – « La Nuit obscure »

Sainte Thérèse d’Avila – « Le Château intérieur »

Français

- Présence à Dieu – 100 lettres sur la prière. Caffarel. Parole et Silence

- Je veux voir Dieu. P. Marie Eugène. Carmel

- Prie ton Père dans le secret. Jean Lafrance. Mediaspaul. Paulines.

- Je ne lui dis rien, j

...

Une voisine me racontait qu’un jour elle reçut la visite d'un monsieur très poli. Avec un grand sourire, cet homme proposa à la famille l’achat d'une série de beaux livres de culture générale. Il parlait très bien, sur plusieurs thèmes... mais, à la fin, il sortit le thème religieux en disant que le

...

D'où vient, à ce moment-là, la signification du samedi en tant que “ septième jour " consacré à Dieu ? Voici ce que nous lisons dans la Bible : “ C’est ainsi que le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent furent achevés. Au septième jour, Dieu avait achevé son travail et il se reposa en ce septième jour après tout le travail qu'il avait fait. Dieu bénit le septième jour et il en fit un jour saint, parce que, ce jour-là, Dieu s’était arrêté de travailler, après toute cette création qu'il avait faite ” (Gn 2, 13). “ En six jours, Yahvé fit le ciel et la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve, et il s'est reposé le septième jour. C'est pour cela que Yahvé a béni ce jour de sabbat et l’a rendu saint ” (Ex 20, 1).

“ Durant six jours, tu serviras et tu feras tout ton travail, mais le septième jour est un repos en l'honneur de Yahvé ton Dieu ” (Dt 5, 13- 14).

À travers ces textes, nous remarquons que le mot sabbat (repos) avait pour les Israélites de l'Ancien Testament un nouveau sens, un sens religieux. Le sabbat leur rappelait la création de Dieu en six jours avec le repos du septième jour ; et ce dernier jour était consacré à Dieu. L’homme qui, par son travail, imite l'activité du Créateur, doit aussi imiter, par son “ repos “ (“ sabbat ") du septième jour, le repos sacré de Dieu (Ex 31, 13).

C'est ainsi que le sabbat (samedi) devint pour les Israélites l'une des pratiques les plus importantes et caractéristiques. La circoncision et l'observance du sabbat étaient devenus les signes qui distinguaient le peuple d'Israël des peuples environnants. Et tout au long de l'histoire de l'Ancien Testament, le peuple d'Israël demeura fidèle à ces deux signes distinctifs.

Avec le temps, la pratique du repos du sabbat (samedi) fut assumée par la loi juive de façon très stricte, avec 39 prohibitions concernant le travail : il était défendu de ramasser du bois (Nb 15,32) ; de préparer des aliments (Ex 16, 23) ; d'allumer du feu (Ex 35, 3), etc.

Petit à petit, l'observance du sabbat devint une observance scrupuleuse. Les prophètes de l’Ancien Testament lancent une dure critique contre la pratique légaliste du sabbat qui avait fait des Israélites un peuple sans dévotion intérieure (Os 1, 13 et Os 2, 13).

2. Est-ce que Jésus observait le sabbat ?

Jésus n'a pas supprimé explicitement la loi du Sabbat. Lui, le jour du sabbat, allait à la synagogue et profitait de l’occasion pour annoncer l’Évangile (Lc 4, 16). Mais Jésus, à l’instar des prophètes, s'attaquait au rigorisme formaliste des pharisiens et des maîtres de la loi : “ Le sabbat a été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat " (Mc 2, 27). Pour Jésus, le devoir de la charité passe avant l'observance matérielle du repos du sabbat ; c'est pourquoi il faisait des guérisons en ce jour, alors que c'était défendu. (Mt 3,1-6 ; Lc 14, 1-6 ; Lc 6, 1-5). De plus, Jésus proclame son pouvoir sur le sabbat en disant : “ Le Fils de l'homme est le Seigneur du sabbat " (Mc 2, 28). Autrement dit, Jésus est le maître du sabbat (Lc 6, 1-5).

Évidemment, la mentalité légaliste des pharisiens fut violemment choquée par cette nouvelle façon d'observer le Sabbat.

Et ce fut l'une des plus graves accusations contre Jésus (Jn 5, 9). Mais celui-ci savait qu'en faisant le bien le jour du sabbat, il était en train d'imiter son Père qui continue de régir le monde et de vivifier les hommes. “ Mon Père est encore au travail, alors moi aussi je travaille " (Jn 5, 17).

L’attitude de Jésus face au jour du sabbat nous apprend qu’il a agi en toute liberté d’esprit face à cette loi. Cette observance du sabbat étant pour lui quelque chose de “ secondaire ”, il ne l'a pas considérée comme un point essentiel de sa prédication. Jésus dit clairement qu'il n’était pas venu supprimer la loi mais lui donner sa véritable signification " (Mt 5, 17). Il ne s'agit donc pas d’accomplir la loi au pied de la lettre, mais de faire évoluer cette loi vers sa perfection.

3. La résurrection du Christ

L’argument fondamental de l'option pour le dimanche au lieu du samedi provient de la Résurrection du Seigneur. Les quatre évangélistes sont d'accord pour dire que la Résurrection du Christ eut lieu le “ premier jour de la semaine ", ce qui correspond à notre dimanche (Mt 28, 1 ; Mc 16, 2 ; Lc 24, 1 ; Jn 20, 1 et 10). L’événement de la Résurrection du Christ un dimanche fut pour les disciples un fait hautement significatif et devint des lors le centre de la foi chrétienne.

Il y a deux raisons fondamentales pour célébrer ce jour de la Résurrection

Avec sa Mort-Résurrection, Jésus commença une Nouvelle Alliance et mit fin à l'Ancienne. Lors de la dernière Cène. Jésus proclama : “ Cette coupe est la Nouvelle Alliance scellée dans mon sang, qui va être versé pour vous " (Lc 22, 20). Les disciples se rendirent compte progressivement que, dans cette Nouvelle Alliance, la foi de Moïse et ses pratiques allaient prendre un autre sens.

La Mort-Résurrection du Christ signifiait aussi pour les premiers chrétiens la Nouvelle Création, puisque Jésus a atteint le sommet de son œuvre, sa Mort-Résurrection, justement le dimanche, qui deviendra désormais le “ jour du Seigneur".

Nous aussi, nous avons reçu la promesse d'entrer avec le Christ dans ce repos (He 4, 1-16).

Alors, le dimanche, “ le jour du Seigneur ", devient le véritable jour de repos, où les hommes se reposeront de leurs fatigues à l’instar de Dieu qui se reposa de ses travaux (He 4, 10 ; Ap 14, 13).

Dorénavant, le centre de la foi des chrétiens est le Christ ressuscité et glorifié. C'était donc tout à fait logique pour eux de célébrer le dimanche comme “ jour du Seigneur ", comme jour de la “ Nouvelle Création ” (cf. Is 2, 12).

4. La pratique des premiers chrétiens

Les premiers chrétiens continuèrent d’abord à observer le sabbat et ils profitaient des réunions sabbatiques pour annoncer l’Évangile dans le milieu juif (Ac 13, 14). Mais bientôt, le premier jour de la semaine (dimanche) devint le jour du culte pour la primitive Église. “ Le premier jour de la semaine, étant tous réunis pour la fraction du pain. . . ” (Ac 20, 7). Nous savons que l'expression “ fraction du pain ” désignait à cette époque-là la célébration de l'Eucharistie. Nous voyons donc que les premiers chrétiens faisaient leur rencontre eucharistique les dimanches, comme nous le faisons aujourd'hui.

5. Ce que nous enseigne l’apôtre Paul

Jésus avait déclaré que son intention “ n'était pas d'abolir mais de parfaire la Loi ” (Mt 5, 17). Saint Paul va développer cette même idée dans ses lettres : “ Le Christ est le but de la Loi ” (Rm 10, 4). Ainsi, pour l'apôtre la plénitude de la Loi ne consiste pas en l’observance de la lettre de cette Loi, mais dans la foi en Jésus-Christ. Paul dit que “ La Loi nous conduisait à l’école, celle du Christ ” (Ga 3, 24) et c'est avec le Christ qu'une Nouvelle Alliance a commencé (1 Co 11,25).

L'Apôtre Paul eut à discuter à propos du “ jour du Seigneur ”. Au début, il avait l'habitude de prêcher pour les juifs le jour du Sabbat, dans la synagogue ; mais lorsque ceux-ci refusèrent son enseignement, il se tourna vers les gentils (non-juifs). Dans cette ambiance non-juive, Paul n'accordait pas d'importance aux coutumes juives telles que la circoncision, le sabbat et autres. Paul se réunissait avec les nouveaux croyants le premier jour de la semaine et ce jour-là avaient lieu certaines pratiques que les Juifs avaient l’habitude de faire le jour du Sabbat, par exemple la collecte des aumônes (cf. 1 Co 16, 12).

Cette attitude en faveur des gentils convertis provoqua une forte discussion dans l’Église.

Ensuite, cette affaire fut traitée lors du Concile de Jérusalem avec les apôtres et les anciens de la primitive Église.

C'est là que la décision de ne pas imposer aux Gentils convertis les coutumes et pratiques juives, fut prise (cf. Ac 15, 28-29).

C'est pourquoi Paul écrit aux Colossiens : “ Donc, que personne ne vous critique pour ce que vous mangez et buvez ou parce que vous n'observez pas une fête, ou une nouvelle lune ou le sabbat “ (Col 2, 16). Il critique aussi ceux qui s'entêtent à donner trop d’importance à tel ou tel jour : “ Vous allez donc de nouveau en être esclaves ? ”.

“ Et vous allez observer tel et tel jour, et la nouvelle lune, et cette période-ci et cette période-là. .. ” (Ga 4, 9-10). Paul insiste : il faut éviter ces polémiques stériles et donner de l’importance à l’essentiel, qui est l’Amour (cf. Col 13).

6. Considération finale

Il n’y a pas de doute que les premiers chrétiens ont sanctifié le dimanche comme “ jour du Seigneur ". Cette pratique trouve pleinement son fondement dans la Bible. Nous respectons le fait que les juifs célèbrent le Sabbat selon les indications de l'Ancien Testament. C'est en accord avec leur religion. Mais ces groupes chrétiens qui s'attachent à l’observance du samedi - et non pas du dimanche - n’ont pas bien lu, à notre avis, toute la Bible, puisqu’ils restent figés sur une pratique de l'Ancien Testament, refusant de suivre son accomplissement dans le Nouveau Testament. Et si cela arrive, c'est peut-être parce qu'ils ont tendance à interpréter la Bible de façon littérale et partielle, oubliant que Jésus est venu compléter et parfaire l'Ancien Testament.

Nous croyons donc être tout à fait dans la ligne biblique, en célébrant le dimanche comme jour de repos consacré au Seigneur, “ le jour du Seigneur ". Alors, comme le dit Saint Paul : la distinction samedi, dimanche ne pourrait-elle pas être atténuée en tenant compte du fait que, par exemple, en Actes 20, 7 ; la réunion pouvait se tenir le soir et la nuit du samedi, les jours, pour les Juifs, commençant au coucher du soleil de la veille ? Les catholiques en gardent des traces : veillée pascale, messes dominicales anticipées. “ Tout cela (ces observances) n'était que des ombres de la réalité qui devait venir, la personne du Christ ” (Col 2, 17).

Il y a des groupes qui insistent sur la question du samedi comme si c'était le point le plus important de la Bible !

Ils invitent certains catholiques à lire dans la Bible des textes isolés de l'Ancien Testament où Dieu appelle le peuple juif à sanctifier le sabbat et tirent comme conclusion : “ Vous voyez, même dans votre Bible catholique, Dieu demande d'observer le samedi... Ne voyez-vous pas votre erreur ? " Ce genre de raisonnement abuse de la Bible et de la bonne foi des gens...

Ne restons donc pas figés à l'Ancien Testament et ne soyons pas esclaves des phrases bibliques isolées de leur contexte. L’évolution entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament a été voulue par Dieu et nous l’acceptons ; comme nous acceptons aussi Jésus, Maître et Seigneur de l'histoire, car la réalité présente a dépassé les signes qui la préfiguraient et qui l’annonçaient. Voilà pourquoi nous sanctifions le dimanche comme jour du Seigneur.

Pour réfléchir

1. Quel est l’enseignement des Adventistes sur l’observance du Sabbat ?

2. Que nous dit la Bible dans l’Ancien Testament ?

3. Comment les premiers chrétiens son!-ils passés du samedi au dimanche ?

4. Y a-t-il une évolution entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament ?

5. Jésus a-t-il considéré l’observance du samedi comme quelque chose d’essentiel ?

6. Que nous dit Jésus en Marc 2, 28 ?

7. Pourquoi, nous les catholiques, observons-nous le dimanche ?

8. Quelle fut la pratique de Saint Paul ?