Si à notre mort, Dieu nous juge d'après nos actes, à quoi bon prier pour les morts ? Est-ce que Dieu va nous juger d'après les prières que nos parents ou amis peuvent faire pour nous ?

L'Église croit à la “ communion des saints ”, c'est-à-dire à la communauté spirituelle de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification et des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église ; et nous croyons que dans cette communion, l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières.

C’est pour cette raison que l’Église a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts, dès les premiers temps du christianisme, en offrant aussi pour eux ses souffrances, en particulier le sacrifice eucharistique ; car “ la pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse ” (2 M 12, 46). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.

1. Qu’arrive-t-il avec ceux qui meurent ?

La mort met fin à la vie de l'homme comme temps ouvert à l'accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ.

Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi, à plusieurs reprises, la rétribution immédiate après la mort de chacun, en fonction de ses œuvres et de sa foi.

Jésus promet sans délai le paradis au bon larron : “ En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis ” (Lc 23, 43). La parabole du riche et du pauvre Lazare nous suggère la même chose : Luc 16, 19-31.

Pour Paul “ la vie c'est le Christ et mourir représente un gain " (Ph 1, 23), et il souhaitait vivement “ quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur " (2 Co 5, 8).

Cette même foi donnait aux martyrs des premiers siècles de l'Église la force de témoigner du Christ et de livrer leur corps aux bêtes. Peu de temps avant de subir le martyre, Ignace, évêque d'Antioche, écrivait aux chrétiens de Rome, vers l'an 107 : “ Laissez-moi devenir la nourriture des bêtes. Par elles, je pourrai rencontrer Dieu. Pour moi, mieux vaut mourir pour rejoindre le Christ Jésus que d'être roi de la terre entière ” (Lettre aux Romains 4-6).

Chaque homme reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui soumet sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la vie de Dieu et jouir d'un état de bonheur suprême et définitif, soit pour se damner immédiatement pour toujours.

2. Après la mort il n'y a pas d'espace ni de temps

À travers la mort, nous entrons dans l'éternité où les dimensions de temps et d'espace ont disparu. Ce que nous appelons ciel, enfer et purgatoire ne sont pas des lieux, ce sont des états de vie. Et nos catégories mentales concernant l’espace et le temps ne nous servent plus pour expliquer ces réalités, car après la mort, il n'y a plus “ avant", “ maintenant ”, “ après ", mais un “ maintenant " éternel et définitif.

C'est pour cette raison que nous expérimentons tant de difficultés à parler de ces réalités qui sont au-delà de l'espace et du temps, car notre langage et nos catégories mentales n'arrivent pas à concevoir que quelqu'un puisse vivre sans occuper un espace dans un lieu déterminé et pour un temps déterminé par un passé, un présent et un futur.

Après la mort, nous entrons dans la vie de Dieu, c'est une nouvelle dimension, dimension d'éternité où tout se passe dans un maintenant définitif et éternel.

Avec notre langage, nous disons que les fidèles défunts vivent maintenant auprès du Christ, mais qu'ils “ attendent " leur glorification définitive : la résurrection de la chair qui aura lieu le “ dernier jour ”. Mais en réalité, il n’y a aucune “ attente ” pour ceux qui sont morts, car ce qui pour nous constitue un temps à venir, pour eux c'est “ maintenant ", car après la mort il n'y a plus de temps. Il en est de même avec nos prières pour les défunts. Nous faisons ces prières dans le temps, mais Dieu a entendu ces prières depuis toute éternité. Pour Dieu il n'y a pas de temps. Dieu n’a pas eu besoin d’“ attendre ” le jour où je vais faire la prière pour un défunt pour l’entendre et pour y répondre en sa faveur.

Nous pouvons donc, tout d'abord prier pour et avec les moribonds et ensuite rappeler avec respect et amour nos défunts en les recommandant à la grâce et à la miséricorde de Dieu, en lui laissant le soin d'entendre nos prières et d’y répondre quand il voudra et comme il voudra.

3. La purification finale ou purgatoire

Pour voir Dieu face à face et s'approcher de lui, il faut être purifié de tout péché. Cette conviction est présente partout dans la Bible (cf. Ex 33, 20 ; Is 6, 1-6 ; Ml 3, 2-3, et autres). La tradition de l'Église, faisant référence à certains textes de l'Écriture (1 Co 3,15 ; 1 P 1, 7 ; He 12, 29 ; Ph 3, 21) parle d’un feu purificateur. Mais ça n'a rien à voir avec les descriptions imaginaires d'un purgatoire prison ou d'une sorte d'enfer temporaire que certains ont inventées.

D'autre part se pose la question de la “ faute non expiée ". Est-ce que la mort, en tant que passage vers Dieu, va être la même pour tous ? La même pour les criminels et pour les victimes ? La même pour ceux qui se sont efforcés durant toute leur vie d'accomplir la volonté de Dieu et d'être une aide authentique pour leur prochain, et pour ceux qui ont imposé leur propre volonté tout le long de leur vie, en vivant dans l’égoïsme et en abusant les autres ?

Il ne faudrait-il pas douter de la justice divine si tout le monde accédait de la même manière à la vie du ciel ? Non : un assassin, un délinquant ou, en général, un impur, ne peut pas trouver l’étemel repos en Dieu si avant il ne s’est pas purifié. C'est là la conviction de l'Église.

À l'heure où les bras du Père s’ouvriront pour nous, (cf. Lc 15, 20 ss), nous serons “ brûlés " du regret d'avoir si souvent méconnu et si mal répondu à son amour ; et, quand il nous revêtira du plus beau vêtement, nous souffrirons de venir à lui avec des haillons de misère que nous serons heureux de voir “ briler " dans un feu purifiant.

Le purgatoire de l'homme n'est pas un lieu ou un temps spécifique. C'est Dieu lui-même qui sort à notre rencontre, “ brûlant " d'amour pour nous. Une rencontre qui juge et purifie l'homme, et qui, en même temps, le libère, l’éclaire, le sauve et le mène à la plénitude. C’est donc ce processus de purification qui permet à l’homme qui meurt de s'ajuster pleinement à la sainteté de Dieu, le préparant ainsi à sa rencontre, que nous appelons “ purgatoire ”.

Quand cette purification a-t-elle lieu ?

Traditionnellement, nous parlons d'un “ temps “ de purification qu'il faut passer “ au purgatoire ” avant d’arriver au ciel. Et dans la prière pour les défunts, nous supplions le Seigneur de “ hâter le temps ” de cette purification.

Naturellement, nous l'avons déjà signalé, il nous est très difficile de parler de cette purification sans nous exprimer en catégorie de temps et de lieu. Mais nous savons qu'après la mort il n'y a ni espace ni temps. Alors comment expliquer cette réalité ? Même le Concile de Trente, qui en 1563 définit l’existence du purgatoire, a laissé ouverte la question du lieu et du comment, comme mesure préventive contre la curiosité, la superstition et la recherche du lucre.

Beaucoup de théologiens aujourd'hui relient le purgatoire non pas à un “ temps ” après la mort mais à la propre mort : mourir en Dieu ne doit pas se comprendre comme une séparation de l'âme et du corps, mais comme une “ consommation ” de l'homme entier, où il est jugé avec clémence, purifié, sauvé et, ainsi, une fois illuminée, il est porté à la plénitude par Dieu lui-même.

4. Considération finale

Nous l’avons dit plus haut : tout d'abord nous devons et nous pouvons prier pour et avec ceux qui meurent afin de les aider à se préparer à la rencontre définitive avec le Dieu trois fois saint.

Nous pouvons aussi recommander nos défunts à la grâce et à la miséricorde de Dieu, avec la vive espérance que Dieu les accueille dans sa paix et sa lumière. Nous pouvons surtout exprimer notre communion efficace avec nos défunts en offrant au Père, dans l'Esprit Saint, le sacrifice de la mort et de la résurrection du Christ, lui demandant que ses enfants soient purifiés de leurs péchés avec leurs conséquences et qu'ils soient admis à la plénitude pascale de la table du Royaume. C’est par l'Eucharistie ainsi célébrée que la communauté des fidèles, spécialement la famille d'un défunt, apprend à vivre la communion avec celui qui “ s'est endormi dans le Seigneur ", en communiant au Corps du Christ dont il est membre vivant et en priant pour lui et avec lui.

Pour réfléchir

1. Qu’arrive-t-il après la mort d'un être humain ?

2. Comment faut-il comprendre le purgatoire ?

3. Quel est le sens du texte 1 Corinthiens 3, 15 ?

4. Quel est le sens de la prière pour les défunts ?

5. Quelle est la meilleure manière d’exprimer notre communion avec nos frères défunts ?

Père Carlos Orduna Diez
Clerc de Saint Viateur
1999

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