Frères et sœurs bien-aimés,

En cette nuit très sainte où notre Seigneur Jésus-Christ est passé de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, l’Église invite tous ses enfants disséminés de par le monde à se réunir pour veiller et prier. Cette nuit est donc une nuit de veille pour le Seigneur, « c’est la mère de toutes les saintes veillées », nous confie Saint Augustin.

Nous voulons donc célébrer la Pâques du Seigneur :

- en écoutant et en méditant d’abord la Parole de Dieu qui nous fait revivre l’histoire du salut. A Israël jadis et à nous aujourd’hui, Dieu dans l’histoire sainte se révèle toujours comme le Dieu fidèle, le créateur qui sauve son Peuple et le mène sur un sentier de bonheur et de vie

- ensuite, nous renouvèlerons notre foi en la résurrection et accueillerons les nouveaux baptisés à la table eucharistique et dans l’Église Famille de Dieu.

- enfin avec la liturgie eucharistique, nous célèbrerons le mémorial du mystère pascal. Nous ne sommes donc pas réunis pour commémorer un évènement du passé, mais plutôt pour célébrer dans l’Eucharistie, la présence vivante du Seigneur Ressuscité au milieu de nous.

A Pâques, nous célébrons le triomphe de la vie sur la mort et la naissance d’un peuple nouveau et d’un monde nouveau.

I- Pâques, victoire de la vie sur la mort

L’Évangile de Saint Marc (Mc 16, 1-8) qui conclut la série des 9 lectures proposées cette nuit à notre méditation rapporte que les femmes - Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé - se rendirent au Sépulcre de grand matin, portant des aromates pour embaumer le corps de Jésus. Mais elles trouvèrent la pierre roulée et le tombeau vide. L’ange vêtu d’une robe blanche leur dit : « C’est Jésus de Nazareth que vous cherchez ? Il est Ressuscité, il n’est point ici.» Le tombeau vide signifie que l’œuvre de Dieu en son Fils Jésus-Christ ne saurait s’achever par la mort, source de désespoir et de peur ; elle s’ouvre plutôt à l’espérance et à la vie.

Jésus de Nazareth, ressuscité d’entre les morts, donne rendez-vous à ses Apôtres en Galilée, ville ouverte sur toutes les nations. C’est là que le verront les disciples qui voudront poursuivre avec foi et courage la construction du Royaume de Dieu qu’il avait commencé par son ministère publique.

C’est cela, chers frères et sœurs- la joie et l’espérance de Pâques ! C’est une véritable naissance ou renaissance ! Par la résurrection de Jésus, la vie triomphe de la souffrance et de la mort qui n’est pas le point final de l’existence humaine. La mort n’a pas et n’aura jamais le dernier mot ! « Ô mort, où est ta victoire », s’exclamera l’Apôtre Paul. La vie ne finit pas, parce que Dieu ne finit pas d’aimer ! Christ est ressuscité, il est vivant à jamais. Aussi, par lui, ressusciterons-nous à notre tour pour vivre à jamais et partager sa gloire dans le ciel. C’est cela la joie et l’espérance de Pâques, ce à quoi nous devons croire fermement à la suite de l’Apôtre Jean qui, une fois au tombeau, a vu et a cru … (cf. Jn 20,9).

Frères et sœurs,

Le message de Pâques est un message d’espérance dont les chrétiens sont les bénéficiaires et les témoins, à la suite des Apôtres… Pâques est la victoire de la vie sur la souffrance, le péché et la mort. Les chrétiens, unis aux autres croyants tels les adeptes de la religion traditionnelle, les musulmans, les protestants ainsi qu’aux hommes de bonne volonté… devraient se mobiliser pour promouvoir le dialogue interreligieux et des actions concrètes au service de la vie, de la réconciliation, de la justice, de la paix… Notre monde dit moderne, au-delà des progrès scientifiques remarquables, reste incapable et impuissant face à la mort et aux forces du mal… Un certain lobby mondial exerce sur les plus petits et les plus pauvres de notre planète une certaine « culture de la mort » et « une véritable dictature de la pensée unique » qui voudrait imposer à tous des non-valeurs préjudiciables pour l’avenir de l’humanité : le terrorisme aveugle qui tue des innocents, l’euthanasie, l’avortement, les mariages homosexuels, la théorie du « gender equality » (égalité des sexes), les programme de la « santé sexuelle et reproductive » …

L’avortement comme interruption volontaire d’une vie humaine commencée est un acte horrible et très grave. L’Église n’ignore pas les tendances laxistes et permissives du monde actuel en la matière. Malheureusement, un bon nombre de législations autorisent l’avortement et des couples comme des célibataires le pratiquent dans nos sociétés…. L’Église retient que la vie humaine est sacrée et l’homme ne peut pas en disposer à sa guise. Lorsqu’il est volontaire, l’avortement est considéré comme un acte grave, un délit : le commencement d’une vie humaine représente une promesse d’avenir qui est interrompue de façon irréversible. La morale chrétienne reprouve donc l’avortement, car toute vie humaine doit être respectée. Le cinquième commandement stipule en effet : « tu ne tueras pas ». Ce refus de l’avortement signifie que la vie humaine est un don de Dieu à accueillir et à protéger! Pour l’Église, l’avortement est toujours un acte grave ; il n’est jamais un bien qu’on peut justifier en lui-même. C’est pourquoi, dans sa législation, l’Église réprouve toute action directement orientée à tuer un fœtus ou à l’éjecter du sein de la mère. « Qui procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication « latae sententiae » (can. 1398). Cette expression latine canonique établit qu’une sanction pénale peut être encourue automatiquement, sans jugement, par le fait même qu’on ait transgressé la loi. Exemples d’actes entrainant la peine « latae sententiae » : l’hérésie, l’apostasie, le schisme, la violence contre le pape, l’avortement, la profanation de l’Eucharistie…Le péché d’avortement – commis par l’auteur et les complices – est un péché réservé. Il ne peut être absous que par l’évêque et les prêtres délégués à cet effet tels le pénitencier diocésain et les curés des paroisses. De même, « sont irréguliers pour la réception des ordres, celui qui a commis un homicide volontaire ou procuré un avortement suivi d’effet, et tous ceux qui y ont coopéré positivement » (canon 1041, § 4).

Frères et sœurs, face aux contre-valeurs prônées par notre monde d’aujourd’hui, le Pape François nous interpelle et nous invite à la vigilance en ces termes : « Soyons attentifs aux nouvelles colonisations idéologiques. Il y a des colonisations idéologiques qui cherchent à détruire la famille…De même que nos peuples, à un moment de leur histoire sont parvenus à maturité pour dire « non » à toute colonisation politique, nous devons comme famille être très clairvoyants, très habiles et très forts pour dire « non » à toute tentative de colonisation idéologique de la famille »…ainsi qu’à toute forme de « dictature » qui vise à détruire les valeurs de la culture africaine et du message évangélique…Il nous faut promouvoir non la culture de la mort, mais la culture de la vie authentique :

- dans le respect des droits fondamentaux de l’homme, de la femme, des enfants, des peuples…

- en privilégiant la vie, la solidarité, le Bien commun par rapport aux intérêts particuliers, individuels ou corporatistes.

C’est en nous « rebellant » contre les idoles de ce monde qui passe qu’ensemble, nous pourrons bâtir un monde plus digne de Dieu et plus digne des hommes.

II- A Pâques, un peuple nouveau voit le jour

Les évangélistes nous rapportent que les Apôtres du Christ ainsi que les saintes femmes qui les suivaient, ont démissionné et se sont dispersés au moment même où leur Maître affrontait courageusement sa passion et sa mort en croix. Les disciples d’Emmaüs, très déçus par la mort de Jésus, traduisent bien leur état d’âme lorsqu’ils déclarent à propos du Christ : « nous qui espérions que c’était lui qui délivrerait Israël » (Lc 24 ,21) ; mais de façon inattendue et paradoxale, ne voilà-t-il pas qu’après sa résurrection, les démissionnaires, les déçus sont transfigurés, reprennent courage et prennent le risque de se compromettre en s’engageant comme témoins indéfectibles de tout ce qu’ils ont vu et vécu avec leur Maître.

Les femmes, convaincues et passionnées, rapportent aux onze et à tous les autres la nouvelle de la Résurrection. Au matin de la Pentecôte, Pierre au milieu des onze, lui qui s’était illustré comme peureux et lâche, osera affirmer à la foule rassemblée à Jérusalem : « Jésus de Nazareth… vous l’avez tué… mais Dieu l’a ramené à la vie…et nous en sommes témoins. »

Après la résurrection, les Apôtres étaient devenus des hommes nouveaux, préfigurant ainsi la naissance de l’Église, peuple nouveau, peuple de baptisés animés par l’Esprit du Ressuscité.

En cette nuit sainte de Pâques, notre Église famille de Dieu est dans la joie et l’action de grâce parce qu’à travers toutes les paroisses de notre diocèse nous célébrons la naissance des nouveaux baptisés. Par le baptême, tous seront plongés dans le bain de la nouvelle naissance en Jésus-Christ, mort et ressuscité.

Tout à l’heure, nous allons renouveler nos promesses baptismales ou engagements baptismaux. Nous serons aspergés par l’eau qui nous a fait renaître à la vie divine…tout cela voudrait nous rappeler ce soir :

- que nous avons sans cesse à nous renouveler, à renaître, à vivre davantage de la vie de Jésus, de l’Évangile et ce, dans la fidélité et dans l’amour.

- l’Église et tout chrétien, constamment tentés de démissionner, doivent s’engager à aller au large dans la mission pour être apôtre dans le quotidien de la vie, en famille, au travail, dans la vie de la cité à travers ses multiples dimensions sociales, politiques, économiques, culturelles...

Individuellement et ensemble, il nous faut vivre le témoignage du courage et de l’audace pour, au nom de l’Évangile, ramer à contre- courant de l’esprit de ce monde; ensemble unis en Église famille de Dieu, dans nos familles, nos CCB, nos associations ou mouvements d’action catholique…nous sommes plus forts et efficaces pour aller toujours de l’avant dans l’espérance, dans l’audace et le courage de la foi et du témoignage de la vérité, de l’honnêteté, du rejet de la corruption, de l’amour du Bien commun.

Le Christ contemplé et aimé nous invite une fois de plus à nous mettre en marche (Mt 28,19). Son mandat missionnaire « Allez de toutes les nations faites des disciples… », nous appelle à imiter les premiers disciples dans leur enthousiasme et leur passion pour vivre et communiquer Jésus-Christ au monde, autour de nous. Pour ce faire, chacun doit se renouveler, en se laissant transfigurer par le Ressuscité lui-même et, ensemble, ayant revêtus les vertus du Christ, nous formerons un peuple nouveau, solidaire, uni dans l’action …apte à œuvrer en synergie pour la construction d’un Burkina nouveau !

Dans cette optique, Pâques n’est donc pas l’anniversaire d’un événement passé, mais une renaissance pour nous aujourd’hui, individuellement et communautairement. Puisse cette espérance nous remplir de la joie du ressuscité !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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