HOMELIE

Ouagadougou le 13 juin 2009

Bien chers frères et sœurs en Christ et en humanité,

A l’instar du Fils de l’Homme qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,42-45), me voici parmi vous pour accomplir un service d’amour, « Officium amoris ». (cf. Lc 22, 27)

C’est pourquoi je fais mienne l’action de grâce de la Vierge Marie, « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ; le Tout-puissant a fait pour moi des merveilles, Saint est son nom ». (Luc 1,47-49).

Dans une joie humble et confiante je m’abandonne au Seigneur. Que sa volonté soit faite, Lui l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin de toute chose. A lui seul, la gloire et la puissance pour les siècles des siècles ! Amen !

Chers frères et sœurs,

Permettez-moi de prendre du temps pour m’adresser à vous en ce début de mon ministère épiscopal dans l’archidiocèse de Ouagadougou.

I. SALUTATION ET REMERCIEMENT

En cette circonstance solennelle, c’est pour moi un devoir de saluer et de remercier cette auguste assemblée.

En premier lieu, nous saluons avec déférence son Excellence Monseigneur VITO RALLO, Nonce Apostolique, représentant le Pape Benoît XVI au Burkina Faso et au Niger.

Excellence, je vous sais gré pour votre diligente sollicitude à l’endroit de l’Archidiocèse de Ouagadougou et de ma modeste personne. Veuillez traduire au Saint Père ainsi qu’au Cardinal Ivan DIAS, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, nos sincères remerciements.

Excellence, transmettez aussi au Saint Père notre gratitude pour sa visite pastorale aux Eglises d’Afrique en mars 2009. Au Burkina Faso, nous avons été très peinés par le traitement malveillant et tendancieux fait par certains médias et organisations européens concernant la déclaration du Pape sur la lutte contre la pandémie du VIH/SIDA. Au Cameroun et en Angola, il a apporté aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté un riche message de foi et d’espérance. Nous vous prions de lui exprimer notre filiale solidarité et notre indéfectible communion in Christo et in ecclesia.

En second lieu, je salue leurs Excellences, les Archevêques et Evêques du Burkina et du Niger et des autres Eglises sœurs … Merci pour votre présence, votre communion affective et effective en ce jour.

Je voudrais au nom de tous saluer avec gratitude et affection notre Archevêque Emérite, Mgr Jean-Marie Untaani COMPAORE, admis à la retraite. Pendant trente six ans vous avez servi Dieu et les hommes au Burkina Faso, à la suite des grands bâtisseurs de notre Eglise-famille de Dieu : Mgr Joanny Thevenoud, Mgr Emile Soquet et son Eminence le Cardinal Paul Zoungrana de vénérée mémoire, tous de la Société des Missionnaires d’Afrique. Vous restez pour nous l’ancien plein d’expérience et de sagesse humaine et spirituelle. Cher Mgr COMPAORE, continuez de nous apporter votre soutien paternel. Bonne, paisible et fructueuse retraite.

A son Excellence Monsieur le Premier Ministre, représentant le Chef de l’Etat, et à tous les membres du Gouvernement et des Corps constitués, nous exprimons notre reconnaissance pour la présence et la généreuse solidarité. Nous le savons tous, l’Eglise ne se confond pas avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique (Cf. Gaudium et Spes, n° 76) ; mais l’autonomie réciproque n’exclue pas la collaboration au service de l’humanité. Nous sommes unis par la cause commune qu’est l’homme, sa dignité, et ses droits inaliénables. Puissions-nous œuvrer ensemble pour le bien matériel et spirituel de tout homme !

Je suis profondément reconnaissant aux prêtres, diocésains et missionnaires, aux religieux, religieuses, aux séminaristes, aux catéchistes, aux papas et mamans catéchistes et à tous les laïcs venus de notre Archidiocèse ou d’ailleurs. Merci pour votre présence, votre accueil et votre prière.

Nous saluons avec joie et espérance la présence de nos frères des Eglises protestantes, les musulmans, les chefs coutumiers et les adeptes de la religion traditionnelle. Votre présence est un message. Ensemble avec vous, nous pouvons promouvoir le dialogue interreligieux et œcuménique dans la justice, la concorde et la paix pour un monde plus beau, plus digne des hommes et plus digne de Dieu.

Aux ressortissants du diocèse de Ouahigouya : Autorités administratives, politiques, coutumières, fidèles du Christ, musulmans, protestants, adeptes de la religion traditionnelle… merci pour votre soutien et votre communion. Dieu vous bénisse et vous garde en paix.

A tous les parents, la famille Rakidemkêoogo de Ringuissi / Konéan, aux amis et connaissances venus du diocèse de Kaya au nom des liens de sang et de foi qui nous unissent. Merci pour la solidarité affective et la prière.

Enfin, vous tous ici présents, hommes et femmes, jeunes et enfants, dans l’impossibilité de citer tout un chacun et de vous donner une chaleureuse poignée de main de gratitude et d’amitié, que le Seigneur vous rende au centuple tous vos bienfaits.

II. SERVITEUR A L’IMAGE DU BON PASTEUR

Chers diocésains de Ouagadougou, je voudrais maintenant m’adresser à vous.

Tous les rites et la Parole de Dieu de cette liturgie de prise de possession canonique nous invitent à contempler l’icône du Christ Bon Pasteur pour mieux comprendre la nature du ministère épiscopal dans l’Eglise et le monde.

Dans l’Evangile, le Seigneur Jésus se compare au Bon Pasteur qui connaît ses brebis, les protège et les guide vers de bons pâturages. Jésus-Christ est le modèle unique de Bon Pasteur que les évêques comme les prêtres doivent connaître, aimer et imiter davantage. A sa suite, je voudrais être au milieu de vous, comme un Père, un frère, un ami qui écoute, accueille, corrige, encourage, réconforte et suscite la collaboration. Dans cette perspective, je voudrais prendre toute l’année pastorale en cours pour une démarche de proximité auprès de tous pour découvrir, être avec, rencontrer et comprendre. Cela pourrait générer des initiatives pastorales pertinentes et heureuses. Merci donc à tous de m’accorder un accueil favorable et bienveillant.

C’est donc à l’instar du Bon Pasteur, que je voudrais me faire tout à tous, même jusqu’au sacrifice de ma vie. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). A la suite du Bon Pasteur, je ne suis pas indifférent à tant de personnes vivant dans la pauvreté, la maladie, le chômage, souvent victimes des cupidités et des injustices de compatriotes sans compassion et sans conscience du bien d’autrui. On ne saurait oublier les pauvretés spirituelles ou morales, telles la solitude, l’amour trahi et détruit, les errances de certains baptisés dans des groupes ou cercles philosophico-ésotériques qui ne font pas grandir dans la vie divine en Jésus-Christ, l’obscurité ou le vide de certaines âmes sans Dieu, sans aucune conscience de la dignité de l’homme.

Chers frères et sœurs,

Malgré l’appréhension et l’inquiétude que la tâche pastorale dans l’archidiocèse de Ouagadougou pourrait susciter, je suis réconforté par la certitude que Dieu qui confie les charges et les devoirs donne également les grâces nécessaires pour les assumer.

En outre, votre présence si nombreuse ravive en moi la conscience que je ne suis pas seul. Je compte donc sur vous pour l’accomplissement fructueux du ministère pastoral que j’inaugure officiellement aujourd’hui.

Chers amis,

Je vous supplie avec insistance : Priez pour votre serviteur afin que dans l’amour et l’humilité, il conduise le troupeau.

Priez pour moi afin que je ne me dérobe jamais par peur ou négligence devant les loups qui agressent le troupeau, et cela jusqu’au prix de ma vie.

Prions les uns pour les autres, afin que le Seigneur nous porte et nous apprenne à nous porter mutuellement.

III. DUC IN ALTUM : AVANCE EN EAU PROFONDE

En ce début de mon ministère épiscopal à Ouagadougou, je n’ai pas « un programme pastoral » à vous proposer en cette Eucharistie. Cela viendra après les concertations qui s’imposent. Avec gratitude, je prends acte du Plan Stratégique Pastoral 2004-2009 de l’Archidiocèse qui constitue une base remarquable de travail à évaluer et à exploiter pour l’avenir.

Du reste, au seuil du 3ème millénaire, le Pape Jean Paul II nous confie que nous n’avons pas à « inventer un nouveau programme ». Le programme est celui de toujours, tiré de l’Evangile et de la Tradition vivante, centré sur le Christ lui-même en qui la vie et l’histoire trouvent leur sens. (Novo Millennio Ineunte n°29). En s’appuyant sur l’épisode de la pêche miraculeuse le Pape a lancé un appel fort à l’ensemble du Peuple de Dieu. « Duc in altum, avance en eau profonde » … c’est là une invitation pressante à notre Eglise-Famille diocésaine. Il nous faut aller au large, en eau profonde,

- dans l’Unité / Communion ecclésiale

- dans la mission évangélisatrice

- dans la sainteté

3.1 « DUC IN ALTUM »: L’UNITE / COMMUNION ECCLESIALE

L’unité et la communion ecclésiale pour lesquelles Jésus a prié (Cf. Jn 17,20-21), supposent la participation de tous les fidèles et elles constituent pour l’évêque, son presbyterium et l’ensemble de l’Eglise particulière un défi majeur car l’Eglise ne peut avancer et progresser qu’en renforçant la communion et l’Unité entre ses membres, à commencer par ses pasteurs (Cf. Ecclesia in Africa, n°17).

Ainsi, il devrait exister au sein de notre Eglise diocésaine entre évêque, prêtres, religieux, religieuses, et autres fidèles une symphonie et une synergie harmonieuse, une unité dans la diversité. Faisons de notre Eglise-famille diocésaine la maison et l’école de la communion et de l’Unité. Du reste, ma devise épiscopale s’inscrit dans cette perspective : « Unis dans l’Amour, Annonçons Jésus-Christ ».

3.2 « DUC IN ALTUM » : LA MISSION EVANGELISATRICE

« Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19). C’est cela le mandat missionnaire que le ressuscité donne aux Apôtres et à tous les baptisés. « L’Eglise existe pour évangéliser » nous confie le Pape Paul VI dans sa lettre encyclique Evangelii Nuntiandi. C’est cela sa tâche principale. La mission de tous les membres de notre Eglise-famille de Dieu consistera à être d’authentiques témoins du Christ, afin d’imprégner de son message évangélique la vie africaine toute entière (cf. Ecclesia in Africa, n°127).

Conformément à la sagesse populaire de la savane burkinabé : « A la palabre de famille, est convié tout membre de la famille, au travail de famille doit s’impliquer tout membre de la famille », j’encourage tous les agents pastoraux et tous les fidèles sans exception, à s’impliquer davantage pour édifier des communautés chrétiennes vivantes, s’inspirant de l’amour de la Très Sainte Trinité, de l’expérience des premières communautés chrétiennes (Ac 2,42-47), et des valeurs positives de la famille africaine telles la solidarité, la chaleur des relations humaines, l’hospitalité, l’accueil, le dialogue, la tolérance …

« Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires » disait de façon prophétique, le Pape Paul VI à Kampala en 1969. À la suite des premiers missionnaires, il nous faut prendre le relais en intensifiant la pastorale des vocations sacerdotales, religieuses, de catéchistes. En outre il nous faut stimuler l’engagement missionnaire de tous les baptisés. Au Burkina Faso, le dernier recensement de 2006 retient qu’on compterait 4,2% de protestants et 19% de catholiques, soit un total de 23,2%. Conscients d’une telle situation, nous ne pouvons que prendre au sérieux l’appel du Maître : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples ».

3. 3 « DUC IN ALTUM » : LE VERITABLE MISSIONNAIRE, C’EST LE SAINT »

Frères et Sœurs,

L’Evangélisation se fait avant tout à travers le témoignage de la charité et de la sainteté. C’est le 3ème et dernier défi que j’ai retenu pour notre méditation. Tout évêque doit promouvoir inlassablement une véritable pastorale et une réelle pédagogie de la sainteté qui est une vocation universelle. « Tout fidèle du Christ est appelé à la sainteté et à la mission ». (cf. Redemptoris Missio, n°90).

La sainteté est absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission du salut de l’Eglise (cf. Lumen Gentium, n°1). C’est un engagement qui ne concerne pas seulement certains chrétiens ou une élite de baptisés. C’est pourquoi l’Apôtre Paul ne cesse de rappeler : « La volonté de Dieu, nous enseigne-t-il, c’est que vous viviez dans la sainteté » (1Thes 4,3). La sainteté n’est rien d’autre que « ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire » (cf. Novo Millennio Ineunte, n°31), adapté à la vocation de chacun. Toute la vie de la communauté ecclésiale, la vie des familles chrétiennes, la vie et les activités apostoliques doivent mener à la sainteté, i.e. à être parfait comme le Père céleste est parfait (Cf. Mt 5, 48).

Dans le processus de la réalisation de notre vocation à la sainteté, nous rendons grâce à Dieu pour la présence dans notre Eglise diocésaine de nombreux instituts religieux et sociétés de vie apostolique tant masculins que féminins, ainsi que les vierges et veuves consacrées. Leur vie et leur exemple doivent indiquer à tous l’appel à la sainteté par le témoignage de la vie fraternelle en communauté. Par conséquent j’invite tous les consacrés à répondre pleinement à leur vocation en étant des signes lumineux, des reflets scintillants, des icônes translucides de la sainteté même de Dieu, et cela, dans un esprit de communion et de collaboration avec leurs évêques, le clergé et les laïcs.

CONCLUSION

Bien chers frères et sœurs, bien chers diocésains,

Nous inaugurons une nouvelle étape ecclésiale que nous voudrions féconde. Nous aurons, à n’en point douter, à affronter des défis actuels et nouveaux, des situations complexes. Le Seigneur Jésus, ressuscité d’entre les morts, s’est fait le compagnon de route des disciples d’Emmaüs. En osant la comparaison, croyons fermement qu’il est là pour réconforter nos cœurs souvent apeurés, inquiets ou fragilisés.

N’ayons pas peur ! Chers diocésains, n’ayez pas peur ! Le chrétien sait qu’il peut affronter les situations les plus difficiles, car le fondement de son espérance réside dans le mystère de la croix et de la résurrection du Seigneur. C’est là seulement qu’il est possible de puiser la force de nous mettre et de demeurer au service de Dieu qui veut le salut et la libération intégrale de l’homme et de tous les hommes.

« A l’enfant qui a une mère, il ne manquera jamais de farine », enseigne la sagesse populaire de notre savane Burkinabé. C’est pour cela que nous avons voulu célébrer en ce jour, une messe votive en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, Reine des Apôtres, Etoile de l’Evangélisation. Elle a soutenu au cénacle la prière et les attentes du collège des Apôtres. Invoquons-la afin que, par son intercession, l’Esprit Saint, Esprit de sainteté et de la mission, nous comble abondamment des grâces dont nous avons besoin pour un humble et fécond service de Dieu et des hommes. Puisse-t-elle obtenir à notre Eglise-Famille de Dieu d’aller indéfectiblement en eau profonde, au large. « Duc in Altum ! » pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. AMEN !

+ Monseigneur Philippe OUEDRAOGO
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

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