Les adeptes de la science des rêves pensent que nous pouvons définitivement tirer un sens de nos rêves. Mais comment pouvons-nous trouver une explication à nos rêves et comment pouvons-nous faire confiance à cette explication ? Comment faire la différence entre un rêve significatif et un rêve aléatoire ? Puisque notre présentation se veut un bref aperçu sur ce que nous dit notre Église sur nos rêves, je préfère préciser avant d’aller plus loin, que nous ne pouvons pas trouver des réponses toutes faites à la question DOIT-ON SUIVRE NOS RÊVES dans la bible. Les philosophes et les scientifiques certes nous offrent des enseignements qui présentent des indices fascinants, mais le catholique peut-il se fier à ces explications ?

Partie I

Le Bouddha par exemple explique qu'il y a trois sortes de rêves : les rêves qui proviennent d'un trouble corporel, les rêves symboliques et ceux dans lesquels les événements futurs sont clairement prédits. Lorsque l'âme est dans un état de parfaite pureté, elle est capable, dit-il, de recevoir une révélation directe de Dieu, de l’être suprême.

Ce qui est sûr, il y a dans le sommeil quelque chose de mystérieux qui semble, depuis les temps les plus anciens, avoir impressionné l'homme et éveillé sa curiosité. Comme tous les phénomènes dont les causes ne sont pas évidentes, le sommeil au cours du temps, est venu à être considéré comme l'effet d'une action divine et donc comme quelque chose de sacré. Il semble que depuis l'antiquité, le peuple Arabe a toujours manifesté de la vénération à l'égard d'un homme qui dort.

Mais le mystère du sommeil est renforcé par le phénomène du rêve qui l'accompagne. Les peuples primitifs, incapables d'expliquer la psychologie du rêve ou de découvrir les causes du sommeil, ont observé que si l'homme peut, lorsqu'il est éveillé, contrôler ses pensées et ses fantaisies, il est totalement incapable, lorsqu'il dort, soit de réaliser les rêves qu'il pourrait souhaiter, soit de diriger et de régir ceux qui s'offrent à ses facultés. Ils ont donc été amenés à attribuer les rêves à des organismes extérieurs et surnaturels. Par exemple, ils les attribuaient aux "dieux, dont on croyait que le pouvoir se manifestait par des effets naturels, tels que les orages et les tremblements de terre, ces dieux qui pouvaient aussi bien envoyer leur communication aux hommes en rêve. Ces croyances ont conduit à la persuasion que les personnes favorisées par des rêves fréquents étaient sacrées et qu'elles étaient des intermédiaires choisis entre la divinité et l'homme".

Loin d'être écartées par les progrès de la civilisation, ces idées se sont développées avec elle, et ont été même, dans une certaine mesure, systématisées, comme le montrent notamment les archives des anciens peuples d'Orient. Tous tenaient pour acquis que chaque rêve exprimait un message divin. La plupart des rêves n'étaient pas sollicités ; mais parfois les communications surnaturelles étaient sollicitées je dirai par "incubation". Je m’explique. La personne désireuse d'obtenir un rêve prophétique se rendait alors au temple de la divinité dont elle attendait des instructions, et y dormait, après une préparation rituelle.

La signification du message divin transmis dans les rêves était parfois évidente et sans équivoque, comme lorsque les faits à connaître étaient révélés par la divinité elle-même ou par le ministère d'un messager. Le rêve envoyé par Dieu peut aussi parfois prévoir un événement à venir. En outre, sa signification n'était pas toujours claire et pouvait être entourée de symboles ou, si elle était transmise par voie orale, enveloppée dans des figures de style. Dans les deux cas, la connaissance de la signification du rêve dépend de l'interprétation. Et comme la plupart des rêves ne véhiculent pas de message clair, la tâche consistant à déployer.

Partie II

Nous avons vu précédemment que les peuples de l’antiquité dans leur effort de trouver un sens au rêves qu’ils faisaient, parce que la plupart des rêves ne véhiculent pas de message clair. La tâche consistant à déployer donc les symboles et les figures du rêve s'est progressivement transformée en un art, plus ou moins associé à la divination.

Ainsi, des règles élaborées ont été établies et des manuels ont été rédigés pour guider les prêtres dans l'explication du présage des visions et des symboles perçus par le demandeur dans son sommeil.

Dans le livre du prophète Daniel 2, 2 et suivants, il semblerait que les « Potherim » ou les interprètes de rêves, pouvaient même être parfois appelés à s'acquitter de la tâche déroutante qui consiste à rappeler même les rêves oubliés par le rêveur.

Comme les peuples d'Orient, les Grecs et les Romains attachaient une signification religieuse aux rêves. On en trouve de nombreuses traces dans la littérature classique. Ils admettaient que les rêves puissent provenir des dieux. Aristote par exemple était également d'avis qu'il y a une valeur divinatoire dans les rêves. L'enseignement des stoïciens allait dans le même sens. Si les dieux, disaient-ils, aiment l'homme et sont omniscients aussi bien que tout-puissants, ils peuvent certainement révéler leurs desseins à l'homme dans le sommeil.

Enfin, en Grèce et à Rome, ainsi qu'en Orient, la vision populaire des rêves est allée beaucoup plus loin et s'est transformée en superstition.

À la lumière des croyances et des pratiques des peuples anciens, nous sommes mieux à même maintenant, de juger les croyances et les pratiques enregistrées dans la Bible. Le fait que Dieu puisse entrer en communication avec l'homme par les rêves est affirmé dans le livre des Nombres chapitre 12 verset 6, et encore plus explicitement dans Job 33,14 et suivants : " Dieu parle cependant, tantôt d'une manière, Tantôt d'une autre, et l'on n'y prend point garde.

Il parle par des songes, par des visions nocturnes, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Quand ils sont endormis sur leur couche. Alors il leur donne des avertissements Et met le sceau à ses instructions, Afin de détourner l'homme du mal Et de le préserver de l’orgueil, Afin de garantir son âme de la fosse Et sa vie des coups du glaive.

En fait, la révélation divine par les rêves est fréquente dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans la plupart des cas enregistrés, il est dit expressément que le rêve vient de Dieu ; de cette description sont, par exemple les rêves d'Abimélek dans le livre de la (Genèse 20,3) ; de Jacob (Genèse 28,12 ; 31,10) ; de Salomon (1 Rois 3, 5-15) ; de Nabuchodonosor (Daniel 2:19) ; de Daniel (Daniel 7,1) ; de Joseph (Matthieu 1, 20 ; 3,13) ; de Saint Paul (Actes 23,11 ; 27,23),.

Nous, nous le croyons et professons, Dieu est omniscient et tout-puissant, et il aime l'homme ; il peut donc, pour révéler ses desseins, choisir des moyens naturels aussi bien que surnaturels. Or le rêve, en tant que phénomène psychophysiologique naturel, a sans aucun doute ses lois qui, aussi obscures soient-elles pour l'homme, sont établies par Dieu, et obéissent à Sa volonté. Mais comme l'homme peut facilement se tromper, il est nécessaire que Dieu, en utilisant des causes naturelles, fournisse des preuves qui rendront Son intervention indubitable. Ces preuves se manifestent parfois au rêveur, parfois à l'interprète, si nécessaire. Comme vous le constatez, l'analogie entre les raisons qui précèdent et celles avancées par les théologiens pour prouver la possibilité d'une révélation est facilement perceptible. En fait, la communication par les rêves n'est que l'un des nombreux moyens que Dieu peut choisir pour manifester ses desseins à l'homme ; il y a entre eux une relation d'espèce à genre, et on ne saurait nier l'un ou l'autre sans nier la possibilité d'un ordre surnaturel. Mais je ne suis pas en train de dire que tous nos rêves ont des sens immédiats.

Partie III

Il convient de conclure des remarques précédentes, qu’il n'y avait pas d'erreurs concernant les rêves et leur interprétation dans l'esprit des Israélites. Ceux-ci avaient tendance à considérer tous les rêves comme des présages et ils attachaient de l'importance à leur signification. Mais cette tendance était constamment freinée par la partie la plus éclairée, docte, cultivée et la plus religieuse de la nation. Ainsi, outre l'interdiction d'"observer les rêves", inscrite dans la loi (Lévitique 19, 26 ; Deutéronome 18,10), les prophètes, à partir du huitième siècle avant J.-C., ont mis en garde à plusieurs reprises le peuple contre le fait de "prêter attention aux rêves qu'il faisait" (Jérémie 29,8). Ben Sirac dit sagement que "les rêves ont trompé beaucoup de gens, et qu’ils ont échoué ceux qui se sont confiés en eux" (Ben Sirac 34,7). C'est là, selon 2 Chroniques 33,6, l'une des fautes qui ont entraîné la chute de Manassé. Par-dessus tout, les Israélites ont été mis en garde de toutes les manières contre la confiance dans les faux rêves des faux prophètes : "Voici, j'en veux aux prophètes qui font des songes mensongers, dit Yahvé" (Jérémie 23,32 ; cf. Zacharie 10,2 ; etc.).

Il n'y a jamais eu en tant que tel en Israël de classe de devins qui se soient chargés d'interpréter les rêves des hommes. Il n'y avait pas de « potherim » parmi les responsables du temple, ni plus tard autour des synagogues. Les très rares interprètes de rêves dont parle la Bible, comme Joseph et Daniel, étaient spécialement commissionnés par Dieu dans des circonstances exceptionnelles. Ils n'avaient pas non plus recours à des compétences naturelles ou à l'art ; leurs interprétations leur étaient suggérées par l'intellect divin qui illuminait leur esprit ; "l'interprétation appartient à Dieu", comme Joseph le déclarait à ses camarades prisonniers. Il y avait sans doute parmi le peuple des devins toujours prêts à profiter de la curiosité des esprits plus faibles et crédules ; mais comme ils ne possédaient aucune autorité et qu'ils étaient condamnés à la fois par Dieu et par la conscience religieuse supérieure de la communauté, ils pratiquaient leur art en secret.

Je me suis permis ce grand détour dans l’histoire et en Israël pour que nous ayons une idée de l’approche qu’avaient nos grands-parents dans la foi, vis-à-vis du rêve et la prudence à observer pour ne pas laisser notre vie se gouverner par le produit de nos rêves.

Le fait que certains rêves puissent être causés par Dieu semble avoir été reconnu sans controverse par les premiers Pères de l’Église et les écrivains ecclésiastiques. Cette opinion, ils la fondaient principalement sur l'autorité. Ainsi, ils admettent que l'interprétation des rêves surnaturels appartient à Dieu qui les envoie, et qui doit la manifester soit au rêveur, soit à un interprète autorisé. L'intervention divine dans les rêves de l'homme est un événement exceptionnel. Le rêve cependant est un fait très courant. Comment donc les Pères de l’Église considéraient les rêves ordinaires et naturels ? En général, ils répétaient aux chrétiens les interdictions et les avertissements de l'Ancien Testament, et dénonçaient en particulier la tendance superstitieuse à considérer les rêves comme des présages. Il suffit peut-être à cet égard de rappeler les noms de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Grégoire de Nysse et de saint Grégoire le Grand, dont l'enseignement sur la question en cause est clair et emphatique.

Partie IV

Nous avons vu que les Pères de l’Église, répétaient aux premiers chrétiens les interdictions et les avertissements de l'Ancien Testament au sujet des rêves, et dénonçaient en particulier la tendance superstitieuse à considérer les rêves comme des présages.

Les théologiens médiévaux quant à eux, ont ajouté aux raisonnements de leurs prédécesseurs une étude plus attentive, et dans une certaine mesure plus scientifique, des phénomènes du sommeil. Mais je dois le dire, ils n'ont trouvé aucune raison de s'écarter des principes moraux contenus dans les écrits des Pères. Il suffit de citer ici saint Thomas d'Aquin, qui résume le meilleur de ce que l’on peut retenir des théologiens de son temps.

À la question : La divination par les rêves est-elle illégale ? - il répond : Toute la question consiste à déterminer la cause des rêves, et à examiner si ceux-ci peuvent être la cause d'événements futurs, ou du moins s'ils en viennent à la connaissance effective. Les rêves proviennent parfois de causes internes, et parfois de causes externes. Selon Saint Thomas, il y a deux types de causes internes qui influencent nos rêves. : l'une des causes est animale, dans la mesure où les images des rêves restent dans le fantasme d'un homme endormi, comme si elles étaient habitées par lui lorsqu'il est éveillé. L’autre se trouve dans le corps : il est en effet bien connu que la disposition réelle du corps provoque une réaction sur le fantasme, Bien évidemment, aucune de ces deux causes n'a d'influence sur les événements futurs de l'individu. Nos rêves peuvent également être les effets d'une double cause extérieure. Celle-ci est corporelle lorsque des agents extérieurs, tels que les conditions atmosphériques ou autres, agissent sur l'imagination du dormeur. Enfin, les rêves peuvent être causés par des agents spirituels, comme Dieu, directement, ou indirectement par l'intermédiaire de ses anges, et le diable.

Les théologiens modernes, tout en profitant des progrès de la recherche psychologique, continuent à admettre la possibilité de rêves surnaturels dans leur origine, et par conséquent la possibilité d'une interprétation des rêves en fonction des communications surnaturelles. Quant aux rêves ordinaires, ils admettent volontiers que, parce que les facultés imaginatives de l'homme acquièrent parfois une acuité qu'elles ne possèdent pas autrement, il est possible dans ces cas de conjecturer avec un certain degré de probabilité certains événements futurs ; mais dans tous les autres cas, de loin les plus courants, il est inutile et illogique de tenter une quelconque interprétation.

Que faut-il dire donc à ceux qui croient que leurs rêves leur montrent un chemin à suivre ? Vous êtes peut-être déçus après cette lecture ?

Certaines personnes (très peu) peuvent avoir des rêves prophétiques. Pour la plupart, les rêves ne sont que le fruit de notre subconscient qui passe par des pensées diverses et aléatoires.

Il est normal qu'une personne fasse quelques rêves par nuit, dont une grande partie est oubliée quelques secondes après son réveil.

Si cela vous intéresse vraiment, tenez un journal de vos rêves, en y incluant ce que vous avez mangé lors de votre dernier repas, ainsi que les conditions météorologiques à ce moment-là. On m'a dit que cela pouvait influencer vos rêves. Si vous passez la nuit jusque tard à broyer du lourd poulet flambé, noyé dans une certaine quantité de bière, ne soyez pas surpris des cauchemars au lit et n’allez nulle part en chercher le sens. Vous pouvez être encore dubitatif, mais laissez-moi vous dire, le sens de nos rêves émane le plus souvent de nos vies. Pour ne faire que de beaux rêves, il faut avoir une vie insouciante et ne pas prêter attention aux mauvais événements qui nous entourent. Et si par bonheur vous avez la bénédiction de recevoir un rêve provenant vraiment de Dieu, puisque ça existe aussi, redoublez d’ardeur dans la prière pour demander à Dieu la grâce d’en comprendre le vrai sens. Évitez surtout de le prendre pour une ordonnance prescrite par Dieu au point de laisser votre vie en être influencée. N’allez surtout pas demander à un pasteur, un berger ou un prêtre d’interpréter votre rêve. Si vous trouvez un parmi ceux-là qui vous dit qu’il a la clé de vos rêves, autre que l’invitation à la prière, supprimez son numéro de vos contacts et priez pour lui.

 

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