Les comportements sexuels tendant à la multiplication des partenaires augmentent évidemment les risques de contamination. A cet effet, nous citerons entre autres la prostitution, le vagabondage sexuel, les cas d’infidélité ou d’adultère, la polygamie et le lévirat.

1. Les formes de prostitution

La prostitution est un phénomène aussi vieux que le monde. Elle est définie comme un acte par lequel une personne se livre de manière habituelle à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé de partenaires contre rémunération soit en nature ou en espèces. Au Burkina Faso, on a coutume de dire que les prostituées sont des Ghanéennes, des Togolaises serveuses dans les bars ou assises sur les tabourets la nuit dans l’attente d’un client. De nos jours, l’aventure dans la prostitution n'est plus seulement l’affaire d'étrangères mais aussi une pratique courante de burkinabè.

a) Prostituées « professionnelles sédentaires »

Cette forme de prostitution encore dite prostitution de métier, « nourrit » la femme qui l’exerce. Les prostituées « professionnelles sédentaires » sont des femmes âgées de quatorze à quarrant cinq ans qui offrent leurs services à un prix réduit et reçoivent un plus grand nombre de clients que les autres types de prostituées. Les « sédentaires » exercent leur métier assises sur des tabourets devant leur maisonnette dans l'attente des clients.

b- Les prostituées « professionnelles trotteuses »

Les prostituées « professionnelles trotteuses » se caractérisent par leur mobilité permanente ; elles sont appelées aussi les marcheuses car elles arpentent les rues, sur des kilomètres parfois, à la recherche des clients. On dit qu'elles font le trottoir ou qu'elles racolent.

Pendant longtemps les « trotteuses » ont été surtout des étrangères ; depuis 1986 ce groupe de prostituées s'est élargi avec la participation des burkinabè [1]. En effet on peut le constater à travers le nombre de « trotteuses » arrêtées en 1987 par la police de Ouagadougou dans les lieux publics répartis à travers la ville. La première rafle rapporte 244 « prostituées trotteuses » dont 43,44% de Ghanéennes, 29,92% de Burkinabè, 26,64% de Togolaises.

La deuxième rafle compte 285 prostituées dont 56, 84% de Ghanéennes, 31,23% de Burkinabè, 4,91% de Togolaises et 7,02% par ordre, de Nigérianes, Nigériennes, Béninoises, Ivoiriennes, Sénégalaises et Maliennes. En 1987, lors du déguerpissement intervenu aux Secteurs 4 et 5 de Ouagadougou le pourcentage de prostituées Burkinabè est notable mais beaucoup moindre que dans les deux rafles précédemment mentionnées. Sur les 1440 prostituées, 1254 provenaient des pays voisins, ce qui représente 87,10% d'étrangères pour 12,90% de Burkinabè » [2].

c- Les prostituées « professionnelles de luxe »

Les prostituées « professionnelles de luxe » offrent leurs services sur rendez-vous, dans les hôtels, motels, clubs de nuit, résidence du client ou dans un bois ou une place publique peu fréquentée... Elles sont des prostituées de classe et traitent avec les hommes d'affaires, les voyageurs ou les touristes.

d- Les prostituées « occasionnelles »

Les prostituées « occasionnelles » se présentent en trois catégories : les « baladeuses », les « serveuses de bar » et les « transhumantes ».

Les prostituées « occasionnelles baladeuses » sont des femmes qui, habituellement se promènent à la recherche de partenaires bons rémunérateurs.

Les prostituées « occasionnelles serveuses de bar » travaillent habituellement dans les lieux de divertissement, tels que les bars, les petits hôtels. Elles reçoivent leurs clients dans des chambres de passage, au domicile du client ou de la serveuse.

Les prostituées « occasionnelles transhumantes » sont des femmes de tout âge et des filles ayant entre seize et vingt-cinq ans. Elles exercent leur métier sous la tutelle d'une « Mamie » ou d'une « Tantie » qui sont en fait des proxénètes [3]. Les prostituées « occasionnelles transhumantes » se déplacent de ville en ville et de région en région ; elles travaillent sur des lieux tels que les chantiers de construction, les sites aurifères, les gares routières ...

e- Les prostituées anonymes

Les prostituées anonymes ont des fréquentations qui se passent dans la clandestinité. Elles sont des femmes en difficulté, des Lycéennes, des étudiantes, des paysannes, des «flirteuses ».

Les prostituées « anonymes » sont considérées dans certaines circonstances comme des « femmes en difficulté » car parmi elles, plusieurs sont des divorcées ou des célibataires, d’autres connaissent des foyers troublés. Ces femmes recherchent alors une aventure susceptible de résoudre leur problème en s’engageant avec des partenaires sexuels contre rémunération.

Les lycéennes et les étudiantes : on observe de nos jours un développement inquiétant de la prostitution en milieu scolaire et universitaire [[4] ; lycéennes et étudiantes entendent, par une telle pratique, obtenir des moyens financiers pour satisfaire leurs différents besoins : habillement, coiffure, crèmes et pommades, moyen de locomotion, en somme être à la mode.

Les paysannes : la prostitution gagne certains villages situés sur les grands axes routiers. Aussi, le jour de marche est propice à la rencontre des partenaires; à ce sujet, on observe de nos jours le phénomène des « marches nocturnes » qui sont des occasions favorables aux partenaires.

2. Les causes de la prostitution

La prostitution est un phénomène social complexe. Nous chercherons ici à déceler quelques causes principales de ce phénomène. Aussi bien au Burkina Faso que dans les autres pays de l’Afrique occidentale, l’expansion du phénomène de la prostitution est liée à l'évolution et aux profondes mutations socio-culturelles et économiques.

a. Le chômage

Le chômage constitue l’une des principales causes de la prostitution. Face aux besoins nouveaux et aux exigences nouvelles d’une société en constante mutation, certaines personnes se voient contraintes à la prostitution par manque d'emploi. Il faut souligner aussi l'action des proxénètes qui favorisent et soutiennent la prostitution.

b. Les situations familiales difficiles

Diverses situations familiales favorisent également la prostitution :

- l’insouciance de certains parents pour l’éducation de leurs enfants,

- l’irresponsabilité des hommes à l'égard de leurs épouses,

- les femmes ménagères sans revenu,

- les tilles ayant perdu leur père ou leur mère ou expulsées de la maison paternelle pour diverses raisons et laissées à elles-mêmes,

- les veuves sans ressources avec des enfants,

- les concubines ayant perdu leur amant ou rejetées parfois avec des enfants,

- les filles ainées, orphelines de père et de mère, devant subvenir aux besoins de leurs frères et sœurs,

- les filles se voyant dans l’obligation d’apporter une aide financière à leurs parents âgés ou infirmes,

- la dislocation de la grande famille en ville.

c. L’appel de la mode

Les séductions de la mode conduisent certaines personnes à pratiquer la prostitution. Celle-ci leur permet de se livrer à une véritable concurrence dans l’habillement recherché (prêts à porter, bijoux dorés, chaussures de marque, grosses ceintures, pantalons à pinces, mobylettes ou motos en vogue...).

Il faut relever aussi la perte des valeurs morales : une menace mortelle pour notre société. En raison de sa vive acuité, cette question fera l’objet de considérations ultérieures. La prostitution sous ses multiples formes représente un facteur déterminant de diffusion du SIDA et des maladies sexuellement transmissibles. La lutte contre le SIDA devra donc toujours prendre en compte le phénomène de la prostitution. Des actions spécifiques devront être menées à l'endroit des prostituées et des proxénètes en vue d'un veritable assainissement moral de la société.

La recherche de solutions au grave problème de la prostitution requiert l’engagement de la société toute entière avec ses différentes composantes : les familles, les institutions, les associations et organismes étatiques, privés et religieux. Les pouvoirs publics ont une grande responsabilité dans la recherche d'un remède au fléau de la prostitution. Dans ce sens, l’éducation et la promotion des valeurs morales, l’intégration sociale de la femme et sa véritable émancipation, l’application de mesures législatives pour l'abolition totale do la prostitution sous toutes ses formes peuvent jouer un rôle déterminant.

Parmi les comportements sexuels facteurs de diffusion du SIDA soulignons aussi le vagabondage sexuel. Les pulsions sexuelles varient d'un individu à un autre au regard de certaines influences subies ou expériences vécues pouvant remonter souvent jusqu’à la prime enfance.

Le vagabondage sexuel effréné, pathologique, peut s'expliquer par un complexe d’Œdipe mal assumé ou par une profonde déception sentimentale. L’individu peut alors réagir en s’adonnant à des pratiques sexuelles sadiques ou perverses (homosexualité), en recherchant frénétiquement à retrouver un amour idéalisé et déçu, ou à combler une attente non remplie. Le vagabondage sexuel dans le contexte actuel du SIDA est un comportement à haut risque qui favorise la pandémie. Notons aussi que de nos jours, les cas d’adultère ou d’infidélité, les concubinages représentent des comportements à risque.

Certaines pratiques coutumières, notamment la polygamie et le lévirat peuvent constituer aujourd’hui des facteurs potentiels de dissémination du SIDA.


Notes :

[1] Pierre OUEDRAOGO, Quelle prostitution au Burkina Faso ?, Juillet 1994, Imprimerie Presse Nouvelle, Editions du Neere BBDA 0028/94 CLA, p 17.

[2] Cf. Ibidem., p 18.

[3] Proxénète : « selon les articles 334 et 335 du Code Pénal du Burkina Faso, sont caractérisées proxénètes celui ou celle qui :

- D’une manière quelconque aide, assiste ou protège sciemment la prostitution d’autrui, ou le racolage en vue de la prostitution ;

- vit sciemment ou non avec une personne se livrant habituellement à la prostitution.

- embauche, entraîne, entretient, même avec son consentement, une personne même majeure en vue de la prostitution ou la livre à la prostitution;

- sous une forme quelconque, partage les produits de la prostitution d'autrui, ou reçoit des subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution;

- fait office d'intermédiaire, à un titre quelconque, entre les personnes se livrant à la prostitution et les individus qui rémunèrent ou exploitent la prostitution d'autrui;

-directement ou par personne interposée, détient, finance ou contribue à financer un hôtel, une maison meublée, une pension, un débit de boisson, restaurant, clubs, cercle dancing, lieu de spectacle ou leurs annexes, ou lieu quelconque ouvert au public ou utilise par le public, accepte ou tolère habituellement qu’une ou plusieurs personnes se livrent à la prostitution à l’intérieur de l’établissement et de ses annexes ou y recherchent des clients en vue de la prostitution;

- dispose à quelque titre que ce sort, de locaux ou emplacements non utilisés par le public, les met ou les laisse à la disposition d'une ou plusieurs personnes en sachant qu'elles se livreront à la prostitution. » (COENE Chr., Code Pénal, articles 334 et 335, Tome I, 19 4, PP. 73-74).

[4] Les résultats d’une enquête dans un milieu scolaire de Ouagadougou auprès de 466 jeunes gens et filles, dont la moyenne d'âge est de 18 ans, révèle que 48,9 % des élèves mènent une vie sexuelle active (Sexualité et SIDA en milieu secondaire à Ouagadougou, Résultats préliminaires, Direction d’Education Sanitaire d’Assainissement, Ministère de la Santé du Burkina Faso, 1989, feuillet)

Père François SEDGO
Religieux Camillien
Dans : Prévention SIDA et éducation chrétienne de la sexualité humaine, 1998.
Pages 38-44.

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