Par rapport aux personnes séropositives et malades du SIDA, l'éducation sanitaire représente une tâche particulièrement délicate et importante.

Les personnes séropositives sont des personnes infectées par le VIH et sont aussi infectantes. Les sujets séropositifs se sont trouvés au contact avec le virus du SIDA qui a trouvé une porte d'entrée dans leur organisme. Contaminées par le virus, les personnes séropositives ne sont pas des malades du SIDA mais peuvent le devenir ; elles peuvent aussi transmettre le virus à d’autres personnes à travers le sang et les sécrétions sexuelles.

L’éducation sanitaire devra avant tout prendre en considération la dimension psychologique du sujet séropositif. En effet l'avènement de la séropositivité dans la vie et l’existence d'une personne provoque inévitablement un profond choc psychologique pouvant susciter des réactions et attitudes diverses.

A travers l’éducation sanitaire on cherchera à offrir au sujet séropositif les conseils nécessaires relatifs à sa situation sanitaire et un soutien moral efficace. En fait, on s'efforcera d’aider le sujet séropositif à vivre positivement sa nouvelle situation et à garantir le plus longtemps possible son équilibre physique et psychologique.

Par le biais de l’éducation sanitaire, des conseils appropries peuvent être donnés aux personnes séropositives pour minimiser le risque d'évoluer vers la forme symptomatique ou la maladie même du SIDA [1].

En effet, éviter par exemple certains facteurs favorisants peut contribuer à réduire le risque d'évoluer vers la forme mineure de la maladie ou le SIDA déclaré.

Les facteurs favorisants à éviter sont les suivants ; la réinfection avec le VIH, les infections de tout genre, l'usage des drogues, l’hygiène de vie déficiente.

Les personnes séropositives sont aussi appelées à assumer leur responsabilité en adoptant des comportements conscients par rapport aux facteurs favorisants précités. Les sujets séropositifs devront être particulièrement vigilants pour éviter de se réinfecter ou de transmettre l’infection à d'autres individus.

Ils devront également se mettre à l'abri de toute infection. Les infections de tout genre activent en effet le système immunitaire et la multiplication des lymphocytes T4 où le VIH se trouve dans un état « latent », « dormant » [2]. A travers la multiplication des lymphocytes T4, se vérifie aussi la multiplication du VIH. Les sujets séropositifs devront veiller à adopter de bonnes habitudes de vie, en observant les règles d’hygiène, en soignant convenablement leur alimentation, en évitant l'alcool, le tabac et les situations stressantes. L'usage des drogues doit être aussi évité car elles affaiblissent le système immunitaire de l’organisme. La rencontre régulier d'un médecin est fortement conseillée pour faire le point de son état de santé.

L'impérieux devoir d’éviter de transmettre l’infection à autrui devra être fortement souligné de manière appropriée, dans le respect des personnes. Cette exigence fondamentale d'adopter des comportements favorables à la protection des personnes saines engage la responsabilité morale des sujets séropositifs.

Dans ce sens, le sujet séropositif doit s’abstenir de donner du sang, du sperme ou des organes ; il devra informer son conjoint par rapport à son statut sérologique, informer aussi les médecins auxquels il s’adresse.

Les personnes séropositives devraient avoir toutes les informations nécessaires sur le VIH/SIDA, ses voies de transmission et de non transmission, les mesures préventives adéquates. De cette manière les personnes contaminées par le virus du SIDA seront en mesure de pouvoir se situer de façon consciente, éclairée et responsable dans leur milieu de vie et de travail.

Aux personnes atteintes du SIDA, des conseils utiles peuvent leur être donnés, susceptibles de les aider entre autres à vivre avec le maximum de sérénité possible.

La personne atteinte du SIDA ne devrait pas par exemple craindre d’infecter ses proches, ni ceux-ci de vivre dans l’angoisse permanente d'être contaminés. A l’exception des voies de transmission connues, les contacts de la vie ordinaire ne présentent aucun danger.

Les personnes parvenues à la phase déclarée de la maladie du SIDA seront aidées et invitées à garder courage et confiance. Le courage et la volonté de vivre, à travers des effets psychophysiologiques, sont susceptibles d'influencer favorablement le cours de la maladie.

Les sujets atteints du SIDA doivent rester sous surveillance médicale. A travers la relation de confiance que le médecin saura instaurer avec le patient, celui-ci pourra bénéficier de conseils utiles, recevoir des réponses adéquates aux questions qu’il se pose au sujet de l'évolution de son état de santé. La relation de confiance entre le médecin et le patient rassure ce dernier et représente pour lui un support psychologique déterminant.

L'entourage aussi du malade, la famille et les amis peuvent remplir la fonction de personnes ressources, capables d'apporter au patient, affection et soutien moral nécessaires. Il est important que le patient puisse dans la mesure du possible participer aux prises de décisions le concernant. II saura aussi se donner une qualité de vie « malgré la présence du virus ou de la maladie, en étant capable de créativité, d'activité humaine enrichissante, d'émotions, de production professionnelle et sociale et de gratification personnelle profonde » [3].

L’éducation sanitaire représente un atout déterminant pour informer et responsabiliser les individus et les communautés face aux problèmes de santé lies à la pandémie du SIDA.

Les personnes saines, les sujets infectés, séropositifs et malades du SIDA ont tous des tâches importantes et des responsabilités précises à assumer par rapport à la lutte contre le VIHI/SIDA dans le sens de la prévention et de la prise en charge de ceux et celles qui sont atteints. Soulignons que des comportements conscients et responsables des uns et des autres favoriseront de manière significative la prévention de l’inquiétante diffusion de la pandémie du SIDA. Une solidarité effective il tous les niveaux et la conscience de responsabilité de la part de tous, s'exprimant concrètement à travers le style de vie et de comportement par rapport à la sexualité humaine, permettront véritablement de juguler le redoutable fléau du SIDA.


Notes :

[1] La forme mineure de la maladie ou ARC (AIDS Related Complex ou Syndromes Associés au SIDA, en abrégé S.A.S.) est caractérisée par les symptômes suivants : augmentation de volume des ganglions en plusieurs endroits du corps de manière durable (plus de trois mois), perte de poids supérieure à 10% du poids corporel, fièvre, sudation nocturne, forme grave d'herpes, diarrhée persistante et abondante (Cf. Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, La nouvelle mise au point de l'Institut Pasteur, SIDA – Les faits, l’espoir, MED - EDITION, Paris, 1992, p. 29).

Sur 100 sujets séropositifs, au bout de dix ans, 60% développent la maladie du SIDA, 20% présentent les symptômes mineurs et 20% demeurent sans symptômes. Ces résultats ont été observés chez certains groupes d’homosexuels et on ignore si on peut les appliquer à l’ensemble des sujets séropositifs (Cf. Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, op. cit., p. 28).

[2] En effet, lorsque le virus du SIDA pénètre dans la circulation sanguine ou lymphatique (à travers les voies connues déjà citées) il s'introduit sélectivement dans la cellule T4 (globule blanc) dont la catégorie représente le centre de commande de tout le système de défense immunitaire. Parvenu dans la Cellule T4, la paroi du VIH se rompt, mettant à nu l’ARN (acide ribonucléique) viral.

Grâce à la transcriptase inverse, l'ARN du virus est transformé en ADN (acide désoxyribonucléique) et pénètre dans le noyau de la cellule T4 devenant ainsi élément du patrimoine génétique de la cellule. A ce niveau on peut assister à deux évolutions possibles :

1. Le virus du SIDA qui est parvenu au noyau de la cellule reste dans un état latent, c'est-à-dire inactif, passif, « dormant ». La cellule ainsi infectée peut continuer à vivre normalement et l'infection persister sans que le sujet ne présente de symptômes. La personne ainsi infectée, séropositive, est infectante par le sang et les sécrétions sexuelles.

2. La deuxième possibilité qui peut se présenter après l'infection de la cellule T4 par le virus du SIDA est la suivante : une fois pénétré dans le noyau de la cellule, le VIH devient actif et se reproduit à l'intérieur de la cellule qui éclate et libère un grand nombre de virus qui à leur tour, infectent d'autres cellules. Lorsqu'une grande quantité de cellules T4 sont détruites les défenses immunitaires s’affaiblissent de manière irréversible et apparaissent alors les symptômes du SIDA.

[3] Témoignage d’une personne atteinte du SIDA, cité dans : Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, op. cit., p 39.


Père François SEDGO

Religieux Camillien
Dans : Prévention SIDA et éducation chrétienne de la sexualité humaine, 1998.
Pages 137-142.