Pour une action pastorale de prévention du SIDA, il faut entre autres, compter absolument avec les personnes victimes du VIH qui représentent en effet l’enjeu même de la dramatique diffusion du fléau.

Les personnes séropositives, ayant été en contact avec le virus du SIDA et qui ont développé les anticorps anti-VIH sont infectées et infectantes. Les sujets séropositifs posent un problème crucial pour la société, car, contamines par le VIH, ils peuvent transmettre l'infection à travers les rapports sexuels, le sang, et de la mère séropositive à l'enfant.

Les sujets séropositifs vivent et évoluent dans la société avec les personnes saines ; cependant, ne présentant aucun signe extérieur, il est impossible de les reconnaître comme des personnes contaminées par le VIH.

Certaines personnes séropositives se savent contaminées par le virus du SIDA, tandis que la plupart l'ignore et malheureusement à travers le comportement peut propager l'infection.

Par rapport à ces observations, le discours de la prévention dans toute sa vérité, se trouve délicatement confronté à la liberté des individus, à leur conscience morale et à leur style de vie et de comportement.

Il convient de souligner ici l'importance et la nécessité d’une attention toute particulière et d’une action pastorale à promouvoir à l'endroit des personnes séropositives dans le but de les conscientiser et d’obtenir leur libre et nécessaire collaboration pour l'œuvre de la prévention.

Dans la perspective d’une action pastorale à promouvoir à l'égard des sujets séropositifs, il est indispensable de prendre en compte leur profil psychologique particulier, dans le respect des personnes.

La séropositivité est un événement qui retentit et ébranle la personne au plus profond d’elle-même. Pour beaucoup de personnes en effet, l’annonce de la séropositivité représente la genèse d’un véritable drame qui affecte la personne dans toutes ses dimensions (psychique, somatique, spirituel). Les sujets séropositifs sont constamment tiraillés par des questions angoissantes souvent sans réponse.

La durée de la séropositivité relativement longue, l’absence de thérapie efficace et de vaccin, l'issue fatale de la maladie et ses modes de transmission sont des facteurs qui déterminent chez la personne séropositive des réactions diverses dont la prédominante dans l'immédiat est l’angoisse de la mort. Il faut ajouter aussi que les réactions négatives au plan social face au SIDA (signalisation, isolement, marginalisation, discrimination, culpabilisation ...) suscitent davantage les craintes et les souffrances morales de la personne victime du virus du SIDA.

Les réactions éprouvées par la personne à l’annonce de sa séropositivité sont assimilées aux différentes phases vécues par le sujet qui apprend la nouvelle de sa mort imminente. Ces phases ont fait l’objet de l'analyse du docteur suisse Elisabeth KÜBLER-ROSS [1] qui exerce aux Etats-Unis d'Amérique :

a. La première réaction du sujet séropositif est le choc provoqué par l’événement de la séropositivité amplifiée par la prise de conscience quant à l’issue fatale de l’infection.

b. La deuxième réaction est la négation de sa « nouvelle situation » déterminée par le VIH ; la personne séropositive dans cette phase refuse en fait l’idée d’être condamnée à mort.

c. La troisième réaction est représentée par la colère à l’égard de l’entourage et de la société qui éventuellement adoptera à son endroit des attitudes ou des mesures d'isolement et de discrimination. A ce stade de la colère le sujet séropositif peut développer des attitudes d’agressivité et poser des actes nuisibles d'une manière ou d'une autre par vengeance ou rancœur.

d. La quatrième réaction c'est la dépression. Face aux sombres perspectives de sa nouvelle situation, l'individu perd confiance en sa propre personne et dans les autres.

e. La cinquième réaction est celle du marchandage qui peut ici s'exprimer en souhaits et résolutions. « Si j'obtenais la guérison, je ferais ceci ou cela… ».

f. L'acceptation : elle est le résultat d'une intégration progressive de la séropositivité ; à ce stade l'individu tente d’assumer une position de recul par rapport au monde et à lui-même et prend en considération sa nouvelle situation avec plus de lucidité et de réalisme.

Les diverses réactions ci-dessus mentionnées qui peuvent se vérifier chez le sujet séropositif ne suivent pas nécessairement l'ordre indiqué dans le vécu de la personne.

La connaissance du fait de la séropositivité comme celle de la personne même du séropositif et de sa dimension psychologique particulière, sont nécessaires en vue de savoir se situer correctement à son égard dans la dynamique d’une pastorale de solidarité.

Par rapport à l'attitude pastorale à l'égard des personnes victimes du virus du SIDA. Il est fondamental de leur témoigner avant tout accueil et estime, amour et respect. La personne séropositive ou malade du SIDA, dans sa situation fort critique est particulièrement sensible à l’accueil et au respect qui lui sont manifestés. L'accueil se présente comme la première et fondamentale manifestation de solidarité et de soutien dont la personne victime du virus du SIDA a besoin.

L'accueil s’exprime en gestes et attitudes de bienveillance et d’amitié à l'égard d'autrui. Il exige de nous un profond amour pour tout être humain, l’ouverture et la disponibilité.

Dans la dynamique de l'accueil s’inscrit aussi le respect pour la personne séropositive ou malade du SIDA. Le respect a pour objet la personne du sujet séropositif, sa dignité, ses conceptions philosophiques, sa confession religieuse, son appartenance sociale, sa race, sa couleur, sa culture. Le respect de la personne du séropositif ou du malade du SIDA exclura toute tendance à juger et à condamner. Quelle que soit la situation dans laquelle se trouve la personne humaine, celle-ci mérite sans condition notre respect et a légitimement droit à notre entière solidarité [2].

En effet, « les personnes victimes du SIDA sont enfants de Dieu, nos frères et sœurs en humanité et en Jésus-Christ. Ce dont les malades du SIDA ont besoin, n'est ni jugement, ni condamnation, mais amour, respect et solidarité. Ils veulent des pasteurs qui soient profondément sensibles au drame de leur situation et disposés à répandre avec profusion l'huile de l’espérance et de la réconciliation sur les blessures dont le VIH les a marqués » [3].

Dans ce sens il est nécessaire de promouvoir au plan social, des actions et des initiatives pastorales visant à la prise en charge et au soutien moral, psychologique et spirituel des personnes victimes du virus du SIDA.


Notes :

[1] Cf. KÜBLER – ROSS E., Les derniers instants de la vie, Editions labor et Fides, Genève, 1975.

[2] Cf. Jean Paul II, Dolentium Hominum, art. cit. p. 2.

[3] SEDGO F., op.cit. ,p. 128.

Père François SEDGO
Religieux Camillien
Dans : Prévention SIDA et éducation chrétienne de la sexualité humaine, 1998.
Pages 112-116.

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