Il y a une condition de travail que l’on confond souvent au harcèlement, c’est la « maltraitance managériale ». Ici, un responsable maltraite tout son entourage par son mauvais caractère, mais qui n’a pas d’intention précise, tandis que dans le harcèlement moral, l’intention est d’éloigner ou d’écarter la victime ciblée, l’employé à moindre frais.

En guise de conclusion, nous voudrions faire quelques recommandations et suggérer quelques attitudes permettant soit de prévenir le harcèlement, soit de vaincre la panique face à un contexte apparemment hostile à la vie professionnelle.

1 - Il faut faire attention à ne pas normaliser la violence

Ce n’est pas parce qu’on a vécu des choses difficiles que cela justifie d’en faire pâtir à d’autres. Cela équivaudrait à accepter comme naturelle la réaction en chaîne qui consiste à maltraiter (autrui) parce qu’on a été (soi-même) maltraité.

2 - Il faut éviter les excuses trop faciles

La pression du travail ou la mauvaise ambiance ne sont pas ou ne constituent pas des excuses pour traiter mal les autres, dans ce sens que chaque employé, quel que soit son niveau hiérarchique, doit réagir pour sortir de l’engrenage de la mauvaise ambiance, sortir de la situation difficile, au lieu de vouloir la perpétuer sur le dos des autres ou au détriment des autres.

3 - Pour vaincre la tentation du harcèlement moral

L’accent doit être mis sur la prévention qui inclut :

- Une organisation du travail responsabilisée

- Un encadrement formé

- Des employés qui participent l’organisation du travail par l’intermédiaire de leurs représentants

La prise en compte des caractéristiques individuelles des personnes comme sujets (et non des numéros ou des fonctions impersonnelles)

4. Lorsque le processus du harcèlement est perçu suffisamment tôt

Les solutions de médiation sont préférables à celles de l’écoute : l’écoute et la médiation sont toutes deux des témoignages de soutien et de solidarité, mais la médiation entre la victime et le harceleur (individu ou groupe) est une mesure préventive plus efficace de la tendance à la dépression et au suicide.

5. Lorsque les conséquences sur la santé sont suffisamment graves

Le harcèlement moral doit être reconnu comme un accident de travail. Dans ce cas, des solutions d’écoute et de prise en charge médicale doivent être mises en place (CNSS, Assurance Maladie…)

6. La règlementation

Enfin, une réglementation doit rappeler à chacun et à tous que le harcèlement moral est une violence inacceptable. En effet, pour faire cesser le harcèlement moral, il faut une vraie volonté de changement de la part des institutions ou des entreprises, mais aussi de la part de chacun des employés quelle soit sa position dans l’institution. Il nous faut ouvrir les yeux et dénoncer les abus de pouvoir, la discrimination et le harcèlement moral sous toutes ses formes. S’agissant d’un problème général, il faut surtout une vraie prise en compte du problème par les instances gouvernementales afin de dépasser l’approche individuelle médicale, voire psychiatrisée et inévitable lorsqu’on laisse le harcèlement moral s’installer, et (afin) de mettre en place des solutions collectives de prévention. La mise en place d’une prévention efficace peut être imposée par le gouvernement (législation), mais elle est aussi la responsabilité de tous, car nous sommes tous à la fois des harceleurs potentiels et d’éventuelles futures victimes de harcèlement.

 

Abbé Robert ILBOUDO,
Archidiocèse de Ouagadougou

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