Homélie du Cardinal

Textes : Sg 1,13-15 ; 2, 23-24 ; 2 Co 8, 7-15 ; Mc 5, 21-43

Excellences,
Mgr Joseph FORRO, Secrétaire chargé d’affaires à la Nonciature du Burkina-Niger,
Chers frères et sœurs,

A vous tous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ (Ph 1,2).

Au nom de notre Église Famille de Dieu qui est à Ouagadougou et au Burkina Faso, je voudrais tout d’abord souhaiter une cordiale bienvenue à vous tous, venus de près ou de loin pour la présente célébration eucharistique. Nous adressons un salut déférent et reconnaissant à nos Pères Évêques, aux autorités politiques et administratives, les Présidents d’institutions, les membres du corps diplomatiques et des organisations internationales, les militaires et paramilitaires…

Fidèle à la tradition de l’Église Catholique, nous sommes invités à prier aux intentions du Souverain Pontife, à l’occasion de la fête des Apôtres Pierre et Paul, les deux colonnes de l’Église liturgiquement célébrées le 29 juin de chaque année.

Comme vous le savez, Son Excellence Monseigneur Vito RALLO a accompli sa mission et nous a quittés le 15 janvier 2015. Le Saint Père le remplace par un nouveau Nonce Son Excellence Piergiorgio BERTOLDI, consacré Evêque le 02 juin 2015 à Milan en Italie. Il nous arrivera dans le courant du mois d’Août. En son absence, le chargé d’affaires de la Nonciature Monseigneur Joseph FORRO nous a aimablement conviés à la présente célébration pour nous souvenir de notre Saint Père le Pape François. Merci à tous d’être là pour que nous puissions prier à ses intentions, pour la fécondité de son ministère pétrinien au service de l’Église Universelle.

I- La Parole de Dieu de ce treizième dimanche du temps ordinaire

A l’instar de tous les dimanches, la liturgie de ce 13ème dimanche nous ouvre à la richesse infinie des Écritures pour nous édifier et nous fortifier dans notre vie de foi.

Le livre de la sagesse (Sg 1,13-15 ; 2,23-24), nous révèle que Dieu, Maître de la vie, a créé « l’homme pour une existence impérissable ». Il n’est donc pas l’auteur de la mort et ne se réjouit aucunement de voir mourir les hommes.

Dans la deuxième lecture (2 Co 8, 7-15), l’Apôtre Paul nous donne le Christ comme exemple de vie : « de riche qu’il était, il s’est fait pauvre à cause des hommes afin de les enrichir de sa pauvreté ». Nous sommes tous invités à marcher sur ses traces en étant généreux et solidaires vis-à-vis de nos frères et sœurs démunis et souffrants.

Dans l’évangile d’aujourd’hui (Mc 5,21-43), Jésus opère deux miracles en faveur de deux femmes : une femme qui souffre d’hémorragies incurables depuis douze ans et qui, selon la loi juive se trouve dans un état d’impureté légale, est guérie au contact du manteau du Christ. Et une fille âgée de douze ans, enfant du chef de synagogue Jaïre, est ramenée de la mort à la vie : Tha lita koum. Lève-toi, relève-toi !

Ces deux récits de guérison établissent un lien étroit entre foi et miracle :

A la femme malade qui vint se jeter à ses pieds pour lui confesser toute la vérité, Jésus déclare : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » Et au chef de la synagogue Jaïre, désemparé par la mort de sa fille, il affirme : « sois sans crainte, aie seulement la foi. »

Tout cela pourrait susciter en nous des questionnements : la foi est-elle une condition à la réalisation du miracle ou bien en est-elle la conséquence ? Est-ce la foi qui produit le miracle ou plutôt le miracle qui engendre la foi ? Suffit-il d’avoir la foi pour voir exaucées toutes nos prières de supplication et de demandes ? A n’en point douter, à travers ces deux miracles, Dieu nous interpelle et nous invite à progresser dans la foi, la confiance totale en Jésus-Christ ressuscité, Maître de la vie et de la mort, unique Sauveur de l’homme et de tout homme. A nous chrétiens qui sommes si souvent friands du sensationnel, de l’extraordinaire et du miracle, la Parole de Dieu de ce jour rappelle une vérité fondamentale : l’important n’est pas la guérison physique ou le miracle mais la foi qui sauve. La foi est certes indispensable à la réalisation du miracle ; elle permet à Dieu d’agir dans notre vie, mais reconnaissons-le, la foi ne saurait être une pression sur le Seigneur, exigeant de lui tel ou tel miracle. En effet, Dieu seul sait ce qui convient le mieux au bonheur de l’homme et l’attitude du véritable croyant doit être celle de Marie dans son fiat : « je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. » ( Lc 1,38). Au-delà de nos supplications confiantes, restons toujours disponibles à accueillir la volonté de Dieu.

II- Messe à l’intention du Pape

Chers frères et sœurs, en priant aujourd’hui pour notre Saint Père, le Pape François, il convient de redécouvrir ensemble sa mission dans l’Église afin de mesurer sa lourde charge et d’orienter toujours nos prières à ses intentions.

Historiquement, le titre de Pape vient du grec « papas », père. Dans l’Église d’Orient, ce titre était réservé à l’évêque (patriarche) avant de s’étendre à tous les prêtres, appelés encore aujourd’hui « popes ». En occident, il semble que tous les évêques étaient appelés « pape ». Mais l’usage s’est restreint au fur et à mesure et en 1073, le Pape Grégoire VIII interdit à tout évêque de porter le titre de pape, le réservant au seul évêque de Rome.

- Rôle et mission du Pape dans l’Église Catholique

Le rôle et la mission du Pape, successeur de Pierre, se fonde selon l’enseignement de l’Église, sur la primauté de Pierre sur les Apôtres. Le Christ en effet, a placé Pierre à la tête des Apôtres lui confiant la responsabilité de l’Église afin qu’il la gouverne et la conduise en présidant à l’unité et à la charité du Corps du Christ. « Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Église et la puissance de la mort n’aura pas de force contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt 16, 18-19), déclare-t-il à Pierre après sa profession de foi.

Mais le rôle et la mission du Pape ne sauraient se comprendre qu’en lien direct avec le collège des évêques, successeurs des Apôtres. Il exerce sa mission dans la collégialité, c’est-à-dire en communion avec les Évêques formant le Collège. A la suite de la constitution dogmatique « Lumen Gentium », le code de droit canonique donne une définition claire et précise du rôle et de la mission du Pape: « L’Évêque de l’Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d’une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des Évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Église tout entière sur cette terre ; c’est pourquoi, il possède dans l’Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement » (Canon 331 ; LG, n. 22)

La mission essentielle du Pape, Évêque de Rome est de garantir l’authenticité de la foi des croyants, c’est-à-dire la conformité de celle-ci avec la foi des premiers chrétiens, l’Église Apostolique. En cela, il réalise la mission que le Christ a confié à Pierre, à savoir raffermir ses frères dans la foi : « Simon, Simon ! Écoute : Satan a demandé de pouvoir vous passer tous au crible comme on le fait pour purifier le grain. Mais j’ai prié pour que ta foi ne défaille pas. Et quand tu seras revenu à moi, affermis tes frères. » (Lc 22, 31-32), dit Jésus.

Chaque évêque doit être en communion de foi avec le Pape s’il veut pouvoir exercer sa pleine responsabilité locale et universelle avec lui. La mission de Successeur de Pierre, de Souverain Pontife et Vicaire du Christ, confiée au Pape, de façon concrète, s’exerce doublement :

- En tant que Successeur de Pierre, il assure une mission de caractère universel concernant la foi et les mœurs.

- En outre, comme Souverain Pontife, il nomme les évêques, crée les diocèses ou églises particulières, institue la discipline ecclésiastique en sa qualité de Pontife suprême et assure ainsi le gouvernement de l’Église répandue sur toute la terre.

- Le Pontificat du Pape François et la prière en sa faveur

Dès son élection à la tête de l’Église, le Pape François a demandé de prier pour lui dans l’exercice de son ministère pétrinien qu’il a placé sous la protection et dans le sillage de Saint François d’Assise. Sous ce signe, il voudrait promouvoir une Église servante, pauvre au service des pauvres. Dans cette dynamique, il entreprend une réforme de la curie romaine, pose des actions symboliques, exhorte vigoureusement pour un retour de l’Église à l’essentiel : l’Évangile qui est source de sa joie et dont l’Église doit être porteuse au cœur d’un monde défiguré et sans repères valables.

On perçoit clairement que le Pontificat du Pape François vise à renouveler l’Église dans sa mission évangélisatrice pour qu’elle réponde aux besoins pressants et aux préoccupations de notre monde en pleine mutation et cela, en lui proposant à frais nouveaux, l’Évangile dans sa splendeur et sa beauté. Le Pape François, voudrait dans ce sens une Église rayonnante qui communique à travers ses membres la joie de l’Évangile et reflète ainsi le visage d’amour et de miséricorde du Père céleste. Dans son exhortation « Evangelii Gaudium », il appelle à la conversion de la pastorale de l’Église quand il déclare : « L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ….. L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. » (E.G, nn. 46 et 47).

La convocation du Synode sur la famille, l’année de la vie consacrée, l’année de la miséricorde à venir sont autant d’actions fortes entreprises par le Saint Père pour engager toute l’Église dans une dynamique de conversion et de renouveau intérieur, pour qu’elle réalise au mieux en ce monde, sa mission de sacrement universel de salut. En outre, à travers son style simple et concret, l’enseignement incisif du pape François s’adresse aux chrétiens et au monde entier pour les inviter à la conversion authentique, la conversion à l’Évangile. Sa récente encyclique « Laudato si », déborde même le cadre de l’Église pour interpeller le monde entier à la protection et à l’entretien de la création, œuvre merveilleuse que Dieu a confiée à la responsabilité de l’homme

Frères bien-aimés, dans cette Eucharistie, confions le ministère pétrinien du Pape François au Seigneur. Puisse-t-il dans ce vaste chantier qu’il a entrepris, bénéficier constamment de l’assistance du Saint-Esprit, premier protagoniste de la mission dans l’Église, pour conduire ainsi le Peuple de Dieu selon la volonté même du Christ. Que la Vierge Marie Étoile de l’Évangélisation, intercède pour lui et pour l’Église dans sa marche vers la plénitude du Royaume.

« Seigneur Jésus, Guide et Pasteur de tous les fidèles, regarde avec bonté ton serviteur le Pape François dont tu as voulu faire le pasteur de ton Église ; donne-lui, nous t’en prions, de servir par la parole et par l’exemple, ceux qu’il dirige et de parvenir ainsi avec le troupeau qui lui est confié à la vie éternelle. Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles ». Amen.

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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