[1]

a. Albigeois

1. Origine et extension de l’hérésie

Les Albigeois ou Cathares (mot d’origine grecque signifiant pur) sont des hérétiques néo-manichéens que l’on trouve dans le Sud de la France aux 12ème – 13ème siècles. Ils se distinguent des Vaudois (disciples de Valdo) ou Pauvres de Lyon, également dans le Midi.

Le véritable centre de l’hérésie a été Toulouse, d’où elle a rayonné dans les régions voisines, et non Albi. Selon Rainier Sacchoni qui, vers 1250, a fait le relevé de toutes les églises cathares de l’Orient et de l’Occident, les églises de France et d’Italie étaient rattachées à celles de Dalmatie et de Bulgarie, d’où le nom de Boulgres parfois donné aux hérétiques [2]. L’hérésie semble s’être infiltrée en France par l’Italie du Nord.

Malgré la ressemblance avec le manichéisme des 3ème et 4ème siècles, combattu par St Augustin, et avec le catharisme du 12ème siècle, on ignore le lien historique entre les deux. L’Église cathare s’est implantée assez solidement vers 1167 dans le Sud de la France, à Toulouse et à Carcassonne. Deux autres églises sont signalées en 1250 : celle d’Agen, en pleine décadence, et celle d’Albi.

2. La doctrine cathare

Parmi les controversistes catholiques qui ont décrit la doctrine cathare, on note Alain de Lille (1202) qui a composé un De fide catholica, dont le premier livre vise les Cathares. Surtout l’Italien Rainier Sacchoni qui, avant de devenir dominicain, était affilié à la secte. Il a écrit vers 1250 une Summa de catharis et leonistis seu pauperibus de Lugduna (Somme sur les cathares et les Lyonnais ou Pauvres de Lyon). Il existe aussi des bibles hérétiques en langue vulgaire (langue d’oc) qui contiennent des rituels. Au 20ème siècle, il a été retrouvé à Florence un traité cathare du 12ème siècle : Liber de duobus principiis (Le Livre des deux principes).

La théologie cathare est à base de dualisme. Les dualistes absolus (comme ceux du Languedoc) croient à l’existence de deux principes éternels, l’un bon, l’autre mauvais. Du premier procède le monde invisible des esprits et des âmes; du second, la matière.

Les conséquences morales de cette doctrine sont étendues. Puisque la matière est l’œuvre du dieu mauvais, il faut libérer les âmes de la matière dans laquelle elles sont emprisonnées. C’est un devoir rigoureux pour les initiés de garder la chasteté parfaite : le mariage est répréhensible car, par la procréation, il tend à enfermer des âmes dans la matière.

Malgré cette doctrine très particulière, les cathares se prétendent les seuls vrais chrétiens : leur Église est l’Église de Dieu, en face de laquelle l’Église catholique est la synagogue de Satan. Les cathares disent que leur Église a été fondée par le Christ lui-même, qui l’a confiée aux Apôtres, qui l’ont transmise aux hommes apostoliques qui ont constitué les premières églises cathares. Il est vrai que les rites cathares s’inspirent du christianisme. Mais la doctrine est en rupture avec le christianisme, ce qui a valu aux cathares d’être considérés non comme des infidèles, mais comme des hérétiques.

3. L’Église cathare

Elle est formée de ceux qui ont reçu le consolamentum, le seul sacrement existant, le baptême dans l’Esprit. Ces gens sont les « parfaits ». S’ils restent fidèles à leurs obligations, en particulier à la chasteté, ils font une bonne mort et leur âme est à jamais libérée des entraves du corps et n’a pas besoin de nouvelles purifications.

En réalité, la plupart des adeptes reculaient le consolamentum à l’article de la mort et se contentaient de vivre en simples « croyants ». Ils ne devenaient donc parfaits que lorsque l’acceptation des obligations de la secte n’avait plus rien de redoutable.

Le culte cathare était très réduit : prédications et diverses cérémonies liturgiques telles que l’appareilhamentum ou service, sorte de confession générale à la suite de laquelle le parfait imposait une pénitence. En outre, rite de « l’adoration » qui consiste à s’agenouiller devant un parfait pour lui demander sa bénédiction.

L’Église cathare a une hiérarchie composée d’évêques et de diacres. Chaque église particulière a son évêque assisté d’un fils majeur et d’un fils mineur. Évêques et diacres administrent le consolamentum, bien que les autres parfaits en aient aussi le pouvoir.

4. Le succès de la secte

Grand succès dans tout le Languedoc. Ceci, même après la croisade et en dépit de la répression. Ceci tient au fait que le clergé catholique n’était pas à la hauteur de la tâche et manquait de zèle et de vertu. La prédication des parfaits et leur vie austère impressionnèrent. Ils bénéficièrent d’un courant de sympathie.

Des nobles furent attirés car cela les libérait de la dîme et leur permettait de piller des biens ecclésiastiques. Des seigneurs tels que Raymond VI de Toulouse (dont le père Raymond V resta toujours fidèle au catholicisme), le comte de Foix, la Trencavel, vicomtes de Béziers, de Carcassonne et de Razès, eurent une attitude équivoque.

Les prédicants, revêtus du costume des hérétiques, faisaient figure de religieux missionnaires rayonnant partout et mettant en péril l’Église catholique. Foulques, nouvel évêque de Toulouse en 1206 s’en inquiéta vivement.

b. La croisade albigeoise

1. Avant la croisade

On usa d’abord de moyens pacifiques. En 1147, St. Bernard prêcha à Albi et dans les environs de Toulouse. Les légats du pape prirent des mesures pour réformer le clergé, organiser des missions cisterciennes. Mais les résultats furent maigres. Diègue, évêque d’Osma (Espagne), et son compagnon Dominique suggérèrent une nouvelle méthode d’apostolat qui consistait surtout à imiter la vie austère des parfaits : il fallait reconquérir la sympathie des foules. Dominique fonda le couvent de Prouille pour les jeunes filles converties (1206), puis l’ordre des frères prêcheurs.

Le pape Innocent essaie d’amener le comte Raymond VI de Toulouse à plus de fidélité à l’égard de l’Église. Voyant qu’il n’y parvient pas, il se tourne vers le roi de France, suzerain du comte. Mais le roi n’intervient pas et une croisade est décidée, provoquée par l’assassinat du légat Pierre de Castelnau (14.01.1208). Cet assassinat est imputé au comte de Toulouse.

2. La Croisade

Elle fut surtout composée de Français du Nord. Raymond VI se rendit rapidement, mais son neveu Raymond Roger Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne, résista. Béziers fut emportée le 22.07.1209 et il s’ensuivit un affreux carnage où catholiques et hérétiques confondus furent massacrés. Carcassonne capitula le 15 août. Simon de Montfort, un des chefs militaires du Nord, fut désigné pour remplacer Trencavel, dépossédé, mais il dut batailler deux ans pour imposer son autorité. Le pape voulait aussi qu’il remplace Raymond VI qui n’inspirait pas confiance. Mais celui-ci fit appel à son beau-frère, Pierre II, roi d’Aragon. Ce dernier chercha d’abord à négocier. Mais les évêques refusèrent de pardonner à Raymond VI et la guerre reprit. Pierre II fut tué à Muret (1213). Après cette victoire, les Toulousains se soulevèrent contre Simon de Montfort. Au cours du siège, il fut tué d’une pierre à la tempe (1218). Son fils Amaury ne fut pas en mesure de le remplacer, et il céda au roi Louis VIII de France tous les droits qu’il avait acquis dans le Midi. Il fut entendu qu’après la mort de Raymond VII, fils de Raymond VI, le titre et les droits de comte de Toulouse iraient au frère du roi saint Louis qui avait épousé la fille du comte de Toulouse. Ainsi, un des résultats les plus nets de la croisade fut de permettre l’annexion du Languedoc à la couronne française (1249).

L’Inquisition poursuivit longtemps les hérétiques. Il a fallu prés de trois-quarts de siècle pour ramener le pays à l’orthodoxie.

Notes :

[1] D’après : Catholicisme …, Letouzey et Ané, 1948, t. 1, col. 275-279, par E. Griffe.

[2] Ce mot de Boulgre, qui vient de Bulgare, est passé dans l’expression « c’est un bon bougre ! »

Père Yves MOREL
Société des Jésuites
Dans : Le défi des sectes, des N.M.R. et des intégrismes, Abidjan, INADES, 1999.

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