Le Nouvel Âge est un mouvement né en Californie (USA) vers 1960, sous l’influence des écrits de l’Anglaise Alice Ann Bailey (1839-1949) qui a créé, en 1932, l’Association Bonne Volonté pour préparer l’avènement d’une humanité radicalement renouvelée. Elle est l’auteur de l’expression New Age. L’annonce du Nouvel Âge correspondant à l’ère du Verseau est liée à l’interprétation des signes du Zodiaque.

1. Les signes du Zodiaque

Les astrologues des temps anciens (ceux qui observaient les astres sans avoir la connaissance actuelle des lois de la mécanique céleste et en assimilant les astres à des puissances intermédiaires entre Dieu et les hommes) pensaient que le soleil tournait autour de la terre puisqu’il se lève à l’est et se couche à l’ouest. Dans la Voie lactée, ils ont remarqué que des étoiles restent groupées et forment ensemble des constellations qui ont évoqué pour eux des animaux (lion, taureau, scorpion, bélier, poissons, capricorne), des êtres humains (vierge, verseau, sagittaire, gémeaux) ou encore des objets (balance). Les astrologues ont donc nommé 12 constellations (en fait 13 avec le serpentaire) et ils ont remarqué que d’un mois à l’autre, le soleil se lève devant chacune des constellations.

a. Comment sont désignées les constellations ?

Elles sont établies en liant les étoiles les plus lumineuses (les soleils) par un trait imaginaire. Ces traits ont l’apparence d’un être connu : être humain, animal, objet. En fait, les constellations ne sont pas des entités groupées, car les étoiles se trouvent entre elles à des distances considérables tout en appartenant au même ensemble de la Voie lactée. C’est seulement sous un effet d’optique qu’elles semblent relativement proches les unes des autres.

b. Passage de l’ère des Poissons à l’ère du Verseau ?

Dans la rotation de la Terre sur elle-même (en un jour) et autour du soleil (en une année), il existe une avance progressive, mais très lente; des équinoxes de printemps et d’automne par rapport au cercle zodiacal. C’est ce qu’on appelle la précession des équinoxes. Ceci à la suite de la perturbation que provoque sur le mouvement de la terre la double attraction du soleil et de la lune. Cette perturbation donne à la terre une avance de 50",256 par an (même pas une minute), soit un cône complet de récession de 25.760 années. Au bout de ces 25.760 années, l’équinoxe retrouve la même position par rapport aux constellations. Il en résulte que tous les 2.146,66 ans (soit 25.760 divisé par 12), à l’équinoxe de printemps, la terre a une nouvelle constellation en vis-à-vis. En effet, une précession de 50",256 par an pendant 2.146,66 ans équivaut à un déplacement de 30°, soit le 1/12ème du cercle zodiacal.

c. Le mouvement de la Terre autour du soleil et le cercle zodiacal

La rotation de la terre, les saisons et le calendrier

La terre tourne autour du soleil sur une ellipse appelée plan de l’écliptique et est inclinée de 23°27’ par rapport à ce plan. Ainsi la terre a-t-elle par rapport au soleil quatre positions remarquables qui lui donnent ses différentes saisons : équinoxe de mars, solstice de juin, équinoxe de septembre, enfin solstice de décembre.

Deux positions de solstice : chacun des deux points de l’écliptique où l’équateur de la terre semble le plus bas (23 juin) ou le plus haut (23 décembre) par rapport à l’éclairage du soleil. En effet, le 23 juin, le soleil cesse de « monter » au-dessus de l’équateur terrestre : il éclaire à la verticale le tropique du cancer, à 23°27’ au-dessus de l’équateur. C’est le début de l’été dans l’hémisphère nord et le début de l’hiver dans l’hémisphère sud. A ce moment, la constellation visible derrière le soleil est le cancer.

Le 23 décembre, le soleil cesse de « descendre » en dessous de l’équateur terrestre. Les rayons du soleil sont à la verticale (au zénith) du tropique du capricorne, à 23°27’ en dessous de l’équateur. C’est le début de l’hiver dans l’hémisphère nord et le début de l’été dans l’hémisphère sud. Alors, la constellation visible derrière le soleil est le capricorne.

Deux positions d’équinoxe : l’équinoxe est le moment où les rayons du soleil sont à la perpendiculaire de l’équateur. Les nuits (nox, en latin) sont alors égales (equus, en latin) au jour. Ces deux dates sont le 23 mars et le 23 septembre. Le 23 mars correspond au début du printemps dans l’hémisphère nord. A ce moment, la terre voit le soleil sur fond de constellation du bélier, après l’avoir vu sur fond des poissons.

A l’équinoxe de septembre, la terre voit le soleil sur fond de balance, après l’avoir vu sur fond de la vierge.

d. Note sur le calendrier chrétien

Les dates de la conception de Jésus (Annonciation) et de sa naissance sont placées de façon symbolique, et non historique, en fonction de ces moments clés : la conception de Jésus est située le 25 mars, donc aussitôt après l’équinoxe de printemps, et sa nativité le 25 décembre, neuf mois après, au moment où le soleil recommence à monter depuis le tropique du capricorne vers l’équateur, c’est-à-dire au moment où les jours recommencent à s’allonger dans l’hémisphère nord. La nativité de saint Jean-Baptiste est placée le 21 juin, trois mois après l’Annonciation, à la période du solstice de juin : le soleil de la Saint-Jean (Baptiste) est « monté » à son maximum et il va redescendre pour laisser grandir le soleil du Christ : « il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue » (Jean 3, 30).

Le calendrier chrétien a été établi en fonction de l’hémisphère nord. Ce calendrier est à la fois solaire (fêtes mentionnées ci-dessus : Annonciation le 25 mars, naissance de Jean-Baptiste le 21 juin, Nativité de Jésus le 25 décembre) et lunaire, puisque la fête de Pâques est liée au calendrier lunaire des Juifs : elle est célébrée le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune au 21 mars ou après. La position de Pâques entraîne celle de l’Ascension (au bout de 40 jours), celle de la Pentecôte (du grec pentékonta = cinquante, 50 jours après Pâques) et donc celle des dimanches de l’année. L’Église ne prétend pas que la naissance historique de Jésus se situe le 25 décembre. Au temps de Jésus, il n’y avait pas d’état civil comme aujourd’hui et Jésus est né comme un petit pauvre. Lorsque le christianisme a été reconnu (4ème siècle) et que le polythéisme a reculé, l’Église a remplacé des fêtes païennes, notamment des fêtes solaires, par des fêtes chrétiennes. Cela signifie que la nature et le cosmos semblent s’associer aux célébrations des chrétiens.

Pourquoi la Pâques chrétienne (dimanche) ne tombe-t-elle pas le lendemain de la Pâque juive (samedi) ? Parce que le calendrier juif est un calendrier lunaire avec des mois de 29 à 30 jours qui donnent une année de 354 jours. Le rattrapage avec le cycle solaire se fait tous les deux ou trois ans par un 13ème mois.

Les douze signes du Zodiaque (en fait treize) ne coïncident pas exactement avec les douze mois : un mois chevauche deux signes du Zodiaque : septembre se partage entre la vierge et la balance ; mars, entre les poissons et le bélier. Dire, comme le Nouvel Âge, que l’on entre dans l’ère du Verseau, c’est signifier qu’à la suite de la procession des équinoxes, l’équinoxe du 23 mars n’aura plus en vis-à-vis la constellation des poissons, mais celle du Verseau. Nous serions donc sur le point de quitter l’ère des poissons (IKHTUS, ou poisson en grec ; ces lettres sont le symbole qu’utilisaient les premiers chrétiens persécutés pour se reconnaître entre eux : ce sont les initiales du titre de Jésus Christ : Iésous Khristos Theou Uios Soter = Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur) pour entrer dans l’ère du Verseau, symbole aquatique de vitalité, de renouveau, de fluidité, submergeant toutes les barrières ! En fait, l’axe terre - soleil - Poissons se situe en 1996 du 19 février au 20 mars. Fin mars, on passe à l’axe terre - soleil - Bélier. On est donc encore très loin d’atteindre l’axe terre - soleil - Verseau en mars : des spécialistes disent qu’il faut encore attendre 2000 ans.

2. Entrer dans le Verseau

a. Le Verseau, une culture

Entrer dans le signe du Verseau; c’est remonter vers l’âge d’or. Selon cette théorie qui vient des religions babyloniennes et du Proche Orient, l’humanité passe successivement par les âges du fer, du bronze, de l’argent, puis de l’or. Cette succession reprend ensuite en commençant par un recul de l’humanité, de l’âge d’or à l’âge de fer. Il y aurait donc une correspondance entre ces âges et les ères des constellations. Mais pourquoi, selon le Nouvel Âge, l’humanité n’a-t-elle pas encore atteint l’âge d’or ? A cause de la difficulté à faire communiquer les deux hémisphères de notre cerveau.

Ces analyses ne seraient pas seulement valables pour les pays du Nord ; chez les peuples pour lesquels l’hypertrophie se situe dans l’hémisphère droit, la communication doit aussi s’établir avec l’hémisphère gauche. Grâce aux techniques énumérées ci-dessous, les hommes apprennent à faire communiquer les deux hémisphères.

« Ainsi, il importe de modifier notre regard, de réfléchir et de raisonner à partir d’un nouveau paradigme [1], en abandonnant, tout en l’intégrant, le précédent (paradigme) qui se fondait sur la rationalité scientifique. A présent, il faut privilégier la transformation de la conscience et de la spiritualité au sens le plus large du terme. Le paradigme de la conspiration du Verseau [2] consiste alors à acquérir un regard neuf sur les changements qui interviennent dans notre société et à en contrôler les processus. Il voit l’humanité comme enracinée dans la nature, il encourage l’individu à devenir autonome dans une société décentralisée, il l’invite à se considérer comme intendant de toutes les ressources extérieures et intérieures, capable d’imagination, d’invention et d’expérimentations nouvelles. » [3]

Nous serions donc à une période de post-modernité, c’est-à-dire de désenchantement par rapport à l’espoir que nous apportait la rationalité scientifique et technique d’atteindre le bonheur individuel et collectif. Désenchantement : insatisfaction générale, « mal vivre », d’où des réactions de contre-culture comme celles de mai 1968. Les étudiants et les autres membres de l’intelligentsia ont exprimé leur « ras-le-bol » à l’égard de la société matérialiste, bureaucratique et déterministe de notre temps. Les gens éprouvent un sentiment diffus de peur : ils redoutent pour leur avenir et se recroquevillent sur eux-mêmes.

Le Nouvel Âge fait interprétation gnostique de l’Apocalypse [4] :

« Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus » (Ap 21, 1).

Pour le Nouvel Âge, cette vision est sur le point de se réaliser, puisque l’on va passer à l’ère du Verseau (ciel nouveau) et que l’humanité entre dans une phase décisive de son évolution.

« Un certain ‘mal de vivre’ engendre une recherche fébrile d’harmonie et de guérison, d’élargissement de la conscience et d’intériorité, que le Nouvel Âge cristallise en annonçant une ère nouvelle, celle du Verseau, qui succédera au christianisme et fera advenir un homme nouveau. Il s’inscrit en faux contre le matérialisme ambiant et proclame un changement de ‘paradigme’ : le primat de l’esprit. »

Nos contemporains sont déçus par la société technico-scientifique qui n’a pas vraiment réalisé ses promesses de libération. Avant d’être une théorie holiste [5], le Nouvel Âge désigne d’abord un état d’esprit, une aspiration largement diffuse dans le corps social : une mentalité nouvelle.

« Il représente un mode de vie ‘soft’, une quête de sagesse non violente, une sorte de culture planétaire, dans laquelle la nouvelle génération baigne comme naturellement... Le Nouvel Âge ne serait que la pointe religieuse de l’individualisme occidental qui s’offre sa religion kit, conformément au vieil adage selon lequel chaque société a la religion qu’elle mérite. Cependant, il est le symptôme d’une quête spirituelle. » [6]

Chacun doit libérer en soi toutes ses potentialités et accéder à un nouveau niveau de conscience. Comment ? Les théoriciens du Nouvel Âge se réfèrent aux grands penseurs du passé : les Grecs, le bouddhisme, la gnose, l’ésotérisme, les mystiques et penseurs chrétiens, dont Maître Eckhart, saint Jean de la Croix, Teilhard de Chardin...

b. Dieu ou le divin

Pour le Nouvel Âge, il existe une conscience cosmique primordiale qui constitue l’énergie fondamentale de l’univers. Ou retrouve ici le langage de la Rose-croix. Ceux qui ont connu une mort apparente auraient fait l’expérience du divin qui leur a laissé une perception lumineuse, une impression d’amour. [7]

Dieu n’est donc pas un être personnel et il n’a pas besoin d’intermédiaires (Églises, dogmes...) pour être rencontré. Il importe simplement de nous ouvrir au divin qui nous habite par le biais des diverses disciplines du Nouvel Âge. Nous accéderons alors à l’ « Universel ».

Ce changement ne se réalise pas forcément en une seule vie : la réincarnation permet à chacun de développer progressivement toutes ses capacités. Mais, à l’inverse de la conception hindoue de la réincarnation, il n’y a pas rechute d’une réincarnation à l’autre. Chacun est aussi aidé par des entités diverses, anges, esprits, farfadets, avec lesquelles il peut communiquer par la technique du channelling [8]. L’humanité est aussi stimulée par les diverses incarnations (ou avatars) du Christ cosmique, dont la prochaine s’annonce imminente. Cet Instructeur mondial instaurera une religion universelle qui mettra fin à toutes les autres ; alors, l’humanité accédera à la vraie sagesse, au paradis terrestre retrouvé.

3. Les techniques pour s’accomplir et s’unifier

[9] Les médecines douces et parallèles : acupuncture, homéopathie, ostéopathie, nouveaux régimes alimentaires (Montignac, végétarisme, ...). Ces techniques s’adressent au corps et à l’esprit.

Succès des sciences plus ou moins occultes : astrologie, voyance, magie, spiritisme (évocation des esprits) et channelling, radiesthésie (utilisation du pendule), numérologie (voir la kabbale juive) ...

Autres méthodes : yoga, méditation zen, sophrologie (recherche de l’équilibre, d’une pensée saine), apprentissage du voyage hors du corps ou voyage astral, télépathie (participation à distance aux sentiments d’un autre), thérapies de groupe, re-birth (revivre sa naissance, son cri primal, en vue de commencer une nouvelle vie), hypnose...

Succès des sociétés ésotériques (fondées sur l’initiation) : rose-croix, sectes, associations théosophiques et anthroposophiques :

Théosophie : Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) a longtemps vécu en Inde, puis elle a fondé la Société théosophique à New York en 1875. Annie Besant lui succéda qui tenta d’imposer Krisnamurti comme nouveau messie et qui soutint l’indépendance de l’Inde. Mme Blavatsky prétendait avoir reçu la sagesse des Maîtres du Tibet, hommes supérieurs seulement atteignables par leurs corps astraux. Selon ces Maîtres, la vie vient du Grand Être. Les disciples atteignent la perfection par l’étude du système théosophique et par les réincarnations. Jésus est un maître qui enseigne les principes déjà contenus dans des religions plus anciennes. « La théosophie devint une secte à la mode et attire toute sorte de gens titrés et en vue en se proclamant au-dessus de toutes les religions. » [10] On voit l’influence de ces idées sur le Nouvel Âge et beaucoup de mouvements actuels.

Anthroposophie : L’Allemand Rudolf Steiner refusa le messie proposé par Annie Besant (Krisnamurti) et créa sa propre Société anthroposophique en 1912. Il insista sur la sagesse humaine et édifia sa Société à partir de ses propres révélations mystiques.

Ces pratiques sont relativement anciennes mais elles se sont répandues, parfois déformées et appauvries : par exemple, le yoga est menacé de perdre sa dimension spirituelle au profit d’une technique somatique. Elles prétendent intégrer la rationalité (ce qui n’est pas évident, vu leur syncrétisme) et tenir compte de toutes les composantes de l’homme.

Le Nouvel Âge est cette nébuleuse de pratiques, de disciplines multiples par lesquelles les gens cherchent à savoir pourquoi ils vivent et comment vivre mieux. Le Nouvel Âge prétend être religieux en voulant relier les hommes entre eux, avec le cosmos et avec le divin laissé à la libre interprétation de chacun. Il prétend dépasser toutes les religions par sa vision syncrétiste et panoramique.

Les religions orientales et charismatiques font recette, mais pas les religions historiques auxquelles on reproche de brider les individus par leurs dogmes, leurs normes éthiques, leurs appareils hiérarchiques.

4. Aspects positifs et ambivalences du Nouvel Âge

Les difficultés pour dialoguer avec les Newagers (adeptes du Nouvel Âge) : ils n’ont pas de repères très fixes et naviguent d’un système à l’autre. Ils mettent sur le même pied des textes qui sont sacrés pour les chrétiens (saint Jean et le Nouveau Testament) et des citations de multiples et obscurs gourous. Enfin, les termes précis pour les chrétiens (Dieu, âme...) prennent chez eux un autre sens.

a. Aspects positifs

C’est une réaction salutaire à une conception matérialiste de l’homme. Il souligne la dimension spirituelle de l’homme. Il est porteur d’une espérance vers plus d’harmonie et de communication entre tous les êtres de l’univers. Ceci devrait provoquer les communautés chrétiennes, porteuses d’une Bonne Nouvelle infiniment plus riche, à sortir d’elles-mêmes, non pas pour donner des leçons à ceux qui pensent différemment, mais pour entretenir avec eux un dialogue de compréhension et de non compromission. Le Nouvel Âge est aussi travaillé par la présence de Dieu. Mais, sans révélation précise, il manquera la libération qu’il promet et rejoindra le paradis des illusions perdues.

Les points de jonction avec le christianisme :

- Accomplissement de l’homme dans sa dimension spirituelle incluant toutes les autres, ainsi que l’harmonie sociale et cosmique qui doit en découler : ainsi sera réhabilité le caractère religieux de la nature humaine.

- Poser la question du sens (de la vie) et développer le sens de l’humain.

- Sortir du matérialisme ambiant.

- Chercher à capter les énergies qui nous habitent et qui travaillent la création.

- Retrouver un rapport plus sain avec la nature.

b. Les ambivalences

La religiosité naturelle christianisme est différente de la foi au Dieu révélé et, par là, le Nouvel Âge s’oppose au christianisme :

Nouvel Âge

Christianisme

Avenir

Réincarnation

Résurrection

Progrès

Croissance psychique

Vie spirituelle

Croyance

Religion cosmique

Foi chrétienne

De plus, les techniques évoquées ci-dessus risquent de conduire au narcissisme Elles peuvent contribuer à développer la personnalité, mais elles ne remplaceront jamais la charité qui va jusqu’au don de soi. Le Nouvel Âge prétend favoriser l’amour (la communication), mais il risque de s’égarer dans la seule recherche du développement et de l’épanouissement du moi.

« La foi en Jésus Christ, l’amour et l’espérance évangélique, intègrent route discipline et méthode visant à mieux communiquer et à créer le bonheur. »

Les pratiques de l’occultisme, de la magie, de l’ésotérisme prédisposent davantage l’homme à l’illusion et à la manipulation qu’à la contemplation et à l’oblation.

Livrée à sa seule logique, celle d’un besoin à combler, la religiosité naturelle nous oriente inévitablement vers toutes les formes possibles d’idolâtrie.

Par contre, la foi en Jésus Christ entraine une « conversion de tous nos besoins, même religieux, et nous libère par là de leur éventuelle tyrannie. Le Nouvel Âge, en réveillant la religiosité naturelle, risque d’aboutir à l’effet inverse ».

Pour le Nouvel Âge, le divin est proche, mais c’est un divin impersonnel.

Ceci comporte un double risque :

a. Idolâtrie, en divinisant une donnée de la nature : l’énergie (c’est du panthéisme).

b. La régression infantile, caractérisée par la fusion avec une Mère qui peut prendre plusieurs visages : communautés chaudes, sectes, gourous, doctrines, pratiques variées non soumises à l’esprit critique. Cette régression explique que les membres d’une secte deviennent si dépendants de leur gourou, qu’ils ne soumettent plus à la critique la croyance à laquelle ils se sont attachés.

Ce que le Nouvel Âge appelle énergie, esprit, amour, les chrétiens le nomment Esprit Saint : c’est une personne divine et non une personnification des forces cosmiques. L’Esprit Saint poursuit en nous et avec nous l’œuvre de résurrection de Jésus Christ qui doit transfigurer l’humanité et, par elle, tout l’univers.

Nous ne fusionnons pas avec les forces de l’univers, mais, par le travail, la pensée, la contemplation, la prière, nous poursuivons l’œuvre du Christ en offrant ces forces « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » [11].

Le Nouvel Âge prétend que l’on peut directement accéder au divin, mais il admet tous les intermédiaires, pourvu qu’ils nous conviennent. Le plus total subjectivisme, sans parler du syncrétisme, guette une telle conception et constitue un obstacle de taille à une découverte de la foi qui est réponse à la Parole de Dieu incarnée en Jésus Christ.

On peut tenir compte des critiques du Nouvel Âge à l’égard des Églises et de leurs structures dogmatiques, éthiques, liturgiques et juridiques : il faut éviter de considérer ces dernières comme des fins en soi. Il ne faut pas diviniser la hiérarchie.

Il est vrai que l’humanité ne doit pas en rester au paradigme scientifico-technique qui a montré ses limites. Il faut progresser dans une meilleure connaissance de soi et du monde. L’idée d’une nouvelle ère devrait stimuler les chrétiens dans leur conviction de vivre la fin des temps depuis la résurrection du Christ : nous ne vivons pas pour gagner les cieux, mais parce que les cieux nous ont atteints en Jésus Christ. Le salut proposé par le Nouvel Âge reste étranger à celui que nous offre Dieu en Jésus Christ. Dans le Nouvel Âge, il découle des seules ressources humaines et cosmiques. Dans le christianisme, le salut est don de Dieu, preuve de son amour. La résurrection, victoire définitive de l’amour sur le péché et la mort, n’a rien à voir avec la réincarnation.

Notes :

[1] Paradigme : formule caractérisant un concept, un fait, une époque. Le paradigme de l’ère contemporaine serait la rationalité scientifico-technique.

[2] La conspiration est la préparation secrète du bouleversement qui va mettre fin à l’ancienne période.

[3] J. Vernette, Le Nouvel Âge. A l’aube de l’ère du verseau, Tequi, 1990, P. 16.

[4] Interprétation gnostique : l’illumination reçue par initiation et recherche personnelle est supérieure à la connaissance donnée par la foi. Le gnosticisme évacue le Dieu révélateur et sauveur.

[5] Holiste : recouvrant toutes les réalités et soulignant les liens entre tous les êtres.

[6] Mode vie « soft » : tout en douceur, sans violence. « Kit » : boîte contenant les éléments qui permettent de monter un meuble, un appareil photo, etc. On peut « monter » un Nouvel Âge à sa convenance.

[7] Voir les ouvrages sur « la vie après la mort ».

[8] Channelling : le fait de passer par un canal, un intermédiaire, un médium, et de remonter par ce canal à une autre réalité.

[9] Anglarès, Michel, La religion du Nouvel Âge. Vue d’ensemble, in Cristus, n°164, nov. 1994.

[10] Wilson, Bryan, Religous Sects : a sociological study, Londres, WUL, 1970, p. 159.

[11] Réponse des fidèles à la messe avant la prière d’offrande.

Père Yves MOREL
Société des Jésuites
Dans : Le défi des sectes, des N.M.R. et des intégrismes, Abidjan, INADES, 1999.

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