- Excellence Mgr Wenceslas COMPAORE,
- Monsieur le Représentant du Ministre de l’eau et de l’assainissement,
- Monsieur le Préfet de Pabré,
- Monsieur le Maire de la commune de Pabré,
- Chers invités à vos titres et grades respectifs,

Je voudrais, avant tout propos, exprimer, au nom de notre Église Famille diocésaine, ma profonde gratitude à tous pour votre présence effective à la présente commémoration du centenaire de l’existence du barrage de Pabré.

Dès les premières heures de l’Évangélisation de notre pays, la localité de Pabré est rentrée très vite dans l’histoire avec les œuvres socio-économiques que les missionnaires y ont développées au profit des populations. Le développement socio-économique était donc une partie intégrante de leur mission d’Evangélisation qui s’adressait à tout homme et à tout l’homme. C’est ainsi que le « bâtisseur » de notre Église Famille de Dieu, Mgr Joanny THEVENOUD, en grand visionnaire, a entrepris la plantation d’arbres (caîlcédrats, tecks), la construction du barrage en 1915, la création en 1925 du petit séminaire de Pabré, la fondation du Noviciat de Pabré, la tentative d’élevage de moutons Mérinos pour la laine, le jardinage, etc. Le Petit Séminaire de Pabré fut le premier établissement secondaire de la Haute-Volta, actuel Burkina Faso ; il fut un véritable don providentiel de Dieu qui a donne à notre Église de nombreux prêtres et à notre nation deux présidents – Maurice YAMEOGO et Jean-Baptiste OUEDRAOGO ainsi que de nombreux cadres burkinabè de haut niveau et de grande compétence.

L’œuvre des missionnaires a permis à l’Église Catholique d’être pionnière dans bien de domaines du développement économique et social, contribuant ainsi à créer des emplois et à améliorer les conditions de vie des populations. C’est le lieu de rendre ici un vibrant hommage aux générations de vaillants Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) qui se sont sacrifiés pour nous tracer, dès cette époque déjà, la voie du développement durable.

A la suite des Pères Blancs, le clergé africain a initié des projets de développement : reboisement, savonnerie, pisciculture, apiculture et fabrique de briques compressés. Les générations de séminaristes qui se sont succédés, ont été témoins de tant de projets porteurs qui ont favorisé le rayonnement de Pabré. De nos jours, la plupart de ces projets ne subsistent malheureusement plus.

Le Petit Séminaire de Pabré a cependant gardé cette tradition du reboisement annuel et, à travers les efforts des jeunes générations, se renouvelle et se conserve un riche couvert végétal qui est l’origine du microclimat dont bénéficie la localité de Pabré.

Bien chers invités, le village de Pabré, par l’œuvre de la Providence, est une terre bénie. Témoin des premières heures de l’Évangélisation de notre Église locale, il est aujourd’hui héritier d’un riche patrimoine reçu de l’Église : la Bonne Nouvelle du salut semée dans les cœurs et les jalons d’un développement économique et social posés par les vaillants missionnaires.

Les générations actuelles que nous sommes sont aujourd’hui bénéficiaires et héritières de ces œuvres dont il ne reste plus que des vestiges qui, somme toute, nous interpellent et nous engagent sur les chantiers du développement durable ; les défis actuels que suscitent les changements climatiques nous invitent au changement de comportements et de mentalités dans la sauvegarde de notre « maison commune », selon l’expression du Pape François (cf. Laudato si, n. 13). Dans cette perspective, l’environnement de Pabré a besoin d’être sauvé et à cet effet, je fais appel à la responsabilité et à la conscience de tous : Amical des Anciens Séminaristes de Pabré, populations, autorités administratives et politiques, communales, coutumières et religieuses. Œuvrons ensemble pour sensibiliser et lutter contre les feux de brousse, la divagation des animaux, la coupe abusive du bois, les décharges de déchets dans la teckeraie, les cultures dans le lit du barrage, etc et ce, en vue de sauvegarder le barrage, la nature et la riche propriété du Séminaire qui rend d’énormes services aux populations riveraines. « Tous, nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités » (Laudato si, n 8), nous rappelle fortement le Saint Père.

L’état du barrage de Pabré, objet de la présente commémoration, se dégrade d’année en année car l’ouvrage vieillissant, subit les effets néfastes de l’action de l’homme. Pour sa survie, des travaux de réfection que sont le renforcement de la digue, l’élargissement du plan d’eau et l’augmentation du volume d’eau s’imposent. Ces travaux aux coûts exorbitants, excèdent le cadre et les capacités financières du Séminaire ou de l’Archidiocèse de Ouagadougou. C’est pourquoi, je profite de cette tribune pour solliciter l’appui financier du gouvernement burkinabè pour sauver ce barrage en péril. Le barrage historique de Pabré, premier ouvrage du genre dans notre pays, a de nos jours plus de cent ans (1915-2015) d’existence et se meurt. Puisse son état dégradé, à la faveur de cette commémoration, provoquer en nous un sursaut d’intérêt et susciter autour de nous une synergie d’actions pour la sauvegarde de ce joyau historique symbolique au service des populations de Pabré. C’est, à n’en point douter, le défi majeur de ce jubilé qui suscite grande espérance quant à l’avenir et à la sauvegarde de cet ouvrage qu’on peut considérer comme un véritable patrimoine national. A tous, je lance un cri de cœur : « SOS, sauvons le barrage de Pabré ! » ; il est l’héritage légué par nos pères dans la foi et nous avons la lourde mission de le préserver ! Vive le barrage de Pabré pour que vivent les populations laborieuses de Pabré et du Burkina Faso !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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