Homélie de la messe du 8 septembre 2013

Excellences Messeigneurs les Evêques,
Révérend Père Richard Baawobr, Supérieur Général des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs),
Révérende Sœur Carmen Sammut, Supérieure générale des Sœurs de Notre Dame d’Afrique (Soeurs Blanches),
Chers Frères et sœurs en Christ,

A vous tous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ (Ph 1,1)

Nous sommes réunis en ce jour du Seigneur, jour de la Résurrection pour faire mémoire de notre salut, de notre libération réalisée dans la passion, mort- résurrection de Jésus Christ. En ce jour béni, nous nous unissons aux Missionnaires d’Afrique, aux Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique pour célébrer un événement historique de grande importance : le 125ème anniversaire de la campagne du Cardinal Charles LAVIGERIE pour l’abolition de l’esclavage, fruit et signe de l’instauration du règne de Dieu dans notre monde.

 

Au nom de notre Eglise Famille de Dieu à Ouagadougou, j’adresse un salut cordial de bienvenue à tous les missionnaires d’Afrique :

-Y yeel b yeel ba! (mooré)

- Aw dansè! (dioula)

- Min jiota worbe e rewbe fu! Fofo mon! (fulfulde)

- I would like to welcome you all, Missionaries of Africa. May God bless your religious Family!

Frères et soeurs, fêter un jubilé est sûrement une grâce et une action de grâce ! Aussi sommes-nous invités à contempler les merveilles que Dieu a réalisées par la vie et l’œuvre de son serviteur, le Cardinal Martial Charles Lavigerie pour la promotion de la dignité humaine et l’Evangélisation du continent africain. Mais qui est le Cardinal Charles Martial Lavigerie ?

I- La figure du Cardinal Charles Lavigerie (1825-1892)

Il est clair que le rappel de la figure du Cardinal Lavigerie dans le contexte de la célébration des 125 ans de la campagne antiesclavagiste ne peut être que partiel. On ne peut pas tout dire de la riche personnalité de cet homme. Charles Martial Lavigerie, né à Bayonne en 1825, est d’abord professeur d’histoire ecclésiastique à la Sorbonne (1854-1856). Il devint par la suite évêque de Nancy à 37 ans, archevêque d’Alger à 42 ans. Il est créé Cardinal en 1882. Confident très écouté du Pape Léon XIII, cet archevêque d’Alger et de Carthage, Primat d’Afrique et fondateur des congrégations des Pères Blancs et des Sœurs Blanches s’est dévoué pour l’évangélisation de l’Afrique qu’il n’a pas dissociée du souci humanitaire des populations. En somme, Lavigerie s’est fait l’Apôtre de la lutte contre la traite des noirs, un fléau qui ravageait l’Afrique. Appuyé par le Pape Léon XIII, il obtint des gouvernants, après une tournée européenne, la signature à Bruxelles, en 1890, d’un acte antiesclavagiste reprenant ses suggestions.

Chers fils et filles de l’Église Famille de Dieu, cette brève évocation de l’histoire ne traduit pas assez les énergies déployées par Lavigerie pour lutter contre la traite des Noirs. Mais le rappel de son combat contre l’esclavage, nous dévoile son humanité et le mystère de sa personne. Il s’agit de la figure d’un homme de Dieu d’une grande lucidité, d’un grand esprit de décision et d’une force de caractère. Il se dépensa au nom de l’Évangile contre la misère, l’injustice et l’intolérance et lutta pour la liberté et les droits de l’homme. On peut affirmer donc que les réalisations des Pères Blancs et des Sœurs Blanches en matière de promotion humaine et de libération de l’homme et de la femme s’inspirent toutes de l’intuition initiale de leur fondateur. L’œuvre d’évangélisation réalisée par les fils et les filles spirituels du Cardinal Lavigerie révèle non seulement sa personnalité mais aussi et surtout sa passion pour le Christ, pour l’homme et pour tout l’homme. Ainsi, la lutte contre l’esclavage a été un de ses grands combats parce qu’elle découlait de sa conviction de foi. En effet, Lavigerie savait que pour combattre le mal de l’esclavage jusqu’à sa racine, une simple philanthropie ne suffisait pas. Pour lui, l’Évangile était plus efficace que tout autre moyen. C’est en cela que la Parole de Dieu de ce dimanche nous permet de mieux contempler la personne et l’œuvre gigantesque du Cardinal, le secret de la fécondité de sa vie et de sa mission.

II- La force de la sagesse divine

La Parole de Dieu de ce 23ème dimanche nous oriente vers la Vraie Sagesse, attribut de Dieu et expression de la Personne du Christ en qui Dieu se révèle en plénitude. Pour comprendre la personne et l’œuvre du Cardinal Lavigerie, pour saisir le secret de la fécondité de sa vie et de sa mission, il faut nous référer au radicalisme évangélique auquel nous invite le Christ, Sagesse éternelle et Verbe de Dieu: « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple… De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26-27.33). Être disciple du Christ exige un choix radical, un amour total et exclusif, une passion pour le Christ. Et toute option fondamentale et amoureuse pour Dieu et son Royaume va nécessairement de pair avec une reconnaissance de la dignité de l’homme car c’est pour le salut de l’homme que le Christ a donné sa vie. Ainsi toute la passion du Cardinal Lavigerie, dans sa lutte contre l’esclavage, vient de son amour pour le Christ. Il a toujours su voir en tout homme le visage même du Christ. C’est cette passion pour Dieu et pour l’homme qui a caractérisé son engagement et sa lutte contre l’esclavage. Au lieu de fonder sa lutte sur une idéologie ou sur des valeurs passagères, il a su plutôt, à l’instar de l’Apôtre Paul, s’appuyer sur le Christ, Verbe fait chair pour affirmer et défendre la dignité de l’homme : là réside toute la fécondité de son œuvre. C’est également dans ce sens que l’Apôtre Paul agit lorsqu’il intervient en faveur de l’esclave Onésime. Parce qu’Onésime est entré dans la grande famille de Dieu par le baptême et a été affranchi par le Christ, Philémon, son maître ne devra plus le considérer comme un esclave mais comme un frère. Telle est la grande nouveauté que l’Évangile apporte dans un monde déchiré par des inégalités, des injustices et des traitements inhumains qui portent gravement atteinte à la dignité de l’homme créé à l’image de Dieu. Une telle nouveauté le Cardinal en a été un témoin fidèle, en acceptant de porter sa croix à la suite du Christ, à travers les énormes difficultés rencontrées dans son combat contre l’esclavage. En homme sage et avisé, il a fondé sa vie sur le Christ qui a été son soutien indéfectible au cœur des épreuves et de la lutte. Ainsi, si le Cardinal Lavigerie a su mener et réussir son combat, c’est parce qu’il a su vivre une intimité profonde avec le Christ en se mettant à l’école du psalmiste qui, épris de Sagesse, prie et supplie le Seigneur en ces termes : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 89, 12). Chers fils et filles de l’Église, la vie et l’œuvre du Cardinal nous interpellent fortement et nous incitent à tenir haut le flambeau de son combat. La célébration de ce jubilé nous invite, en effet, à travailler pour libérer à notre tour, les hommes de tous les esclavages contemporains, afin qu’ils vivent en véritables fils et filles de Dieu, rachetés par le sang du Christ.

III- Interpellations ?

La commémoration du 125ème anniversaire de la campagne antiesclavagiste du Cardinal Charles Lavigerie constitue une opportunité pour nous de rendre grâce à Dieu. C’est aussi le lieu de rendre un vibrant hommage à la mémoire du Cardinal Charles Lavigerie et de saluer l’oeuvre de ses fils et filles que sont les missionnaires d’Afrique et les sœurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique. La splendide croissance de l’Eglise en Afrique dans ses multiples réalisations pour la promotion humaine est due au dévouement héroïque de générations de missionnaires désintéressés et généreux. « La terre bénie d’Afrique est parsemée de nombreuses tombes de ces vaillants hérauts de l’Evangile » (Ecclesia in Africa, n° 35).

Au-delà des œuvres sociales, les missionnaires ont annoncé l’Evangile et édifié le Corps du Christ. Par-dessus tout, ils ont donné à l’Afrique ce qu’ils possédaient de plus précieux : Jésus-Christ !

Le Cardinal Lavigerie a suivi Jésus en vérité en répondant à son appel. Une première interpellation se dégage à ce niveau et constitue un défi majeur : Comment continuer à vivre votre noble charisme - donner Jésus au monde - avec un enthousiasme et un zèle apostolique toujours renouvelés, allant toujours plus au large ? Duc in altum ! Puissiez-vous continuer et développer le plus fidèlement possible le charisme de votre Père fondateur.

Au nombre d’autres interpellations multiformes, je retiendrai pour notre méditation, les attentes fortement exprimées par l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques, célébrée à Rome en avril 1994. « Dans une Eglise Famille de Dieu, la vie consacrée a un rôle particulier non seulement pour indiquer à tous l’appel à la sainteté, mais aussi pour témoigner de la vie fraternelle dans la communauté. » (Ecclesia in Africa, n° 94).

L’appel à la mission découle, par nature, de l’appel à la sainteté. « Tout missionnaire n’est authentiquement missionnaire que s’il s’engage sur la voie de la sainteté. » Le véritable missionnaire, c’est le saint. « La sainteté est le fondement essentiel et une condition absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission de salut dans l’Eglise », nous rappelle le Pape Jean-Paul II dans Redemptoris missio (n°90). Les Missionnaires d’Afrique – tout comme les membres de tous les instituts missionnaires- devraient éviter de céder à la tentation de se transformer en guides politiques ou en agents sociaux…. L’Église et le monde attendent des paroles et des gestes prophétiques ! Plus que jamais, l’appel à la sainteté invite à devenir des pasteurs selon le cœur de Dieu qui font paître le troupeau avec justice et amour. (cf. Africae munus, n° 108).

Une troisième et dernière interpellation concerne la vie fraternelle en communauté. Cela rejoint les préoccupations de notre Pape François qui nous invite tous à bâtir « une Eglise servante, une Eglise humble, une Eglise fraternelle ». Dans notre monde caractérisé par l’égoïsme et des tensions multiformes tant au niveau des familles, des groupes sociaux que des nations, l’amour mutuel, la communion et le dialogue au sein des communautés peuvent constituer des modèles stimulants en matière de réconciliation, de justice et de paix.

Frères et sœurs, ce jubilé des 125 ans de la campagne du Cardinal Lavigerie pour l’abolition de l’esclavage constitue également une interpellation forte pour tous les fils et filles de l’Eglise, pour tout chrétien. En effet, le disciple du Christ ne peut demeurer indifférent devant des situations d’injustice et de misère d’un frère ou d’une soeur. Les esclavages d’aujourd’hui ont pour noms les trafics de tout genre : la prostitution, l’exploitation des enfants, l’exclusion sociale, les violences dans les familles, les injustices sur les lieux du travail… Combien d’enfants, de jeunes, de femmes, d’immigrés et de travailleurs vivent des situations d’injustices intolérables pendant que des chrétiens, malgré leur foi, ne se sentent aucunement interpellés ? A l’instar de Lavigerie face à la tragédie de l’esclavage, le pape François a effectué son premier voyage apostolique, prophétique sur l’île de Lampedusa(Sicile) pour rappeler la mémoire des immigrants qui périssent en mer en tentant de parvenir en Europe, à la recherche de meilleures conditions de vie. Le pape interpelle les consciences en dénonçant la « mondialisation de l’indifférence », face à la souffrance des hommes.

Enfin, le chrétien doit mettre tout en oeuvre pour se libérer des « esclavages » ou « dictatures » de notre monde moderne : relativisme, matérialisme, le mal, les idoles....qui semblent donner espérance : argent, succès, pouvoir, plaisir. Aux Journées Mondiales de la jeunesse (JMJ) de Rio 2013, le Pape en véritable prophète, interpellait les jeunes - voire les adultes - en ces termes : « Dieu nous appelle tous à la sainteté...dans la culture du provisoire, du relatif, beaucoup prônent que l’important, c’est de jouir du moment présent, qu’il ne vaut pas la peine se s’engager pour toute la vie... je vous demande d’être « révolutionnaires » ; oui, je vous demande de vous rebeller contre cette culture du provisoire. » Tous les disciples du Christ sont encouragés à se dépasser, à opposer à la facilité du mal et de l’injustice, le courage de professer Jésus-Christ. Seul l’amour est capable de transformer de façon radicale, les rapports que les êtres humains entretiennent entre eux. Seule une humanité dans laquelle l’amour vaincra, sera en mesure de jouir d’une paix authentique et durable.

Frères et soeurs, demandons au Seigneur dans cette eucharistie, par l’intercession de Marie, la Mère du Sauveur dont nous célébrons la Nativité aujourd’hui, la grâce de vivre notre vocation chrétienne en cohérence avec les défis de notre temps pour aider tout homme à vivre véritablement en homme libre, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu!

Heureux jubilé aux fils et filles du Cardinal Charles Lavigerie.
Bonne fête à tous et à toutes !
Que Dieu nous bénisse et nous exauce !

 

+Philippe OUEDRAOGO
Archevêque de Ouagadougou

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