PRIER ENSEMBLE ET RIRE ENSEMBLE

16ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

En ce temps-là, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger.
Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. (Marc 6, 30-34)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

La scène est chargée de tendresse. Les disciples arrivent, fatigués du travail accompli. L'activité est si intense qu'ils "ne trouvent même pas le temps de manger". C'est alors que Jésus leur lance cette invitation : "Venez,vous reposer dans un endroit tranquille".

Nous, chrétiens d'aujourd'hui, nous oublions trop souvent qu'un groupe de disciples de Jésus n'est pas seulement une communauté de prière, de réflexion et de travail, mais aussi une communauté de repos et de plaisir.

Cela n'a pas toujours été le cas. Le texte qui suit n'est pas celui d'un théologien progressiste. Il a été écrit au IVe siècle par le grand évêque Augustin d'Hippone, qu'on ne peut pas trop soupçonner de frivolité.

"Un groupe de chrétiens est une communauté de personnes qui prient ensemble, mais qui conversent aussi ensemble. Elles rient ensemble et se rendent des services. Elles plaisantent ensemble, et ensemble elles sont sérieuses. Parfois, elles sont en désaccord, mais sans animosité, comme on l'est parfois avec soi-même, utilisant ce désaccord pour toujours renforcer l'accord habituel.

Elles apprennent quelque chose les unes des autres ou se l'enseignent mutuellement. Elles regrettent, avec peine, ceux qui sont absents. Elles accueillent avec joie ceux qui arrivent ; Elles font des manifestations de telle ou telle sorte : des étincelles du cœur de ceux qui s'aiment, exprimées sur leur visage, sur leur langue, dans leurs yeux, dans mille gestes de tendresse."

Ce qui nous surprend peut-être le plus aujourd'hui dans ce texte, c'est cette facette des chrétiens qui savent prier, mais qui savent aussi rire. Ils savent être sérieux et plaisanter. Aujourd'hui, l'Église apparaît presque toujours sérieuse et solennelle. Nous, chrétiens, nous donnons l'impression d'avoir peur du rire, comme si le rire était un signe de frivolité ou d'irresponsabilité.

Il y a cependant un humour et un savoir rire qui est plutôt un signe de maturité et de sagesse. C'est le rire du croyant qui sait relativiser ce qui est relatif, sans dramatiser inutilement les problèmes.

C'est un rire qui naît de la confiance ultime en ce Dieu qui nous regarde tous avec pitié et tendresse. C'est un rire qui détend, libère et donne la force de continuer à marcher. Ce rire unit. Ceux qui rient ensemble ne s'attaquent pas et ne se font pas de mal, car le rire vraiment humain naît d'un cœur qui sait comprendre et aimer.

Auteur : José Antonio Pagola
Traducteur : Carlos Orduna, csv