Excellences,
Révérends Pères Missionnaires d’Afrique,
Révérendes Sœurs Missionnaires d’Afrique,
Chers prêtres, religieux et religieuses,

Chers frères et sœurs en Christ,

« A vous tous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et de notre bien-aimé Seigneur Jésus-Christ » !

Aujourd’hui, en Église Famille diocésaine et en communion avec les Missionnaires d’Afrique Pères Blancs et Sœurs Blanches de la Province de l’Afrique de l’Ouest, nous célébrons dans la joie et l’action de grâce, l’ouverture du jubilé des 150 ans de la fondation des Missionnaires d’Afrique et des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique. C’est un motif d’action de grâce au Seigneur pour son amour et sa fidélité sans cesse renouvelés à l’endroit des Missionnaires d’Afrique et de l’Église Famille de Dieu ici au Burkina en particulier et en Afrique en Général. Que le nom du Seigneur soit béni maintenant et pour les siècles !

I- A l’écoute de la Parole de Dieu de ce jour

La Parole de Dieu de ce 2ème dimanche de l’Avent nous met encore en route vers la naissance du Sauveur. Tout en nous introduisant dans une dynamique d’action de grâce, les textes liturgiques nous invitent à prêcher la Conversion à l’instar du Prophète Jean Baptiste et à vivre cette conversion comme une disposition intérieure. L’évangéliste Luc nous présente la figure du Prophète Jean-Baptiste, lancée dans sa mission de précurseur, prêchant le baptême et la conversion ! Pour opérer une véritable conversion, Jean Baptiste nous relance le message du prophète Isaïe. « Ouvrez dans le désert le chemin du Seigneur, tracez dans les steppe le chemin pour notre Dieu. Toute vallée sera comblée, toute montagne et colline abaissée ». Ce message du prophète vient aujourd’hui changer nos habitudes. Il nous appelle à l’humilité et à la conversion personnelle. Le prophète nous appelle à descendre de nos montagnes : La montagne est le symbole de l’orgueil, de la fierté humaine. La montagne peut nous rendre supérieur aux autres et nous faire oublier que le Christ naîtra dans une mangeoire à Noël. Il nous appelle à sortir de nos vallées. Les vallées symbolisent la faiblesse humaine, les incomplétudes de notre nature humaine, nos penchants mauvais, qui nous empêchent de lever la tête pour voir le Christ à sa venue. Les hauteurs de la montagne et la profondeur de la vallée, sont deux positions intérieures que nous devons refaire en ce deuxième dimanche de l’Avent. Nos orgueils doivent se changer en charité et en simplicité, et nos faiblesses humaines sont appelées à devenir des lieux de combat spirituel, un lieu de conversion quotidienne. Attendre la venue du Sauveur, c’est savoir rester à la bonne hauteur. C’est pourquoi, le Prophète Baruch dans la première lecture nous fait contempler l’avènement du Messie. Notre attitude dans cette attente du Seigneur doit être de travailler à sanctifier notre vie, à purifier notre être, pour faire de notre cœur un chemin droit par lequel le Seigneur passera pour venir au monde.

A l’instar de Jean Baptiste qui parcourait villes et villages pour porter la Bonne Nouvelle de la conversion, l’année jubilaire qui s’ouvre aux fils et filles du Cardinal Lavigerie, est un temps de grâces pour raviver en chacun d’eux le zèle apostolique et pour vivre fidèlement et d’une manière nouvelle, leur charisme dans la société actuelle. Accompagnons-les de notre prière fraternelle pour une Année jubilaire féconde.

II. Défis ou interpellations de la célébration jubilaire

Le terme « jubilé », vient du latin « jubilare » qui signifie « se réjouir ». Il est une traduction du mot hébreu « yôbel » qui désigne un cor fait à base d’une corne de chèvre. Dans la Bible, c’est ce cor qui est utilisé pour annoncer le début d'une année spéciale qui a lieu tous les cinquante ans. Et au cours de cette année spéciale, les terres devaient être redistribuées de façon équitable et les esclaves libérés. (cf. Lv 25,8–13). Les prescriptions du jubilé visent à promouvoir une société plus juste et plus solidaire.

Dans l'Église catholique, un « jubilé » est une période de pardon, de conversion et d'efforts spirituels ayant lieu, tous les 25 ans, 50 ans ou les 75 ans… Le jubilé est consacré à la rémission par la pénitence des peines temporelles dues aux conséquences du péché et accompagnée par l'octroi d'indulgences spéciales associées à la visite de lieux saints, à la pratique du jeûne, de l'aumône et de la prière, spécialement la confession et la communion sacramentelle. On appelle aussi ces jubilés des « années saintes ». Le jubilé dans l’Église est donc un temps de grâces et sa célébration marque toujours un nouveau départ, un renouveau de la vie chrétienne et ecclésiale manifestée par la conversion du cœur et un dynamisme nouveau dans la foi et la mission. 150 ans de grâce dont 118 ans de présence féconde et historique au Burkina Faso.

III. Un peu d’Histoire des Missionnaires d’Afrique au Burkina Faso

Monseigneur Charles Lavigerie, Archevêque d’Alger, lorsqu'il reçut en 1868 la délégation apostolique du Sahara et du Soudan, décida d’envoyer ses missionnaires dans le pays des noirs pour y porter l’Évangile. La caravane des missionnaires composée des Pères Eveillard, Ficheux, Dupuis et Hacquard arriva à Ségou le 10 janvier 1899 et prit la route de la Haute-Volta le 26 février pour arriver à Ouagadougou le 20 mars 1899. Il fut chaleureusement accueilli par le Moogo Naaba Sigiri . Il faudra attendre le 11 février 1901 pour que le poste de Ouagadougou soit fondé. Le sacre de Mgr Hyppolite Bazin (1910) à la mort de Mgr Augustin Hacquard (1898) lance définitivement l’évangélisation au Burkina. Mgr Bazin fonde une mission en Gold-Coast, à Navrongo, en 1906. Mort le 30 novembre 1910, il est remplacé par Mgr Alexis Lemaître. Il visite Koudougou, avec le Père Thévenoud, et sillonne le site de Réo qui sera fondé le 06 avril 1912. En 1913, il décida de la fondation de deux stations missionnaires, l’une chez les Bobo à Bobo-Dioulasso et l’autre chez les San à Toma, le 06 mars 1913. II crée un véritable corps de catéchistes avec le vénérable Ki Alfred Diban, premier catéchiste plein de zèle et de courage et impose une méthode commune d'enseignement religieux. Le 07 juillet 1921, le Père Thévenoud reçut sa nomination d'évêque et son sacre eut lieu à Chambéry le ler mai 1922. A partir de cette période, des évènements se succèdent sous l’initiative heureuse des missionnaires Pères Blancs :

- 15 avril 1922, début de l'aspirat de la congrégation des sœurs de l'Immaculée Conception de Ouagadougou (SIC).

- 1923, lancement de la fondation de la mission de Pabré par Mgr Joanny Thévenoud.

- Début des travaux de construction du premier barrage de Haute-Volta à Pabré.

- 22 janvier 1923 : fondation du poste de Bam.

- 02 décembre 1924, transfert du postulat des sœurs noires de Ouagadougou à Pabré.

- 25 septembre 1925 : ouverture officielle du petit séminaire de Pabré avec 17 séminaristes.

- 15 décembre 1927, création de la préfecture apostolique de Bobo-Dioulasso avec Mgr ESQUERRE Césaire. Koumi verra ses trois premières ordinations en 1942. Il s’agissait des abbés : Zacharie NIKIEMA, Joseph OUEDRAOGO et Paul ZOUNGRANA. Dans la même lancée le pape, en 1956, créa le diocèse de Koupéla et pour la première fois, le confia à un africain, Mgr Dieudonné YOUGBARE. Le pape Jean XXIII, poursuivant le projet de son prédécesseur, envoya, à l'occasion des indépendances politiques amorcées en 1958, une lettre à tous les archevêques missionnaires. Il les invitait à démissionner pour laisser la place à des évêques africains. Le père Paul ZOUNGRANA devint archevêque de Ouagadougou à la place de Mgr SOCQUET en 1960. Le 22 février 1965, il est crée cardinal par le pape Paul VI. Dans le processus de la prise de relève au niveau de la hiérarchie ecclésiale on observe des changements et des nominations d’évêques : Mgr Denis TAPSOBA succède à Mgr Louis DURRIEU à Ouahigouya en 1966 ; Mgr Anthyme BAYALA succède à Mgr Joseph BRETAULD à Koudougou en 1966 ; Mgr Jean-Baptiste SOME est nommé premier évêque de Diébougou en 1968 ; Mgr Constantin GUIRMA comme premier évêque de Kaya en 1969 ; Mgr Zépherin TOE succède à Mgr Jean LESOURD à Nouna-Dédougou en 1973 ;Mgr Anselme SANON succède à Mgr André DUPONT à Bobo-Dioulasso en 1973 ; Mgr Jean-Marie COMPAORE, auxiliaire du Cardinal Paul ZOUNGRANA depuis 1973, remplace Mgr Marcel CHAUVIN à Fada N’Gourma en 1979.

La splendide croissance de notre Église du Burkina Faso et toutes ses réalisations sont dues essentiellement au dévouement héroïque des générations de missionnaires désintéressés. Il est de notre devoir d’évoquer leur souvenir et les fruits de leur labeur pour rendre grâce au Seigneur et nous acquitter de notre dette de reconnaissance envers ces ancêtres dans la foi. Le 31 juillet 1969, le Pape Paul VI évoqua à Kampala notre dette de reconnaissance envers nos évangélisateurs et lança un appel prophétique à tous les fils et filles de l’Afrique : « Vous africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires » (Ecclesia in Africa, n°35). C’est dire qu’il revient aux africains de prendre le relai dans un engagement missionnaire effectif, incisif pour poursuivre l’œuvre de l’évangélisation dans sa double mission ad intra, ad extra, ad gentes.

IV. Une année jubilaire à vivre sous le signe de la fidélité et du renouveau

1868-2018 : 150 ans d’existence, 150 ans de grâces. Avec les Missionnaires d’Afrique, nous devons nous mettre en marche toute une année durant, pour célébrer les merveilles de Dieu. Il vous appartient donc de regarder le passé avec reconnaissance à Dieu et de vous appuyer sur le présent pour envisager l’avenir avec foi et espérance et cela, sous la conduite de l’Esprit Saint, l’auteur de tout don parfait et le premier protagoniste de la mission. La splendide croissance de la Société des Missionnaires d’Afrique est due essentiellement au dévouement héroïque de missionnaires désintéressés ; c’est pour nous un devoir d’évoquer les principes missionnaires du Cardinal Lavigerie, et de Mère Marie-Salomé : pour eux, la mission consistait à annoncer la conversion, à donner sa vie jusqu’au martyr, pour annoncer l’Évangile. L’historique de la Société rapporte comment cette œuvre divine, insignifiante aux yeux des hommes dès ses débuts, a connu une croissance miraculeuse pour servir aujourd’hui la cause de l’évangélisation. Une société qui envoya ses premières caravanes de missionnaires, dans la grande Afrique, assaillie par la chaleur, la malaria, le choléra, sans oublier le danger des animaux sauvages. La graine courageuse que le Cardinal Lavigerie semait ainsi sur le sol africain parvint à germer comme une graine de moutarde, à devenir un grand arbre et à porter de beaux fruits, telle est l’œuvre du Seigneur, merveille devant nos yeux. En tant que Famille Missionnaire, elle constitue dès les origines jusqu’à nos jours, ces moyens pauvres, ces petits que Dieu a bien voulu manier comme instruments dociles pour désarmer les grands de ce monde et ouvrir aussi bien aux sages qu’aux pauvres les mystères du Royaume de Dieu.

Révérends Pères, Révérendes Sœurs, l’année jubilaire est un temps favorable à vivre sous le signe de la fidélité et du renouveau. Elle constitue un véritable tremplin pour redécouvrir la richesse de votre charisme et de votre spiritualité en vue de l’approfondir, d’y rester fidèles pour votre sanctification et pour une plus grande fécondité de votre mission apostolique. La fidélité à l’esprit des fondateurs, au charisme et à la spiritualité de la Société doit constituer le socle de cette année jubilaire non seulement pour le renouveau intérieur de l’Institut mais aussi pour le renouveau intérieur de chacun de ses membres.

En outre, les exigences du monde et de la Nouvelle Évangélisation, vous poussent au renouveau. Il s’agit d’un renouveau dans la formation et dans l’Apostolat afin que le message de l’Évangile rejoigne les périphéries géographiques et humaines, les hommes et femmes de notre temps. Comme le rappelait fortement le Pape Benoît XVI, il existe dans nos jeunes Églises d’Afrique des situations nouvelles qui nécessitent « une nouvelle présentation de l’Évangile, nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions » (Africae Munus, n° 165). C’est bien la question de la Nouvelle Évangélisation qui implique que les agents pastoraux, les religieux (ses) soient bien formées et capables de rendre compte de l’espérance qui est en eux pour propager par la vie et l’enseignement convaincu et convaincant, la flamme et la joie indicible de l’Évangile.

Fidélité et renouveau, faites-en Chers missionnaires, le leitmotiv de votre célébration jubilaire pour permettre ainsi à votre famille missionnaire d’avancer au large, en eau profonde dans la sainteté et de la mission au cœur de l’Afrique et dans le monde entier. Au seuil de ce jubilé des 150 ans et dans l’espérance d’une année jubilaire sainte, se dresse le souvenir des 19 martyrs catholiques d’Algérie, béatifiés hier 08 décembre 2018, en la solennité de l’Immaculée Conception. Parmi les 19 martyrs, nous comptons 4 missionnaires d’Afrique qui n’ont pas hésité à donner leur vie, comme ultime témoignage missionnaire. Depuis l’Algérie, leur béatification sera pour l’Église et pour le monde, un élan et un appel pour bâtir ensemble un monde réconcilié dans la paix et dans la fraternité.

Puisse leur sacrifice suprême nous stimuler et nous entraîner à être des disciples authentiques de Jésus, et nous indiquer des voies nouvelles pour coopérer efficacement et bâtir ensemble une Église Famille de Dieu plus vivante, plus sainte, plus missionnaire.

A tous et à toutes, bonne et fructueuse Année jubilaire, Amen !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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