Textes : Jb 7,1-4.6-7 ; 1 Co 9,16-19.22-23 ; Mc 1,29-39

 

Salutations

Chers frères et sœurs, fils et filles de l’Église Famille de Dieu à Ouagadougou, accourus si nombreux comme chaque année en cette colline de Yagma, en ce 50ème anniversaire du premier pèlerinage, pour traduire votre reconnaissance et manifester votre attachement à la Mère de notre Seigneur et notre Mère, que la paix soit toujours avec vous.

En votre nom à tous, je voudrais accueillir et saluer mon frère et ami, Son Éminence le Cardinal YEOM Soo-Jung André, Archevêque Métropolitain de Séoul, Son Évêque Auxiliaire, Mgr Job…, ainsi que l’ensemble de la délégation venue de la Corée se joindre à nous pour chanter notre action de grâce au Seigneur pour les grâces prodiguées à notre Famille diocésaine, et à l’ensemble de notre Pays, par la sollicitude et la prière de la Vierge Marie, notre Dame de Yagma, Reine du Burkina.

Ils sont venus de si loin, au nom de la foi et de notre commune appartenance au Christ. Tout en les remerciant de leur présence, pour leur témoignage de foi, d’amitié et de fraternité, prions pour que leur séjour soit fructueux à la gloire de Dieu et pour le bien de nos Églises sœurs.

Chers frères et sœurs,

En ce dimanche où nous célébrons le 50ème anniversaire de Yagma, la Parole de Dieu ainsi que le thème de ce pèlerinage jubilaire constituent ensemble un message que la Vierge Marie adresse à nous ses fils et filles, nous qui voulons à son école apprendre à connaître son divin Fils, à l’aimer et à le suivre.

Jésus prit par la main de la belle-mère de Simon Pierre et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait ».

L’Évangile de ce jour présente Jésus comme Celui qui apporte la vie, en libérant des puissances du mal et en guérissant. Dans ce récit, St Marc souligne qu’à peine guérie de sa maladie, la belle-mère de Pierre se met tout de suite au service de Jésus et de ceux qui étaient là avec Lui. Il semble vouloir établir un lien direct entre le miracle produit et sa conséquence qui est le service.

Dans le langage biblique, le mot service est un terme qui a une grande signification. Dans le geste du lavement des pieds par exemple, Jésus révèle son identité et résume sa mission. Il est venu pour servir et non pour être servi (Mt 20, 17-28). Il est le Serviteur Souffrant qui donne sa vie par amour pour sauver les siens, tous les hommes.

Ainsi, servir rend l’homme semblable à Dieu. C’est donc dans le service que l’homme s’accomplit et révèle le visage de ce Dieu dont il est l’image. Guérie et libérée, la belle-mère de Pierre n’a d’autres mots pour dire sa reconnaissance que le don d’elle-même, de sa personne, le don de ses biens pour le service du Christ et des autres.

En réalité, Saint Marc présente la belle-mère de Pierre comme le prototype du croyant. Jésus vient nous libérer de nos égoïsmes, de nos replis sur nous-mêmes, afin que nous entrions dans le dynamisme et la fécondité de l’amour de Dieu par le don de nos personnes et de nos biens, au service de l’Évangile et de nos frères et sœurs.

En terme de service, la Vierge Marie reste pour nous un exemple : quand elle reçut l’annonce de l’Ange, elle n’a pas attendu d’avoir réglé tous ses problèmes avant de se mettre en route, portée par les ailes de l’amour et de la foi vers celle qui avait besoin de son aide, sa cousine Elisabeth. C’est aussi cette expérience que St Paul traduit dans ce cri de cœur : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! ».

Chers frères et sœurs,

C’est cela, servir, se faire serviteur, ne pas chercher à se servir ou à se faire servir. C’est le message que la Vierge Marie nous adresse en ce 50ème anniversaire de Yagma, à la suite de son Fils Jésus.

Le thème du pèlerinage

« Avec notre Dame de Yagma, jubilons et annonçons les merveilles de Dieu », tel est le thème de notre pèlerinage annuel.

Comme son histoire l’indique, ce Sanctuaire Notre Dame de Yagma est d’abord le fruit et l’expression de la foi et de l’attachement des fidèles laïcs de notre Eglise Famille de Dieu à la Mère de notre Sauveur. Aussi, je voudrais saluer ici la mémoire de cette longue nuée de fidèles laïcs et de prêtres qui, sous les encouragements de Son Éminence le Cardinal Paul ZOUNGRANA, d’heureuse mémoire, ont rêvé d’un lieu et d’une maison dignes de notre Mère du Ciel et de son Fils Jésus, et ont travaillé à cela.

Au moment où nous célébrons les 50 ans de Yagma, leur foi et leur engagement nous interpellent. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai souhaité que les trois prochaines années qui suivent soient consacrées à la célébration de la mémoire de nos aînés dans la foi, afin que leur exemple nous inspire. À cet effet, je vous annonce que j’ai constitué un Comité, qui est déjà à l’œuvre, pour cette célébration de la mémoire autour de la figure et de l’œuvre du Cardinal ZOUNGRANA, dans le cadre d’une grande mobilisation pour la redécouverte et la revalorisation de notre passé ecclésial, paré de tant de richesses. Puisse ce processus de redécouverte de la vie et de l’œuvre des grandes figures de notre Famille diocésaine, nous conduire à obtenir que plusieurs d’entre eux –notamment le Cardinal ZOUNGRANA –soient reconnus comme des hommes et des femmes de foi ayant vécu de manière héroïque, authentique et exemplaire les vertus évangéliques. Et puissent-ils être proposés comme des modèles et des guides pour tous sur les chemins du service des hommes, de la conversion et de la foi en Jésus-Christ.

De l’action de grâce à l’action par la grâce

Chers frères et sœurs,

À l’exemple de nos aînés dans la foi, et dans l’esprit des textes de ce jour, nous devons, comme Saint Paul, prendre conscience que nous avons la mission de porter plus haut le flambeau qu’ils nous ont laissé. Nous devons aller au large, duc in altum, pour annoncer l’Évangile et l’incarner par notre vie, comme Marie l’humble servante de Dieu.

Nous ne pouvons pas célébrer les 50 ans de Yagma sans nous laisser interroger par la foi de la première des croyants et par celle de nos pères dans la foi. Le grand défi, c’est de nous insuffler le courage, le dynamisme et l’inventivité de l’amour qui nous fait ressentir, comme Saint Paul, l’urgence d’annoncer le Christ.

50 ans après, l’audace des pionniers de Yagma nous invite à nous mettre en route pour que nos cœurs, nos familles et notre pays connaissent le sort de Yagma. Autrefois livré à l’invasion de l’herbe sauvage, ce site est devenu, par l’effort et la participation de tous, non seulement un lieu habitable, mais aussi un haut lieu de la présence et de la gloire de Dieu.

De ce point de vue, nombreux sont les défis qui nous attendent. Sur le plan ecclésial, les 40 ans des Options Fondamentales que nous célébrons cette année également nous invitent à plus d’engagement dans nos familles, dans nos CCB, dans nos Paroisses, dans notre Diocèse.

Sur le plan social, je vous invite aussi à devenir, à travers vos différentes responsabilités professionnelles, politiques, culturelles, ce grain de sel qui rehausse le goût de toute la nourriture, cette pincée de levain qui fait gonfler la pâte humaine et la petite flamme qui éclaire dans ce monde.

À ce sujet, les jours passés ont été marqués par une crise qui nous a touchés en un point emblématique : l’éducation. Tout en saluant le consensus qui semble avoir été obtenu, nous devons nous interroger…L’éducation ne doit pas se réduire à l’enseignement ; elle est d’abord une responsabilité de la famille qui, en tant que église domestique, doit être son lieu privilégié. C’est dire donc le rôle primordial irremplaçable que nos familles chrétiennes doivent jouer dans l’éducation de la jeunesse pour une transformation de l’ensemble de la société burkinabè. Un Burkina réconcilié dans la justice et la paix.

Chers frères et sœurs,

L’homme de foi est aussi l’homme des engagements courageux et des initiatives audacieuses qui changent et transforment le visage du monde. La foi n’est pas une anesthésie qui nous met à l’abri des difficultés de la vie, mais une énergie qui nous pousse à les affronter avec courage et espérance, dans la certitude de la victoire en Celui qui a vaincu la mort.

De ce point de vue, l’Église en Corée nous donne un bel et stimulant exemple. C’est une Église qui a été bâtie sur l’exemple et le courage de milliers de laïcs – hommes et femmes– qui ont versé leur sang par amour pour le Christ. Sur 103 martyrs canonisés par le Pape, on compte 92 laïcs dont St Paul Chong, qui ont été les fers de lance de l’évangélisation dans un climat de persécution féroce.

Leur exemple nous stimule, nous qui voulons construire la Famille diocésaine à partir de l’engagement des laïcs dans les CCB.

Conclusion

Chers frères et sœurs,

En célébrant les 50 ans de Yagma, nous célébrons surtout le don de la Vierge Marie, le don de l’exemple de sa foi humble et courageuse. Elle nous a tracés, à la suite de son divin Fils, le chemin de la foi, le chemin de l’amour qui ne recule devant le prix à payer.

Puisse sa prière et son exemple nous accompagner sur les chemins de la vie – chemins de la foi – afin que nous travaillions pour l’avènement d’un monde plus humain et fraternel, un monde de paix et de justice.

Reine du Burkina Faso, protégez notre pays !
Notre Dame de Yagma, priez pour nous ! Amen !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque métropolitain de Ouagadougou

 

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