IL S’EST IDENTIFIE AUX VICTIMES

Dimanche des Rameaux – Année B

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

 

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain
allait avoir lieu deux jours après.
Les grands prêtres et les scribes
cherchaient comment arrêter Jésus par ruse,
pour le faire mourir.
          Car ils se disaient :
A. « Pas en pleine fête,
pour éviter des troubles dans le peuple. »

          L. Jésus se trouvait à Béthanie,
dans la maison de Simon le lépreux.
Pendant qu’il était à table,
une femme entra,
avec un flacon d’albâtre
contenant un parfum très pur et de grande valeur.
Brisant le flacon,
elle lui versa le parfum sur la tête.
          Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient :
A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
                        On aurait pu, en effet, le vendre
pour plus de trois cents pièces d’argent,
que l’on aurait données aux pauvres. »
L. Et ils la rudoyaient.
          Mais Jésus leur dit :
X  « Laissez-la !
Pourquoi la tourmenter ?
Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
                        Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous,
et, quand vous le voulez,
vous pouvez leur faire du bien ;
mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours.
                        Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait.
D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
                        Amen, je vous le dis :
partout où l’Évangile sera proclamé
– dans le monde entier –,
on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »

          L. Judas Iscariote,
l’un des Douze,
alla trouver les grands prêtres
pour leur livrer Jésus.
          À cette nouvelle, ils se réjouirent
et promirent de lui donner de l’argent.
Et Judas cherchait comment le livrer
au moment favorable.

          Le premier jour de la fête des pains sans levain,
où l’on immolait l’agneau pascal,
les disciples de Jésus lui disent :
D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs
pour que tu manges la Pâque ? »
          L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
X  « Allez à la ville ;
un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre.
Suivez-le,
                        et là où il entrera, dites au propriétaire :
‘Le Maître te fait dire :
Où est la salle
où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’
                        Il vous indiquera, à l’étage,
une grande pièce aménagée et prête pour un repas.
Faites-y pour nous les préparatifs. »
          L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ;
ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit,
et ils préparèrent la Pâque.

          Le soir venu,
Jésus arrive avec les Douze.
          Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient,
Jésus déclara :
X  « Amen, je vous le dis :
l’un de vous, qui mange avec moi,
va me livrer. »
          L. Ils devinrent tout tristes
et, l’un après l’autre, ils lui demandaient :
D. « Serait-ce moi ? »        
L. Il leur dit :
X  « C’est l’un des Douze,
celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
                        Le Fils de l’homme s’en va,
comme il est écrit à son sujet ;
mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré !
Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
          L. Pendant le repas,
Jésus, ayant  pris du pain
et prononcé la bénédiction,
le rompit,
le leur donna,
et dit :
X  « Prenez,
ceci est mon corps. »
          L. Puis, ayant pris une coupe
et ayant rendu grâce,
il la leur donna,
et ils en burent tous.
          Et il leur dit :
X  « Ceci est mon sang,
le sang de l’Alliance,
versé pour la multitude.
                        Amen, je vous le dis :
je ne boirai plus du fruit de la vigne,
jusqu’au jour où je le boirai, nouveau,
dans le royaume de Dieu. »

          L. Après avoir chanté les psaumes,
ils partirent pour le mont des Oliviers.
          Jésus leur dit :
X  « Vous allez tous être exposés à tomber,
car il est écrit :
Je frapperai le berger,
et les brebis seront dispersées.
                        Mais, une fois ressuscité,
je vous précéderai en Galilée. »
          L. Pierre lui dit alors :
D. « Même si tous viennent à tomber,
moi, je ne tomberai pas. »
          L. Jésus lui répond :
X  « Amen, je te le dis :
toi, aujourd’hui, cette nuit même,
avant que le coq chante deux fois,
tu m’auras renié trois fois. »
          L. Mais lui reprenait de plus belle :
D. « Même si je dois mourir avec toi,
je ne te renierai pas. »
L. Et tous en disaient autant.

          Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani.
Jésus dit à ses disciples :
X  « Asseyez-vous ici,
pendant que je vais prier. »
          L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean,
et commence à ressentir frayeur et angoisse.
          Il leur dit :
X  « Mon âme est triste à mourir.
Restez ici et veillez. »
          L. Allant un peu plus loin,
il tombait à terre et priait
pour que, s’il était possible,
cette heure s’éloigne de lui.
          Il disait :
X  « Abba...
Père, tout est possible pour toi.
Éloigne de moi cette coupe.
Cependant, non pas ce que moi, je veux,
mais ce que toi, tu veux ! »
          L. Puis il revient
et trouve les disciples endormis.
Il dit à Pierre :
X  « Simon, tu dors !
Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
                        Veillez et priez,
pour ne pas entrer en tentation ;
l’esprit est ardent,
mais la chair est faible. »
          L. De nouveau, il s’éloigna et pria,
en répétant les mêmes paroles.
          Et de nouveau, il vint près des disciples
qu’il trouva endormis,
car leurs yeux étaient alourdis de sommeil.
Et eux ne savaient que lui répondre.
          Une troisième fois, il revient
et leur dit :
X  « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer.
C’est fait ; l’heure est venue :
voici que le Fils de l’homme
est livré aux mains des pécheurs.
                        Levez-vous ! Allons !
Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »

          L. Jésus parlait encore
quand Judas, l’un des Douze, arriva
et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons,
envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
          Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu :
D. « Celui que j’embrasserai,
c’est lui :
arrêtez-le,
et emmenez-le sous bonne garde. »
          L. À peine arrivé,
Judas, s’approchant de Jésus, lui dit :
D. « Rabbi ! »
L. Et il l’embrassa.
          Les autres mirent la main sur lui
et l’arrêtèrent.
          Or un de ceux qui étaient là
tira son épée,
frappa le serviteur du grand prêtre
et lui trancha l’oreille.
          Alors Jésus leur déclara :
X  « Suis-je donc un bandit,
pour que vous soyez venus vous saisir de moi,
avec des épées et des bâtons ?
                        Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple
en train d’enseigner,
et vous ne m’avez pas arrêté.
Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
          L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
          Or, un jeune homme suivait Jésus ;
il n’avait pour tout vêtement qu’un drap.
On essaya de l’arrêter.
          Mais lui, lâchant le drap,
s’enfuit tout nu.

          Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre.
Ils se rassemblèrent tous,
les grands prêtres, les anciens et les scribes.
          Pierre avait suivi Jésus à distance,
jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre,
et là, assis avec les gardes,
il se chauffait près du feu.
          Les grands prêtres et tout le Conseil suprême
cherchaient un témoignage contre Jésus
pour le faire mettre à mort,
et ils n’en trouvaient pas.
          De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus,
et ces témoignages ne concordaient pas.
          Quelques-uns se levèrent
pour porter contre lui ce faux témoignage :
                   A. « Nous l’avons entendu dire :
‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme,
et en trois jours j’en rebâtirai un autre
qui ne sera pas fait de main d’homme.’ »
          L. Et même sur ce point,
leurs témoignages n’étaient pas concordants.
          Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous,
interrogea Jésus :
A. « Tu ne réponds rien ?
Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
          L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien.
Le grand prêtre l’interrogea de nouveau :
A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
          L. Jésus lui dit :
X  « Je le suis.
Et vous verrez le Fils de l’homme
siéger à la droite du Tout-Puissant,
et venir parmi les nuées du ciel. »
          L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit :
A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
                        Vous avez entendu le blasphème.
Qu’en pensez-vous ? »
L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
          Quelques-uns se mirent à cracher sur lui,
couvrirent son visage d’un voile,
et le giflèrent, en disant :
F. « Fais le prophète ! »
L. Et les gardes lui donnèrent des coups.

          Comme Pierre était en bas, dans la cour,
arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
          Elle voit Pierre qui se chauffe,
le dévisage et lui dit :
A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
          L. Pierre le nia :
D. « Je ne sais pas,
je ne comprends pas de quoi tu parles. »
L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors.
Alors un coq chanta.
          La servante, ayant vu Pierre,
se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là :
A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
          L. De nouveau, Pierre le niait.
Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour :
F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux !
D’ailleurs, tu es Galiléen. »
          L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer :
D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
          L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta.
Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite :
« Avant que le coq chante deux fois,
tu m’auras renié trois fois. »
Et il fondit en larmes.

L. Dès le matin,
les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes,
et tout le Conseil suprême.
Puis, après avoir ligoté Jésus,
ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
          Celui-ci l’interrogea :
A. « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus répondit :
X  « C’est toi-même qui le dis. »
          L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
          Pilate lui demanda à nouveau :
A. « Tu ne réponds rien ?
Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
          L. Mais Jésus ne répondit plus rien,
si bien que Pilate fut étonné.
          À chaque fête,
il leur relâchait un prisonnier,
celui qu’ils demandaient.
          Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas,
arrêté avec des émeutiers
pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
          La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander
ce qu’il leur accordait d’habitude.
          Pilate leur répondit :
A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
          L. Il se rendait bien compte
que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
          Ces derniers soulevèrent la foule
pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
              Et comme Pilate reprenait :
A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui
que vous appelez le roi des Juifs ? »,
          L. de nouveau ils crièrent :
F. « Crucifie-le ! »
          L. Pilate leur disait :
A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? »
L. Mais ils crièrent encore plus fort :
F. « Crucifie-le ! »
          L. Pilate, voulant contenter la foule,
relâcha Barabbas
et, après avoir fait flageller Jésus,
il le livra pour qu’il soit crucifié.

          Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais,
c’est-à-dire dans le Prétoire.
Alors ils rassemblent toute la garde,
          ils le revêtent de pourpre,
et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
          Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant :
F. « Salut, roi des Juifs ! »
          L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau,
crachaient sur lui,
et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
          Quand ils se furent bien moqués de lui,
ils lui enlevèrent le manteau de pourpre,
et lui remirent ses vêtements.

Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
          et ils réquisitionnent, pour porter sa croix,
un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus,
qui revenait des champs.
          Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha,
ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
          Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ;
mais il n’en prit pas.
          Alors ils le crucifient,
puis se partagent ses vêtements,
en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
          C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin)
lorsqu’on le crucifia.
          L’inscription indiquant le motif de sa condamnation
portait ces mots :
« Le roi des Juifs ».
          Avec lui ils crucifient deux bandits,
l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
          Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;  ils disaient :
F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
                        sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
          L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes,
en disant entre eux :
A. « Il en a sauvé d’autres,
et il ne peut pas se sauver lui-même !
                        Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ;
alors nous verrons et nous croirons. »
L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

          Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi),
l’obscurité se fit sur toute la terre
jusqu’à la neuvième heure.
          Et à la neuvième heure,
Jésus cria d’une voix forte :
X  « Éloï, Éloï, lema sabactani ? »,
L. ce qui se traduit :
X  « Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ? »
          L. L’ayant entendu,
quelques-uns de ceux qui étaient là disaient :
F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
          L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée,
il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire,
en disant :
A. « Attendez ! Nous verrons bien
si Élie vient le descendre de là ! »
          L. Mais Jésus, poussant un grand cri,
expira.


(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)


          Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux,
depuis le haut jusqu’en bas.
          Le centurion qui était là en face de Jésus,
voyant comment il avait expiré, déclara :
A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

          L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin,
et parmi elles, Marie Madeleine,
Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
              qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée,
et encore beaucoup d’autres,
qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
          Déjà il se faisait tard ;
or, comme c’était le jour de la Préparation,
qui précède le sabbat,
          Joseph d’Arimathie intervint.
C’était un homme influent, membre du Conseil,
et il attendait lui aussi le règne de Dieu.
Il eut l’audace d’aller chez Pilate
pour demander le corps de Jésus.
          Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ;
il fit appeler le centurion,
et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
          Sur le rapport du centurion,
il permit à Joseph de prendre le corps.
          Alors Joseph acheta un linceul,
il descendit Jésus de la croix,
l’enveloppa dans le linceul
et le déposa dans un tombeau
qui était creusé dans le roc.
Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.

          Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José,
observaient l’endroit où on l’avait mis.

 (Marc 14,1-72; 15,1-47)

Ni le pouvoir de Rome ni les autorités du Temple n’arrivèrent à supporter la nouveauté de Jésus. Sa façon de comprendre et de vivre Dieu était dangereuse. Il ne défendait pas l’Empire de Tibère, il appelait tout le monde à rechercher le royaume de Dieu et sa justice. Enfreindre la loi du sabbat et les traditions religieuses ne l’inquiétait pas, la seule chose qui le préoccupait c’était de soulager la souffrance des gens malades et malnutris de Galilée.

Ils ne le lui ont pas pardonné. Il s’était trop identifié aux victimes innocentes de l’Empire et aux oubliés de la religion du Temple. Exécuté sans pitié sur une croix, c’est en lui que Dieu se révèle maintenant à nous, identifié pour toujours à toutes les victimes innocentes de l’histoire dont le cri est maintenant rejoint par le cri de douleur de Dieu lui-même.

C’est dans ce visage défiguré du Crucifié que se révèle à nous un Dieu surprenant, qui brise nos images conventionnelles de Dieu et qui met en question toute pratique religieuse qui prétend lui rendre culte en oubliant le drame d’un monde où l’on continue de crucifier les plus faibles et les plus vulnérables.

Si Dieu est mort en s’identifiant aux victimes, sa crucifixion est devenue un défi inquiétant pour les disciples de Jésus. Il n’est plus possible de séparer Dieu de la souffrance des innocents. Il n’est plus possible d’adorer le Crucifié en tournant même temps le dos à la souffrance de tant d’êtres humains détruits par la faim, par les guerres ou par la misère.

C’est à partir des crucifiés de notre temps que Dieu continue de nous interpeller. Il ne nous est pas permis de continuer à vivre en simples spectateurs de cette immense souffrance, tout en nourrissant une naïve illusion d’innocence. Nous devons nous rebeller contre cette culture de l’oubli qui nous permet de nous écarter des crucifiés, en déplaçant la souffrance injuste qui sévit dans le monde vers « un lointain » où toute clameur, tous gémissements et pleurs disparaissent.

Nous ne pouvons pas nous replier sur notre « société du bien-être », tout en ignorant cette autre « société du mal-être » dans laquelle des millions d’êtres humains naissent uniquement pour disparaître quelques années plus tard, après une vie qui n’a été que souffrance. Ce n’est ni humain ni chrétien de s’installer dans la sécurité en oubliant ceux qui ne connaissent que l’insécurité et une vie menacée.

Lorsque nous chrétiens, nous levons notre regard vers le visage du Crucifié, nous contemplons l’amour insondable de Dieu qui s’est livré jusqu’à la mort pour notre salut. Si nous le regardons plus longuement nous découvrirons bientôt dans ce visage, celui de tant d’autres crucifiés qui, près ou loin de nous, réclament notre amour solidaire et compatissant.

Auteur : José Antonio Pagola
Traducteur : Carlos Orduna, csv

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370. Que sont les passions ?

Les passions sont les affections, les émotions ou les mouvements de la sensibilité – composantes naturelles du psychisme humain –, qui poussent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti comme bon ou comme mauvais. Les principales passions sont l’amour

...

Dans ce chapitre, nous allons répondre à trois questions qui nous sont souvent posées par nos frères chrétiens d’autres confessions :

* Pourquoi les catholiques disent-ils que Marie est restée toujours Vierge ?

* Pourquoi disent-ils que Marie est l’Immaculée Conception, c’est-à-dire qu'elle est née et a vécu “ sans péché ?

* Pourquoi disent-ils

...

 

En employant cette image, l’Évangile indique que Marie devient la demeure de Dieu. L’Esprit Saint, vient, non pas sur le Fils, mais d'abord sur Marie : elle concevra par l'Esprit Saint, sans intervention humaine. La conception de Jésus en Marie est une conséquence et l'expression, sur le plan biologique, de cet acte de foi, unique dans l'histoire, par lequel elle a reçu sans réserve la Parole unique et éternelle du Père.

L'évangéliste Luc utilise le mot vierge deux fois. Pourquoi ne dit-il pas : “ une jeune fille " ou “ une jeune femme ” ? C'est pour faire écho aux prophètes qui affirmaient que Dieu serait accueilli par la “ Vierge d'Israël ". Pendant des siècles, Dieu avait enduré les infidélités de son peuple et lui avait pardonné ses péchés. Mais lorsqu'Il est venu à nous, le Dieu Sauveur voulait être accueilli par un peuple vierge, un peuple qui soit neuf et tout à Lui. Au temps de Jésus, à la lecture de la prophétie d'Isaïe 7, 14, beaucoup pensaient déjà que le Messie naîtrait d'une mère vierge. Et l'Évangile nous dit : Marie est la “ vierge ” qui donne jour au Messie.

Il fallait que soit vierge celle qui, dès le début, avait été choisie par Dieu pour accueillir son Fils dans un acte de foi parfaite. Celle qui allait donner à Jésus son sang, ses traits héréditaires, son caractère, sa première formation, devait avoir grandi à l'ombre du Tout-puissant, ayant fait de toute sa vie un don sans réserve au Dieu vivant.

Avant la visite de l’ange, Marie se proposait-elle de demeurer vierge ?

L'Évangile ne donne aucune autre précision que la parole de Marie : “ Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d'homme ? ” (Lc 1, 34), ce qui dans la Bible signifie : “ Je n'ai pas de relations avec un homme ".

Rappelons que Marie avait été donnée en mariage à Joseph (Lc 1, 27) et que, selon la Loi juive, les fiançailles donnaient déjà tous les droits de la vie conjugale, même s'ils ne vivaient pas encore sous le même toit (Mt 1, 20).

Dans ces conditions, la question de Marie : “ Comment aurai-je un enfant puisque je n'ai pas de relations avec un homme " (Lc 1, 14) n'aurait aucun sens si Marie n'était pas décidée à rester vierge pour toujours. Marie était l'épouse légitime de Joseph. Si ce couple voulait avoir des relations conjugales normales, l’annonce de l'ange concernant la maternité de Marie ne pouvait lui poser aucun problème. Cependant, Marie manifeste sa difficulté.

Cette question de Marie semble indiquer qu'elle se proposait de demeurer vierge. Une telle décision semble surprenante chez une jeune fille juive, car la mentalité d'Israël mettait au premier plan la fécondité et n’accordait pas de valeur religieuse à la virginité. Pour Joseph cependant, accepter cette situation n'était pas chose impensable. Car à cette époque, chez les Juifs, certains Esséniens vivaient le célibat, attendant ainsi l’imminente arrivée du Messie. D'autre part, le célibat ou la virginité à vie n'était pas possible aux femmes. Selon la coutume juive, une femme appartenait nécessairement a un homme soit à son père, soit à son mari, soit à son fils aîné si elle était veuve. Marie était donc déjà la femme de Joseph et elle ne pouvait pas refuser cet engagement matrimonial imposé, même si elle voulait garder la virginité. C'est pourquoi elle avait accepté cet engagement de rester vierge en accord avec Joseph.

Nous pouvons conclure que ce texte biblique paraît favorable à la volonté de Marie de rester vierge.

Marie est-elle restée vierge après la naissance de Jésus ?

Nous lisons dans l’Évangile : “ Joseph ne connut pas Marie jusqu'à ce qu’elle ait mis au monde son fils ” (Mt 1, 25). N'est-ce pas dire qu'il eut des relations avec elle après la naissance de Jésus ? Par ailleurs nous lisons : “ Marie mit au monde son fils premier-né ” (Lc 2, 7). N'est-ce pas dire que Marie eut d'autres enfants ?

À notre avis, ces deux textes ne sont pas la preuve que Marie et Joseph ont eu des relations conjugales après la naissance de Jésus, ni que Marie a eu d'autres enfants.

Matthieu veut seulement dire : Marie était vierge quand Jésus est né. Mais il ne veut pas dire qu'après elle n'est pas restée vierge. De même, quand Luc emploie l’expression “ fils premier-né " il ne veut pas dire qu'après Jésus, Marie eut d'autres enfants, car, chez les Juifs, même un fils unique était appelé “ fils premier-né". En effet, ce titre signifiait que le garçon était, de droit, consacré à Dieu. Ce que Marie fera 40 jours après la naissance de Jésus (Lc 2, 22-23).

D'après une tradition qui remonte au début de l'Église, nous croyons que Marie est restée vierge avant la visite de l'ange, pendant la conception de Jésus et après la naissance de Jésus, mais l’Évangile n'est pas explicite sur ce point. Cependant, comment penser qu’après avoir été ainsi aimée, visitée par Dieu pour qu’en elle se réalise son alliance définitive avec l’humanité, elle ait pu se replier sur un amour humain, et se donner à un autre, cet autre fût-il Joseph, parfait serviteur de Dieu ? Il est vrai que l'Évangile parle des “ frères de Jésus ” (Mc 3, 31), mais nous avons déjà expliqué ce point au chapitre 7.

Considération finale

Marie n'exprime pas les motifs de son choix de la virginité, mais tout ce que Luc laisse entrevoir dans l'âme de Marie suppose qu’elle avait des motifs élevés. Par l’intermédiaire de l'ange, elle est traitée par Dieu comme “ Aimée de Dieu ", “ Comblée de grâce ", “ Le Seigneur est avec elle". Et Marie veut être sa “ servante ” exprimant ainsi sa disponibilité pour que naisse d'elle celui qui est à la fois “ le serviteur ” annoncé par les prophètes (Is 42, l ; 50, 1 ; 52, 13) et “ le Fils " (He 1).

La virginité de Marie semble ainsi une consécration, un don d’amour exclusif au Seigneur. Avec le “ oui “ de l’Annonciation : “ Que tout se passe pour moi selon ta Parole ", Marie se consacre totalement et exclusivement au plan de Dieu.

Martin Luther affirme en 1546 que Marie est vierge avant de concevoir Jésus et qu'elle l’est après la naissance de Jésus. Les premiers Réformateurs, à la suite de Luther et de Zwingli, croyaient en la virginité perpétuelle de Marie, alors que beaucoup de Protestants, aujourd’hui n’y croient plus. Pourquoi ?

Pour réfléchir

1. Que pensaient Luther et les premiers Réformateurs au sujet de la virginité de Marie ?

2. Que pensent aujourd’hui la plupart des protestants au sujet de la virginité de Marie ?

3. Comment s’est réalisée la conception de Jésus ?

4. Comment fut annoncée la venue du Messie ?

5. Quelles prophéties se sont accomplies en Marie ?

6. Quel sens donnait Marie à sa virginité ?

7. Pourquoi s'est-elle engagée dans le mariage alors qu’elle se proposait de ne pas avoir d'enfants ?

8. Jusqu'à quel point Marie s'est-elle soumise au plan de Dieu ?

9. Comment faut-il interpréter Matthieu 1, 25 et Luc 2,7 ?

10. Comment faut-il interpréter les textes qui parlent des “frères de Jésus " ?

2. Comment comprendre l'Immaculée Conception de Marie ?

Saint Paul dit : “ Tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu " (Rm 3, 23). Pourtant, selon la foi catholique, Marie, la mère de Jésus, en vertu d'une grâce exceptionnelle, n'a jamais connu le mal, ayant été conçue sans être marquée par le péché originel. C’est cette immunité absolue qui est appelée “ Immaculée Conception". Au-delà du caractère en quelque sorte négatif de cette définition, ce que l'Église entend affirmer c'est l’exceptionnelle sainteté de Marie, qui n'a jamais refusé à Dieu la plus petite preuve d'amour.

Cette foi s’appuie sur une très ancienne tradition de l'Église, qui trouve elle-même son fondement dans la salutation de l’archange Gabriel à Marie : " Salut, pleine de grâce ” (Lc 1, 28).

Nous appelons “ grâce ” ce pouvoir que Dieu a pour guérir notre esprit, pour le disposer à croire, et pour que le geste d’amour vrai naisse spontanément de nous. Nous appelons “ grâce ” tout ce qui a son origine dans le Dieu vivant, mais doit germer sur notre terre (cf. Is 45, 8 ; Ps 85, 11). Marie est vraiment “ pleine de grâce " et Dieu l'a préservée du péché dès l'instant de sa conception. Jésus qui est sans péché ne pouvait pas naître d'une femme qui aurait été souillée par la tache du péché.

Un problème théologique

Les chrétiens ont toujours cru en la parfaite pureté de Marie, la “ toute sainte ”‘, mais le titre d'Immaculée Conception leur posait un problème insoluble : Jésus est le Sauveur de toute l’humanité, dont fait partie Marie ; mais si Marie est toute sainte dès l'instant de sa conception, comment Jésus peut-il être son Sauveur ? Ni saint Bernard, ni saint Thomas d'Aquin, ni saint Bonaventure ne surent résoudre cette apparente contradiction. C'est le théologien anglais Duns Scot (XIIIe siècle) qui réussit à expliquer clairement la question, en reconnaissant à Marie le bénéfice d’une Rédemption anticipée, préservatrice, de la part de son Fils.

L’Immaculée Conception, vérité de foi

En 1854, le Pape Pie IX, en reprenant l’explication de Duns Scot proclama le dogme de l’Immaculée Conception. Par cette déclaration solennelle, cette croyance de tous les chrétiens à travers le monde devint une “ vérité de foi ”.

Quatre ans plus tard, par un concours frappant de circonstances, cette définition allait recevoir, aux yeux du monde catholique, une étonnante confirmation : une fillette illettrée de 14 ans, totalement ignorante du vocabulaire théologique, allait en effet voir la Vierge lui apparaître et se présenter à elle comme étant “ l'Immaculée Conception ” : c'était à Lourdes (France) en 1858 et la fillette s'appelait Bernadette Soubirous. Marie approuvait ainsi la foi des chrétiens en son Immaculée Conception.

Le sens de l’Immaculée Conception

Par le dogme de l'Immaculée Conception, l'Église nous propose de contempler en Marie la parfaite réussite de l’humanité telle qu'elle est voulue par Dieu. Notre modèle est Marie, une jeune fille qui a dit oui une fois pour toutes à Dieu, qui est restée fidèle à sa Parole et n'a jamais cessé d'avoir foi en son Fils.

3. Le sens de l'Assomption de Marie

Le 1er novembre 1950, le Pape Pie XII, après avoir consulté les évêques du monde entier, proclama le dogme de l'Assomption de Marie avec ces mots : “ ...Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste ”.

Les chrétiens d'Orient préfèrent parler de la “ Dormition de la Vierge ” et les catholiques de l’“ Assomption de Marie ". La Bible ne dit rien sur cette “ élévation ” de Marie au ciel, mais le souvenir de ce mystère est passé dans la Tradition de l'Église.

Il y a certains textes “ apocryphes ” (non acceptés comme Écriture Sainte par l'Église) qui parlent déjà de l'Assomption, situant l’événement entre 3 et 50 ans après la mort et la résurrection du Christ.

C'est saint Grégoire de Tours, au VIe siècle, qui fait la première formulation théologique au sujet de l’Assomption de Marie.

Voici la conviction de l'Église : puisque le corps du Christ a été formé du corps de Marie, il est normal que le corps de Marie partage la gloire du corps du Christ ressuscité sans connaître la décomposition du tombeau. Parce qu'elle a été sa Mère, Marie a été très unie à Jésus, le Sauveur de tous les hommes. Alors, il convenait qu’après sa vie sur la terre, Marie jouisse du fruit complet de la rédemption, en entrant dans la gloire du Christ ressuscité avec son âme, mais aussi avec son corps, c’est-à-dire sa personne tout entière.

En Matthieu 27, 52-53, nous lisons qu'à la mort de Jésus : “ les tombeaux s'ouvrirent, les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent et, sortant des tombeaux après sa Résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à plusieurs personnes ”.

Ce paragraphe veut dire, en style d'apocalypse, que la mort de Jésus marque l’arrivée du salut définitif. Le Christ ressuscité a rejoint, d'une façon mystérieuse mais réelle, ces multitudes historiques ou préhistoriques qui devaient l'attendre pour entrer dans la vie même de Dieu.

Si cette résurrection-glorification de certains justes de l’Ancien Testament a eu lieu dès l'instant où Jésus nous a sauvés par sa mort sur la croix, alors il est vraisemblable que le Seigneur ait accordé cette même faveur à Marie, sa mère.

Nous croyons avec Paul à la résurrection générale : “ Tous ressusciteront à cause de leur union au Christ, mais chacun à son propre rang : le Christ en premier lieu puis ceux qui lui appartiennent, au moment où il viendra ” (1 Co 15, 23). Mais à la suite de chrétiens des temps immémoriaux, nous croyons que cette résurrection a déjà eu lieu pour Marie, la mère du Christ. Et l’entrée de Marie ressuscitée dans la gloire du Christ, premier-né d’entre les morts, est le signe et le gage de notre propre résurrection.

 

Père Carlos Orduna Diez
Clerc de Saint Viateur
1999