En ce temps où sévit la pandémie du SIDA, une éducation sanitaire particulière à l’adresse des personnes saines s’avère urgente et nécessaire.

L’éducation sanitaire visera et garantir la protection des personnes saines par rapport à l’infection du VIH.

Dans cette perspective, l’éducation sanitaire développera principalement l’action préventive. La gravité de l’infection est bien connue. « L’infection est grave : il y a lieu de prendre les mesures efficaces pour réduire au maximum les risques de contagion. Il faut informer sans susciter la panique, moins encore l’hystérie, sans banaliser ni profaner les valeurs et les comportements touchant à l'amour et à la sexualité ; il faut éveiller au sens de la responsabilité, sans se fermer ni tarir la capacité relationnelle. Garantir ces divers objectifs constitue un énorme défi, et presque une gageure. Y peuvent contribuer, chacun à sa manière, les professionnels de la santé, les laboratoires de recherche, l'opinion publique dans son ensemble et les individus. Les pouvoirs publics aussi, les structures sociales, les Eglises et les instances éducatives [1].

Il y a urgence et nécessité d'une sérieuse éducation sanitaire au bénéfice des bien-portants. Les personnes saines peuvent attraper le SIDA. Il faut les aider à savoir se protéger dignement et correctement en leur transmettant toutes les informations nécessaires par rapport au SIDA et en favorisant le sens de responsabilité.

Pour ce faire, en se servant des acquis scientifiques et médicaux relatifs au syndrome d'immunodéficience acquise, les acteurs de l'éducation sanitaire offriront aux individus et aux collectivités une information objective, cohérente et complète ; ils tiendront aussi en considération les implications morales liées au phénomène SIDA.

Les voies de transmission du VIH sont bien connues [2] : le sang, les rapports sexuels avec une personne infectée et de la mère séropositive à l’enfant.

La prévention de la transmission par voie sanguine exige :

a. un contrôle rigoureux par la recherche systématique des anticorps anti VIH dans le sang destiné aux transfusions ; l'élimination automatique de tout sang ou de ses dérivés contaminés ; une efficace stérilisation des seringues, aiguilles et tout autre matériel médical (ébullition pendant trente (30) minutes, stérilisation par la chaleur sèche pendant cent vingt (120) minutes, trempage dans l'alcool …) ; de nos jours, l’utilisation des seringues à usage unique est de rigueur ;

b. l’utilisation des lames neuves ou rigoureusement stérilisées pour les scarifications, les circoncisions ... [3]. Les instruments de manucure, les rasoirs et les ciseaux, tout instrument pouvant couper, doivent être stérilisés avant chaque utilisation ; les aiguilles d'acupuncture, les instruments de soins dentaires doivent également être stériles avant chaque utilisation ;

c. Pour le personnel soignant, les règles d'hygiène, les mesures de précaution doivent être effectivement observées. Il est nécessaire de porter des gants lors des manipulations de sang ou de toute autre substance qui peut être contaminante.

Grâce à un contrôle systématique et rigoureux du sang et de tous ses échantillons, la transmission du VIH par la voie sanguine peut être évitée et doit l’être, permettant ainsi l’utilisation exclusive des échantillons séronégatifs. Chez les usagers de drogue par voie veineuse, la contamination se produit à travers l’échange des aiguilles et seringues souillées.

La transmission mère-enfant se fait pendant la grossesse ou lors de l’accouchement [4]. La possibilité de transmission du virus d’une femme séropositive à l'enfant est de l'ordre de 20 à 50%. Le risque de transmission augmente en fonction de l’aggravation des conditions sanitaires de la mère.

Au sujet de la transmission par la voie sanguine, il faut noter que la contamination accidentelle du personnel soignant est rare ; il est cependant nécessaire d'être toujours prudent on adoptant correctement toutes les précautions recommandées lors de la manipulation des liquides biologiques (sang, extraits sanguins, prélèvements divers ...).

A travers l’éducation sanitaire on soulignera également l'incidence particulièrement importante de la transmission du VIH par la voie sexuelle. Le virus du SIDA se transmet à l’occasion du contact du sperme ou des sécrétions vaginales contaminés avec une muqueuse. Les rapports anaux sont traumatisants et particulièrement infectants à cause de la fragilité du rectum qui subit facilement des lésions.

Le multipartenariat pour les rapports sexuels augmente évidemment le pourcentage du risque d'infection.

En guise d'information les catégories de personnes les plus exposés à la contamination par le virus du SIDA sont :

- Les homosexuels (mâles) et bisexuels représentent le groupe le plus exposé ;

- Les toxicomanes ou drogués chez lesquels la transmission se fait par l’échange des aiguilles et seringues contaminées;

- Les personnes à plusieurs partenaires et à partenaires occasionnels ;

- Les prostituées : elles représentent la catégorie à risque très élevé à cause de leurs nombreux partenaires ;

- Les nouveau-nés de mère séropositive (environ 20 à 50% des enfants nés de mère séropositive sont infectés) ;

- Les hémophiles et les receveurs de sang étaient autrefois exposés [5].

Sur le plan médical, la prévention exige une information correcte sur la maladie, ses modes de transmission et de diffusion, les mesures à prendre pour éviter la contamination et enfin la promotion d’une éducation sanitaire efficace adaptée aux différentes couches sociales.

L’exigence de la prévention à travers l'éducation sanitaire à l'endroit des personnes saines ne consistera pas seulement dans la transmission des connaissances théoriques aussi intéressantes soient-elles. Elle doit susciter une profonde prise de conscience par rapport à la maladie et favoriser une effective modification de comportement sexuel chez les individus.

La transmission sexuelle demeure en effet le mode prédominant de la diffusion du SIDA. L'expansion de l’épidémie est principalement liée au style de vie et de comportement des individus en matière de sexualité.

L’éducation sanitaire visera fondamentalement à responsabiliser les individus et les communautés par rapport à leur comportement sexuel. On se trouve ici confronté de manière incontournable à une question de nature typiquement morale.

L'éducation pour la prévention en effet, se réalise entre autres, en fonction de notre conception de l'homme et de notre échelle de valeurs [6].

L'éducation sanitaire à l’endroit des personnes saines est appelée à inclure nécessairement l’éducation sexuelle dans son programme et ses activités. A ce sujet particulier et extrêmement délicat, on aura bien le souci d’adapter les méthodes et les contenus de l’éducation en fonction des personnes et des groupes en présence (leur milieu social et culturel, leurs besoins réels, …).

Pour les adolescents, il s’agira de les aider à travers l'action éducative à acquérir progressivement une maturité affective et psychologique pour une croissance ordonnée en vue d'une gestion positive et responsable de la sexualité dans le sens de leur veritable épanouissement humain et spirituel. L’action éducative visera aussi à responsabiliser toujours davantage les adultes afin de les aider et de les stimuler à opérer des choix conscients et à assumer des comportements sains et ordonnés en matière de sexualité, évitant les comportements à risques.

Il est nécessaire, pour être efficace dans la poursuite de ses objectifs, que l’éducation sanitaire parvienne à susciter des convictions profondes chez les individus et au sein des communautés par rapport à des valeurs déterminées. Par exemple, l'information relative au SIDA qui stigmatise ou interdit certaines pratiques doit offrir en alternative des réelles possibilités de choix plus enthousiasmants, plus épanouissants [7].

La conscience d’offrir en alternative des choix plus enthousiasmants trouve sa réalisation dans la proposition claire de comportements inspires par des valeurs humaines fondamentales bien précises, tels que la solidarité, la santé, l’épanouissement familial et social …

Dans cette perspective l’action éducative visera à développer chez les individus le sens de solidarité face à l'épidémie du SIDA en transmettant des informations correctes relatives aux véritables modes de transmission, et en mettant aussi en évidence la possibilité d'une connivence sociale sans risque avec les personnes victimes du VIH.

La solidarité est proposée ici non seulement comme une exigence favorable à la prévention du SIDA, mais comme une valeur en soi, une marque d’humanité et de reconnaissance de la personne et de toute personne. De cette manière, l’éducation sanitaire pourra participer heureusement à l’élimination des peurs irrationnelles et injustifiées, des comportements de méfiance et de rejet.

La formation et l’éducation à l'accueil et au respect, l’information exacte et cohérente sur les dangers réels de contamination par le virus du SIDA favorisent le sens de solidarité, facteur déterminant pour la prévention de l'épidémie.

Dans la même perspective de promotion des valeurs humaines, l’éducation sanitaire est appelée à présenter la santé comme une valeur et un bien à construire individuellement et collectivement. Le bien-être physique est en effet intimement lié au bien-être psychologique et à la façon propre dont l'individu affronte le réel et considère la vie. Dans ce sens la santé se présente comme une conquête qui implique l’engagement conscient et responsable de l’individu avec ses ressources et ses potentialités de tout genre et aussi l’engagement de la société. La prévention du SIDA constitue alors une urgente nécessité pour les individus comme pour la société, et l’éducation sanitaire aura pour tâche fondamentale de les y seconder.


Notes :

[1] MALHERBE J.-F. et ZORRILLA S., op. cit., p. 29.

[2] « En pratique quatre modes de transmission peuvent être vérifiés :

1. La transmission sexuelle;

2. Le partage des aiguilles, de seringues et d'accessoires contaminés;

3. Transfusion sanguine et injection de produits sanguins;

4. De la mère contaminée à son fœtus » (Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, La nouvelle mise au point de l’Institut Pasteur. SIDA — Les faits, l’espoir, MED - EDITION, Paris, 1992, p. 10).

[3] L'excision qui est pratiquée par exemple dans certains milieux africains chez les jeunes filles, représente un facteur de risque par rapport au SIDA; elle est souvent pratiquée dans des conditions hygiéniques carentes. Soulignons ici que l'excision constitue une grave mutilation de la personne, une atteinte à son intégrité et à sa liberté. La promotion des actions de sensibilisation, d'information et d'éducation des personnes et des communautés devraient être constamment soutenues en vue d'un changement de mentalité favorable à l'abolition effective de la pratique de l'excision.

Le lait maternel constitue aussi une source potentielle de contamination (Cf. Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, op. cit., p. 12).

[4] Tous les nouveau-nés d'une mère séropositive vont être en principe séropositifs à la naissance du fait du passage passif des anticorps (anti VIH) maternels à travers le placenta. Il faut noter cependant que le virus lui-même ne passe pas toujours; le passage du virus de la mère séropositive au fœtus est vérifié dans 20 à 50% des cas : parmi les enfants séropositifs à la naissance, 20% évoluent vers le SIDA au 8ème mois, et 80% deviennent séronégatifs avant le 18ème mois (Cf. Sous la direction du Professeur Luc MONTAGNIER, op. cit., p. 32).

[5] Avant la mise au point des tests de dépistage du VIH en 1985, les transfusions et les injections de dérivés sanguins comportaient des risques de contamination. De nos jours, tout sang et échantillons sanguins destinés à la transfusion est soumis au test de dépistage du virus du SIDA.

[6] Par rapport à la prévention, Elio SGRECCIA identifie trois positions méthodologiques :

1. La première position méthodologique par rapport à la prévention du SIDA est celle qui s’inspire avant tout de la vision du bien intégral de l’homme. Dans cette perspective ce n'est pas seulement l'infection qu’il faut à juste titre éviter de contracter ou de transmettre qui est prise en considération, mais une vision globale, naturelle et surnaturelle de l’homme, un modèle de vie qui garantit la promotion du véritable bien humain et spirituel de la personne;

2. La seconde position méthodologique par rapport à la prévention de l'épidémie du SIDA dite « médico-épidémiologique », insiste sur l’utilisation des préservatifs et seringues stériles par les sujets infectés et non décidés à s’abstenir des rapports sexuels ou de la drogue;

3. Les tenants de la troisième position méthodologique dans la prévention du SIDA dite « idéologique », considèrent la « libéralisation » du sexe et de la drogue non seulement licite mais aussi comme un droit (Cf. SGRECCIA E., « SIDA et procréation responsable », Dolentium Hominum, op. cit., P. 282).

C’est la première position méthodologique, celle qui s'inspire de la vision du bien intégral de la personne humaine qui est clairement affirmée dans les différents documents des Evêques catholiques. Cette vision méthodologique par rapport à la prévention du SIDA s'inspire fondamentalement d'une vision personnaliste de l’homme (Cf. SGRECCIA E., op. cit. p. 282).

[7] Cf. GRECO D., LAURA A., MONTUSCHI F., SERAFIN I., « L’approccio educativo al problema dell' AIDS », L. BERTINATO, D. GRECO, S. POLI (a cura di), Educazione alla salute e prevenzione dell' AIDS nella scuola, op. cit., p. 31.

Père François SEDGO
Religieux Camillien
Dans : Prévention SIDA et éducation chrétienne de la sexualité humaine, 1998.
Pages 195-196.

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