[1] Le Christianisme céleste a ses textes, son langage, ses rites. On le classe parmi les Églises indépendantes africaines dont les caractéristiques essentielles sont les suivantes : elles ont un leader charismatique, elles opèrent un syncrétisme entre le christianisme et la tradition africaine ; elles sont en général nées d’une protestation contre une situation politique et sociale : à l’origine, protestation contre la colonisation et des Églises jugées trop favorables à l’Occident ; par la suite, protestation contre les changements rapides dans la société et contre l’insuffisance des soins. Ces Églises se veulent une réponse à l’interrogation des gens sur la présence du mal et une protection contre ce mal.

a. Le milieu du Christianisme céleste

Cette Église est née au Sud Dahomey (le Bénin), c’est-à-dire dans une région marquée par le Vodoun : sens de la prière face aux forces de la nature, peur de la sorcellerie, sens de l’ésotérisme (les monastères Vodun), importance de la vision et de la prémonition et influence des Églises Aladura venues du Nigeria, et qui ont une interprétation fondamentaliste de la Bible.

Dans la religion du Vodoun, le monde appartient à un Être Suprême ; les Vodoun sont des esprits détenteurs d’une force pour le clan et la famille : c’est à eux que s’adresse l’essentiel du culte ; cette religion a le sens des forces (bonnes ou mauvaises, d’où un dualisme) qui sont à l’œuvre dans le monde et l’humanité ; dans ce monde de forces, la divination et la prémonition sont importantes. En principe, le Christianisme céleste s’oppose au culte du Vodoun, mais les adeptes en restent marqués.

Les Églises Aladura sont des mouvements de priants influencés à l’origine par l’arrivée des Pentecôtistes au Nigeria : elles recherchent une vie de prière intense, souvent marquée par des phénomènes mystiques et par l’existence de certains charismes, en particulier ceux de prophétie (langues) et de guérison. Bien que le Christianisme céleste se présente comme né d’une illumination originale, il fait partie de la famille Aladura.

b. La naissance du Christianisme céleste

Celle Église a été fondée le 29 septembre 1947 à Porto-Novo à la suite d’une vision reçue par Samuel Biléou Joseph Oschoffa.

Oschoffa est né en 1909 à Porto-Novo d’un père méthodiste, menuisier. Sa mère Fohoun est vendeuse de tissus. A deux reprises, son père tente de lui faire donner une formation, d’abord auprès d’un catéchiste, puis auprès d’un pasteur. Mais après quelque temps, Oschoffa s’enfuit, revient chez lui et apprend la menuiserie avec son père. Fin 1946, il se lance dans le commerce de l’ébène. Accusé d’adultère (ce n’est pas prouvé), il est expulsé de l’Église des Séraphins, et il épouse Félicia Yaman accusée d’être sa complice.

Alors qu’en mai 1947 il recherche de l’ébène dans la forêt de L’Ouémé, son piroguier l’abandonne. Il se retrouve seul, est témoin d’une éclipse totale du soleil (20 mai 1947) et vit trois mois de solitude et de prière. Profitant de la crue de l’Ouémé, il se laisse porter par la pirogue vers des lieux habités, tandis qu’on le croyait mort. On le prend pour un « ressuscité » et il manifeste son nouveau pouvoir par des guérisons.

Un mois après son retour, le 29 septembre 1947 (fête de saint Michel, archange), il se met en prière avec des amis et a une vision : un être resplendissant qui ne touche pas le sol lui donne la mission de fonder une religion dont les membres n’adoreront que Dieu. La vision s’articule autour de trois points :

- La mission contre le fétiche,

- l’annonce de persécutions,

- La promesse d’aide.

D’autres visions confirment la précédente. Désormais Oschoffa et ses successeurs prétendront ne parler que sous l’inspiration d’une parole qui leur est dictée. De même, les hymnes leur sont révélées, La puissance manifestée va s’exercer contre les forces maléfiques mises en œuvre par la « sorcellerie » de deux manières principales : destruction de la puissance des fétiches et guérisons miraculeuses.

c. Le développement de l’Église

Elle s’appelle Christianisme céleste, ce qui signifie que le vrai culte est rendu à Dieu par les Anges dans le ciel et que les membres de l’assemblée doivent se joindre à ce culte.

L’Église est reconnue comme association le 1er novembre 1956.

Cette Église d’origine populaire a commencé à attirer les cadres moyens et même supérieurs vers 1967 : cette évolution l’a conduite d’une part à renoncer à l’improvisation et d’autre part à se structurer. Les fidèles sont attirés pour les raisons suivantes :

- Désir de résoudre leurs problèmes (santé, stérilité, profession, jalousies…)

- Attirance pour les charismes (guérison, visions), pour l’entraide entre fidèles, pour la recherche d’une prière fervente, pour le désir de rejeter les fétiches, pour obtenir une intégration dans la société et le cosmos.

L’histoire du Christianisme céleste a ensuite été marquée par les persécutions qu’il a subies (ainsi que d’autres groupes religieux tels que les Témoins de Jéhovah) sous le gouvernement marxiste de Mathieu Kérékou. Oschoffa s’est alors installé au Nigeria. Puis il est décédé sans désigner de successeur.

Depuis, le Christianisme céleste qui s’est répandu en plusieurs pays a tendance à se diviser, car divers évangélistes prétendent être les plus qualifiés pour succéder à Oshoffa. Vu qu’ils ont hérité les objets appartenant à Oschoffa, les Nigérians avec le Pasteur Bada semblent assez bien placés. Le pasteur ivoirien Ediémou (une des branches des Célestes de Côte d’Ivoire) se dit actuellement leur allié.

d. Quelques aspects de la vie de l’Église

En recevant le baptême (par immersion), le croyant est pénétré par l’Esprit du Christ ressuscité qui s’oppose directement à la puissance des Vodoun.

La hiérarchie

L’Église est encadrée par une double hiérarchie dont les grades sont conférés par onction : la hiérarchie du gouvernement et celle des visionnaires (soumis au contrôle du gouvernement). De son vivant, Oschoffa était le prophète - pasteur (fondateur) dominant les deux hiérarchies. Ensuite viennent, du côté du gouvernement, les pasteurs, les évangélistes puis les « leaders ». Les leaders ont leur correspondant chez les visionnaires : ce sont les wohleaders puis les wolidja, au degré inférieur. Au niveau des fidèles ou hommes de prières, on a les alagba et les devanciers. Les femmes n’ont de place qu’au niveau de femmes de prières, car elles sont soumises aux impuretés de leur sexe.

Les célébrations

Cette Église insiste sur la prédication et la prière. Elle célèbre la Sainte Cène quatre fois par an comme les Méthodistes, dont le Dimanche des Rameaux et la fête de Noël. Selon les opinions célestes, tantôt leur Sainte Cène est marquée par la Présence réelle, comme dans l’Église catholique, tantôt elle n’est qu’un Mémorial, comme chez les protestants.

La fête de Pâques est célébrée sans Sainte Cène.

Le mariage est célébré religieusement, pas comme un sacrement, mais comme un vœu devant Dieu, et il doit être respecté. En fait, à cause de la polygamie, beaucoup de Célestes vivent sans s’engager dans le mariage.

Les charismes

Sont importantes la vision et la guérison.

La vision

Les Célestes assimilent vision et prophétie, alors qu’il s’agit essentiellement chez eux de visions. La vision informe constamment la vie ordinaire de l’Église et de chacun de ses fidèles. Il existe un certain parallélisme entre le rôle de la vision dans l’Église et la divination traditionnelle du Fa dans le Vodoun. Les différents types de vision sont la vision prémonitoire, la vision explicative, les visions d’agrément.

Selon le vocabulaire en usage, le visionnaire « est en esprit » ou « tombe en esprit », comme en « extase ». Il n’est plus conscient de ce qui se passe autour de lui. Il est alors « agité par l’Esprit », agité par des tremblements. Il « émet » des paroles en langues ou des sons (« hon...hon’…hon »), qu’un autre sera chargé de traduire. Puis, il « est ramené en chair » ou « rentre en chair ».

Mais le visionnaire est exposé à être tenté ou trompé. C’est pourquoi il doit être sanctifié au cours de cultes de sanctification. Il doit aussi se soumettre à l’ascèse (jeûne, abstinences de certains aliments). La hiérarchie des visionnaires exerce un contrôle, une sorte de discernement des esprits, pour veiller à ce que les visionnaires parlent selon l’Esprit et n’affabulent pas.

La guérison

A la différence des guérisseurs traditionnels et de certaines Églises, le Christianisme céleste ne recourt pas à la pharmacopée traditionnelle ni aux confessions des péchés. Seuls sont employés le couvent, la prière et l’eau bénite. La guérison vise à repérer la force mauvaise qui cause la maladie. Il est alors possible de mettre en œuvre une force bonne pour la combattre. Un des buts de ces cérémonies est d’inciter les gens à ne pas recourir aux fétiches.

Les charismes ne sont pas vécus dans l’attachement, mais les Célestes risquent d’accorder plus d’importance au fait qu’une demande a été exaucée qu’à la réponse elle-même.

Commentaire

Le Christianisme céleste continue d’attirer des adeptes à cause des moyens de guérison qu’il offre et pour sa moindre rigueur que le catholicisme en matière de morale conjugale. Mais ce mouvement manque d’unité et de dynamisme car il est entre des ambitions personnelles qui se cachent derrière des arguments pseudo religieux et qui ne sont pas parvenues à se mettre d’accord sur le nom du successeur du pasteur Oschoffa.

Note :

[1] Christianisme céleste : d’après une étude de Michel Guérin, s. j.

Père Yves MOREL
Société des Jésuites
Dans : Le défi des sectes, des N.M.R. et des intégrismes, Abidjan, INADES, 1999.

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