[Abréviation : NMR : Nouveaux Mouvements Religieux]

[1] La secte est un mouvement de protestation contre le pouvoir et les Églises en place. Au temps de Jésus, le judaïsme comprenait différents mouvements : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, Zélotes. A ses origines, le christianisme apparaît comme une secte par rapport au judaïsme. Depuis 2000 ans, le christianisme a rencontré l’opposition de sectes, s’est divisé en diverses églises. Le contenu de la révélation s’est précisé à la faveur des questions posées par les diverses dissidences.

Notre époque a vu apparaître de nouveaux types de sectes dans la suite des mouvements de contre-culture des années 60 en Occident : ces nouvelles sectes s’adressent plus particulièrement aux jeunes, d’où des réactions de rejet à leur égard. Auparavant, seules les Églises officielles luttaient contre elles. Aujourd’hui, la société civile se sent concernée puisque des jeunes sont détournés des familles. Avec le développement des différents types de sectes, ce phénomène de société qu’est la secte est devenu planétaire.

L’Église catholique a analysé le problème des sectes dans son ensemble avec le Document du Vatican du 25.05.1986 paru dans la Documentation catholique du 1.06.1986 (voir infra).

1. La secte : définition

Le terme secte vient de « sequi » = suivre, et non de « secare » = couper. L’aspect suivre un nouveau maître est plus fort que l’aspect se séparer d’un autre mouvement. Dire d’un groupe qu’il est une secte, c’est porter sur lui un jugement dévalorisant. Par contre, dire « c’est une Église », est valorisant.

Chez Max Weber, sociologue allemand (1864-1920), la secte est définie par opposition à l’Église :

- ÉGLISE : Institution de salut. L’insistance est mise sur le but.

- SECTE : Groupe contractuel. L’insistance est mise sur le lien.

Chez Ernest Troeltsch, autre auteur allemand (1865-1923), Église et secte représentent sont tendances déjà en germe tout au début du christianisme

TYPE

ORIGINE

STRUCTURE

Conservatisme (Église)

Saint Paul et son entourage : Paul aurait mis sur pied une institution centralisée et universelle, dépositaire de la grâce divine et la distribuant par les sacrements

Hiérarchie et pouvoir. On y entre par naissance et on y meure par état sociologique. L’Église véhicule l’enseignement ésotérique de Jésus.

Radicalisme (Église)

Saint Jean : tradition johannique de la communauté d’amour autour de Jésus, de refus du monde, de l’attente du retour du Christ pour un millénaire de paix, des thèmes de l’Évangile de l’agapè (amour chrétien) et des visions prophétiques de l’Apocalypse.

Expression privilégiée des couches inférieures de la société. Ce groupe naît d’une volonté de fraternité, d’égalitarisme, de communauté, de partage. Fondé sur l’engagement personnel, l’assentiment intérieur à une éthique plus radicale.

Saint Paul serait donc à l’origine de l’Église hiérarchique, tandis que saint Jean serait à l’origine du type de communauté plus fraternel auquel veulent s’apparenter les sectes. Cette distinction ne doit pas faire oublier que les sectes ont en général un sens très poussé de l’autorité, même si elles ne le laissent pas apparaître immédiatement : l’autorité du gourou et des textes fondateurs y est dictatoriale.

On estime aujourd’hui que ces « analyses classiques […] distinguant Églises et sectes (dissidences protestataires) sont aujourd’hui dépassées. La remise en question des « vérités » de science et de foi a ouvert la voie à une « dérégulation », d’une ampleur sans précédent, de toutes les croyances. Les migrations et la « mondialisation » ont accéléré, dans la sphère des religions, des transferts, une fragmentation et des dérives parfois périlleuses pour le droit et la démocratie. » [2]

2. Classement des sectes

Selon la relation de la secte à la société [3], plusieurs types peuvent se trouver dans la même secte :

TYPE

IDEOLOGIE

EXEMPLE

Secte conversionniste

Conversion intérieure et personnelle.

Mouvements pour Jésus.
Pentecôtisme.

Secte réformiste

Propose la réforme du monde par la réforme volontaire de la conscience.

Quakers

Secte utopiste

Voit cette réforme du monde au terme d’une reconstruction de la société à partir des seuls principes religieux.

Amis de l’Homme.
Rastas

Secte révolutionnaire

Le monde va être transformé radicalement par une intervention directe de Dieu.

Témoins de Jéhovah.
Église universelle de Dieu.

Secte thaumaturgique

Attend le salut et la sainteté d’un sauvetage direct et miraculeux de Dieu.

Antoinisme.
Mahikari.

Secte introversionniste

Le salut est recherché par le repli sur une seule communauté religieuse après rupture avec la « société corrompue ».

Amish.
Dévots de Krishna.

Secte manipulatrice

Cherche des moyens surnaturels ou occultes ou des techniques purement humaines pour acquérir le salut.

Scientologie.
Rose-Croix.

Le phénomène des sectes connaît des variations infinies, d’où la difficulté de les classer.

Un nouveau « religieux » à connotation gnostique

Aujourd’hui, on assiste à la constitution d’une sorte de « religieux » fluide et mouvant. La prolifération sectaire est marquée par une forte connotation gnostique. C’est pourquoi on parle de N.M.R., Nouveaux Mouvements religieux.

Ces mouvements sont apparus depuis les années 60 aux USA et ils sont liés au phénomène de contre-culture. Ils ne correspondent plus exactement aux traits généraux des communautés issues du protestantisme et globalement nommées « sectes ».

« Origine exotique, style de vie culturel nouveau, engagement d’un niveau supérieur à celui des Églises chrétiennes traditionnelles, direction charismatique, pourcentage important de jeunes, de personnes cultivées et de classes moyennes dans le recrutement, phénomène attirant l’attention, développement international, apparition récente. » [4]

C’est pourquoi l’on parle de réveil des gnosticismes [5].

R. Bergeron distingue :

a. Groupes s’inspirant du fonds doctrinal judéo-chrétien et se réfèrent essentiellement à la Bible : Jéhovistes, Mormons, Science chrétienne, Église universelle de Dieu.

b. Groupes qui offrent des amalgames syncrétistes puisant à la fois dans :

• les religions d’Orient,

• la tradition ésotérique,

• les recherches contemporaines sur l’élargissement de la conscience,

• les intuitions du Nouvel Âge. Ici, le fonds chrétien est remodelé, réinterprété, adapté.

Ces mouvements sont de tendance plus « mystique » que « sectaire ». Ils constituent une nouvelle gnose, résurgence du gnosticisme ancien. Ce sont la Théosophie, l’Anthroposophie, la Rose-Croix, la Fraternité blanche universelle, le Mouvement du Graal, la Nouvelle Acropole, la Scientologie, Atlantis...

Ils ont en commun :

- la recherche de l’illumination salvatrice

- La recherche de la connaissance totale, considérée comme supérieure à la foi et à la raison

- l’affirmation d’un continuum [6] entre l’homme et le divin que l’on peut atteindre par l’accession aux « états supérieurs de conscience »

- les techniques d’éveil spirituel transmises par initiation, pour libérer le fragment du divin cosmique qui est en nous.

D’où le classement des groupes et courants en trois ensembles principaux :

1. Les sectes d’inspiration judéo-chrétienne

- recours à la Bible,

- radicalisme eschatologique,

- inspiration de l’Esprit.

2. Les groupes d’inspiration orientale sur fonds hindouiste et bouddhiste, parfois sur fonds soufiste (pour l’Islam)

- centrés sur l’expérience mystique,

- organisés autour d’un Maître détenteur de la connaissance libératrice,

- visent à permettre au Soi de se réaliser en remontant vers la source cosmique.

3. Les groupes et courants de type gnostique, « mystique »

- Ils prennent leur inspiration dans les deux ensembles précédents.

- Ils puisent surtout dans la tradition parallèle (= parallèle à l’enseignement de l’Église et de l’Université), dans un esprit éclectique et syncrétiste.

- Ils se réfèrent à la Bible, mais en renouvellent les données au creuset de leur intuition propre et globalisante : ainsi, Jésus devient un Maître, un Initié, un Éveilleur, une manifestation particulière du Principe christique cosmique universel.

3. A l’ origine de la secte, une protestation

Une double contestation de la société et des Églises. En effet, l’Église s’est liée à l’empire sous Constantin (4ème siècle). Il en est résulté une Église fortement hiérarchisée, qui exerce un contrôle vigilant en matière doctrinale. Car la société antique est une société sacrale : l’empereur représente la divinité. L’ordre social est une reproduction de l’ordre divin, tout comme la nature. Cet ordre ne doit pas être contesté. L’Église a été associée à l’autorité des empereurs et elle a réagi contre les sectes.

Prophètes et réformateurs

- La contestation s’est cristallisée autour d’un leader charismatique ou d’un réformateur.

- Certains de ces leaders veulent simplement réformer l’Église et non la quitter.

- Le prophète apparaît comme un envoyé de Dieu, un homme doué de forces et de qualités au-dessus de l’ordinaire.

- Le réformateur (qui ne se prétend pas forcément prophète) apporte une nouvelle compréhension de la doctrine et donne naissance à un nouveau courant religieux, d’où une scission. Les scissions proviennent parfois d’interprétations différentes sur la fin du monde.

Notes :

[1] Catholicisme hier – aujourd’hui – demain, t. 13, col. 995-1010, par J. Vernete-Letouzey et Ané, 1993.

[2] Henri Tincq, Sectes : la tentation de l’aveugle répression, Le Monde n°16835, 12.3.1999, p. VIII.

[3] Bryan Wilson, Les sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970.

[4] Bryan Wilson, The social impact of the New Religious Movements, N.Y., The Rose Sharon Press, 1981.

[5] Bergeron, R., Le cortège des fous de Dieu, Paris-Montréal, Ed. Paulines, 1982.

[6] Ce continuum signifie que Dieu n’est pas transcendant par rapport à l’homme. Il se situe dans le même tout.

Père Yves MOREL
Société des Jésuites
Dans : Le défi des sectes, des N.M.R. et des intégrismes, Abidjan, INADES, 1999.

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