Combien de fois n'avons-nous pas entendu cette accusation de la part de certains frères d'autres confessions : “ Vous faites des images pour les adorer, alors que la Bible nous l’interdit strictement ”.

Beaucoup de chrétiens-catholiques ne savent même pas ce qu'il faut répondre, d'autres se laissent facilement influencer par ce genre de “ vérités à moitié " et d'autres sentent la tentation d’éliminer ces images.

Abordons ce thème des images, mais avec la Bible en main.

Tout d'abord, il nous faut bien distinguer entre une image, un tableau, un ornement religieux et une idole qui est l'image d'un “ faux dieu ". Certes la Bible refuse énergiquement le culte d'adoration des idoles (faux dieux) mais elle n'a jamais refusé les images en tant que symboles religieux.

1. Qu'est-ce qu'une idole selon la Bible ?

Au treizième siècle avant Jésus-Christ, au temps de Moïse, Dieu commença à former le peuple élu, le peuple d'Israël. C'étaient des gens très primitifs que Dieu faisait sortir du polythéisme pour les conduire vers le monothéisme. Ces peuples anciens avaient plusieurs dieux qu'ils adoraient et qu'ils représentaient par des images, des “ baals " qui avaient la forme d’un taureau, d'un lion ou d'autres animaux, comme le faisaient les Égyptiens. Le peuple de Moïse appelait ces images “ idoles ” ou faux dieux. Les gens de cette époque pensaient que ces images possédaient un pouvoir magique ou une force miraculeuse.

Au fond, ces images étaient des représentations des pouvoirs ou des vices de l'homme lui-même. Par exemple, l'image du veau d'or qui apparait en Exode 32 était l'expression de la force brute de la nature. Elle pouvait aussi représenter l’incarnation du pouvoir sexuel désordonné et vicieux. Et l’or du veau représentait le pouvoir de la richesse qui exploite et écrase l’homme. Autrement dit, l'homme, avec ses vices représentés dans le veau d'or, veut être un dieu et ne veut pas céder la place à l’unique et véritable Dieu.

Dieu appela le peuple hébreu à avancer sur la voie du monothéisme, en laissant en arrière les idoles et en adorant le véritable Dieu. Mais les Israélites de ces temps-là, attirés par les pratiques des peuples païens voisins, voulaient parfois retourner au polythéisme et à l’adoration des idoles. Alors Moïse, inspiré par Yavhé-Dieu, leur défendit strictement de faire ces idoles : “Tu n'auras pas d'autre dieu que moi. Tu ne feras pas de statue à l'image des choses qui sont là-haut dans le ciel ou en bas sur terre... Tu ne te prosterneras pas devant elles, tu ne les serviras pas, car moi Yahvé ton Dieu, je suis un Dieu jaloux " (Ex 20, 4-5 ; voir aussi Dt 5, 8-9 ; Lv 19, 4 ; Os 13, 4).

Ces textes sont très clairs : ils interdisent de fabriquer des images ou des statues de faux dieux. Mais appliquer ces textes à des images en tant que symboles religieux, c'est tout autre chose. Ces signes ou images n'ont jamais été défendus par Dieu ni par la Bible.

2. Des textes qui nous éclairent

La Sainte Écriture fait toujours la distinction entre les images en tant qu’“ idoles ” et les images en tant qu'“ ornements ou signes religieux ".

Lisons quelques textes où Dieu lui-même demande à Moïse de faire des images en tant que symboles religieux : “ Tu feras deux chérubins d'or. Tu les feras en or massif et tu les placeras aux extrémités du couvercle... C'est là que je viendrai à ta rencontre : je te parlerai de dessus l’instrument du Pardon, entre les deux chérubins posés sur l'Arche du Témoignage... " (Ex 25, 18-22). Ces deux chérubins semblables à des images d’anges, étaient des ornements religieux pour le lieu le plus sacré du temple. Ces images, œuvres des mains humaines, étaient bien dans le temple, au lieu le plus sacré et jamais elles ne furent considérées comme des idoles ; bien au contraire, c’est Dieu lui-même qui ordonna de les faire.

Lisons un autre texte de l’Ancien Testament : Nombres 21, 8-9. À cette époque-là, les Israélites murmuraient contre Dieu et contre Moïse. Alors Dieu envoya contre le peuple des serpents venimeux qui les mordirent. Cela fit périr beaucoup de gens. Moïse intercéda pour le peuple et Dieu répondit : “ Fabrique-toi un serpent de bronze et place-le sur un poteau. Celui qui sera mordu le regardera et sera sauvé ". Nous constatons à nouveau que ce serpent de bronze était bien une image fabriquée par les mains de l'homme mais non pas pour être adorée ; c'était un “ signe religieux " afin d'invoquer Dieu avec foi.

Il y a encore dans la Bible d'autres textes qui nous font voir comment, dans le temple de Jérusalem, il y avait plusieurs images ou sculptures qui ne sont pas défendues, encore moins considérées comme des idoles. Le psaume 74, 3-5 dit : “ L’ennemi a tout saccagé dans le sanctuaire. Ils ont abattu les portes, martelé les statues, ils ont mis le feu à ton sanctuaire... ". Cela montre que dans le temple de Jérusalem il y avait sûrement des sculptures ou des images.

Ces indications de la Bible sont suffisantes pour affirmer que celle-ci défend clairement les images en tant qu'idoles ou faux dieux mais elle n’a jamais défendu les images ou sculptures en tant qu’ornements ou signes religieux. Personne ne peut donc nous déranger parce que nous avons une image religieuse à l'église ou à la maison. Le faire, c’est de l’ignorance biblique ou de la mauvaise foi.

3. Les images dans notre vie quotidienne

Dans l'actualité, nous rencontrons des images partout. Dans nos maisons, nous avons des portraits qui représentent l’image de telle ou telle personne. Sur ma veilleuse, par exemple, j’ai une photo de mon père qui est déjà décédé et en la contemplant, je me souviens de lui. Je peux même placer une photo dans un lieu décoré et l'orner avec une fleur et une bougie. Si quelqu’un, me rendant visite me dit : “ Ce n'est pas joli ”, c'est sûr que je me sentirai très offensé. Nous avons aussi des tableaux et des images dans nos églises et nos chapelles représentant des personnes religieuses comme Marie, la mère de Jésus ou tel ou tel saint. Et aucun d’entre nous ne va penser que ces images sont des idoles ou des faux dieux. Ces images nous font simplement penser à Jésus ou à un saint qui est en présence de Dieu et nous aident à penser à la beauté de Dieu.

L'Église accepte le respect et la vénération de ces images dans nos églises mais elle n'a jamais enseigné l’adoration des images. Parfois, des frères d'autres Églises disent que nous “ adorons " les images. Ce n’est pas du tout vrai ! Je sais que le corps sculpté ou dessiné n'est pas exactement celui de Jésus par exemple, mais il peut m'aider à penser à lui. Je ne me prosterne pas devant un morceau de papier, ni devant le bois ou la pierre de la statue, mais j’adore Jésus lui-même à qui cette image me renvoie. Ainsi, la représentation m’aide à élever mon esprit vers lui.

C'est donc clair que nous ne pouvons jamais rendre à une image un culte d'adoration, nous ne pouvons pas nous mettre à genoux pour adorer l’image, mais nous pouvons nous agenouiller pour demander pardon pour nos péchés ou pour supplier tel ou tel saint d’intercéder pour nous devant Dieu.

Cependant, certains chrétiens qui attribuent à telle ou telle image un pou voir magique ou qui accordent aux images une importance exagérée doivent s'interroger sérieusement sur leurs attitudes, qui ressemblent à de l'idolâtrie... Dieu peut agir par l'intercession des saints, mais c'est seulement Lui qui fait des miracles ou donne la grâce.

Martin Luther, le fondateur du protestantisme, n'a jamais refusé les images ; au contraire il disait que “ les images sont l'évangile des pauvres ". Qui d’entre nous n'aime pas contempler un beau tableau ou une belle image ? Souvent, en regardant un tableau ou une image, nous entrons plus facilement en prière et en contact avec Dieu. Qui peut nier la beauté de la “ Pietà " de Michel Ange ? Il faudrait la détruire car elle va contre la Bible ? Ne faisons pas dire à la Bible ce qu'elle n'a jamais dit.

Il y a lieu de rappeler ici que Dieu s'est rendu visible en Jésus, vrai homme, et que nos ancêtres dans la foi étaient des humains, des êtres visibles.

4. Les idoles ou faux dieux de notre temps

Les idoles ou faux dieux du monde actuel ne se trouvent pas dans les temples, mais ce sont des pouvoirs qui maîtrisent l'homme dans son cœur. Ce sont des tendances, des désirs qui détruisent les bonnes relations avec le prochain et avec Dieu.

Pensons par exemple au faux dieu qu'est “ le pouvoir de domination " qui écrase la liberté et trompe des peuples entiers ; le faux dieu “ pouvoir ", nous l'avons vu récemment dans plusieurs pays d'Afrique provoquer des guerres, des génocides, des tueries de gens innocents. C'est une idole moderne qui règne dans notre monde.

Pensons également au faux dieu argent qui peut dominer notre cœur. Il semblerait qu'au nom de ce faux dieu argent tout soit permis : vols, escroqueries mensonges, corruption, trafic de drogues, etc. (cf. Mt 6, 24).

Pensons au faux dieu “ sexe désorienté ”, au faux dieu qui détruit l'union familiale, qui trompe l'homme et la femme en détruisant le véritable amour au faux dieu qui laisse les enfants désemparés…

Le lieu où ces faux dieux installent leur trône, c’est notre cœur. C’est l'esprit du mal qui veut chasser Dieu de notre cœur. Sans nous en rendre compte, nous nous soumettons au pouvoir de ces faux dieux, nous les adorons (au sens figuré : nous les considérons comme un absolu, auquel nous nous soumettons) au lieu d'adorer le seul et véritable Dieu-amour.

Ainsi donc, ne cherchons plus les idoles dans les choses de bois ou de plâtre, dans des images ou des tableaux. Cherchons-les plutôt dans nos cœurs. Si Moïse revenait maintenant, il ne parlerait plus tellement des images mais il crierait : “ Ne vous faites pas de faux dieux dans vos cœurs, détruisez tous vos vices ". Une idée très importante pour terminer ce thème : dans l'Ancien Testament, Dieu ne pouvait pas être représenté parce que le Verbe ne s'était pas encore incarné. Mais dans le Nouveau Testament, il y a eu un événement clé : l'Incarnation du Verbe de Dieu. Le Fils de Dieu s'est fait homme (Ph 2, 6-7) : il a eu un visage d’homme, un corps d'homme, des mains d'homme. Et si Dieu lui-même s'est fait homme, il y a deux mille ans, et nous a demandé de garder sa mémoire, c'est qu'il veut que nous le représentions ainsi comme un homme, pour rappeler que “ le Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous ”. Ne restons donc pas figés à l’Ancien Testament !

Pour réfléchir

1. Qu’est-ce que la Bible interdit par rapport aux images ?

2. Interdit-elle les images des faux dieux ?

3. Interdit-elle les images en tant qu’objets d’ornement ou de vénération ?

4. Qu’est-ce que Dieu ordonna à Moise de construire ?

5. Quelles sont les idoles d’aujourd’hui ?

6. Comment Moise réagirait-il aujourd’hui face aux idoles modernes ?

Père Carlos Orduna Diez
Clerc de Saint Viateur
1999

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