Jésus dit qu’il faut toujours prier (Luc 18, 1 et 7). « Veillez et priez à tout moment pour avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver » (Luc 21,36).

« En tout temps, par la prière et la supplication accompagnée d’action de grâce, faites connaître à Dieu vos demandes » (Phil 4,6)

Un Père ancien insiste : « Que personne ne pense que les prêtres et les moines doivent prier sans cesse et non les laïcs. Tous les chrétiens sans exception doivent de même constamment prier » (St Grégoire Palamas). Et un autre Père : « Le temps qui n'est pas donné à l'oraison est du temps perdu ».

Comment est-ce possible ? Va-t-on rester toute la journée dans sa chambre ou à l’église ? Non évidemment.

Voici quelques moyens

1) Quand le travail ne demande pas une attention trop grande, on peut le faire tout en priant. « En accomplissant mon travail manuel, je prie sans interruption. Je m’assois avec Dieu, tissant des cordes avec des joncs. Je dis : « Aie pitié de moi, Dieu selon ta grande miséricorde, et selon la multitude de tes compassions retire mon péché » (Abba Lucius).

2) Certains travaux qui demandent une attention soutenue ne se prêtent pas à une prière continue. Dans ce cas, on peut quand même, de temps en temps, s’arrêter et adresser à Dieu une courte prière, sous forme de clin d’œil : Seigneur, je fais cela pour toi … Je t’aime …

Dès qu’on a un instant de répit, même au milieu d’un travail pour le Seigneur – par exemple si on prépare une homélie – il est bon de prendre un moment très court, ne serait-ce que quelques secondes. « Mon Dieu, c’est pour toi que je fais ceci. Jésus, aide-moi ». Un acte d’amour donne valeur à nos travaux.

De même, faire une courte pause quand on change d’occupation ou de lieu est une bonne habitude. Un signe, une image, une parole écrite sur la table ou au mur peuvent constituer un rappel.

On peut appeler ça des invocations, des élévations ou des flashes. C’est possible même au milieu d’une lecture spirituelle. Pourquoi ne pas s’interrompre pour dire au Seigneur que c’est pour lui que l’on est là.

« On dit que les moines Égypte font des prières fréquentes, mais très courtes et comme lancées à la dérobée, pour éviter que se détende et se dissipe, en se prolongeant trop, cette attention vigilante et soutenue, si nécessaire à l’homme qui prie » (Saint Augustin).

On peut s’habituer ainsi à faire, de plus en plus souvent, des aspirations lancées comme des flèches à tout moment : en commençant le travail, dans le bus, en voyant quelqu’un qui porte un fardeau… Ou encore quand arrive un événement imprévu, une visite, une surprise agréable ou triste, une parole qui blesse ou qui réjouit. Dès que cela me touche, je dis un mot au Seigneur : Je te bénis, je te remercie, même dans la souffrance. Connaître par cœur des versets de psaumes peut être utile. On peut aussi répéter un petit refrain.

Aussitôt que j’ai un moment plus calme, grâce à ce merveilleux portable qu’est l’oraison, je peux entrer en communication avec le Seigneur.

3) Nos frères juifs récitent de nombreuses bénédictions pour la journée. Au lever : Béni soit celui qui redresse les courbés. Pour le repas : Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes (c’est l’origine de notre bénédicité). Pour le coucher etc…

En toute circonstance on peut rendre grâce. Par exemple pour toutes les machines, tous ces travaux, toutes ces inventions des hommes : ce sont des dons de Dieu qui a fait l’intelligence et la force des travailleurs.

4) La prière de Jésus

Les moines d’orient ont coutume de répéter « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, Sauveur, prends pitié de moi, pécheur » des centaines de fois par jour. A la fin, cette prière devient habituelle, même lorsqu’ils sont occupés à une tâche quelconque.

D’autres, en simplifiant cette prière, répètent simplement Jésus, le nom de celui qu’ils aiment.

5) Saint Ignace propose de prendre un petit temps en fin de matinée et le soir pour relire notre vie et rendre grâce. On peut essayer de s’y habituer.

Ainsi, par ces différents moyens, prier sans cesse devient un peu plus vrai. Et en réponse Dieu donne parfois la grâce d’une sorte de présence continuelle à lui-même.

Voilà ce qu’écrit Saint Jean Eudes – en parlant de lui-même : « Je connais un prêtre qui en est venu, en prenant ses repas, à faire presque autant d’actes d’amour de Dieu qu’il prend de morceaux dans sa bouche, et cela sans fatigue d’esprit et avec une telle facilité et douceur que cela ne l’empêche pas de parler et de se recréer avec le prochain ».

Demander la grâce de « prier sans cesse »

D’une manière générale, la première condition, si l’on veut « prier sans cesse » consiste à cultiver le silence. Quand trop de radio ou de télévision nous envahit, la vie intérieure est impossible.

De plus, il faut croire que le Saint-Esprit prie sans cesse en moi. C’est lui qui me donne de prier avec lui, de plus en plus. Il faut faire souvent appel à lui.

Si on ne peut pas interrompre son travail, on peut du moins travailler avec amour. L’amour est le secret de la prière : « Je veux faire ce travail pour toi, avec toi ». « Celui qui est uni au Seigneur est un seul esprit avec lui » (1 Cor 6, 17). Faire tout à cause de lui, rien en dehors de lui.

Le travail est demandé par Dieu. Travailler comme Dieu le veut est une autre manière de prier. Arrêter l’oraison ou la lecture pour travailler ou encore pour secourir un pauvre, n’interrompt pas l’union à Dieu : c’est quitter Dieu pour Dieu.

La prière dépend de l’intensité de notre amour. Si nous avons un fort désir du Seigneur, son souvenir va nous revenir à tout moment : devant un beau paysage, en rencontrant quelqu’un, en faisant notre travail. Le désir vient surtout de nous grâce à l’Esprit Saint bien sûr. La pensée consciente de Dieu vient du Seigneur ; c’est un don, une grâce de sa part. Cette grâce, on peut, on doit la demander : Seigneur, apprends-moi à prier tout le temps.

L’union à Dieu, fruit de l’oraison

Mais la première condition pour arriver à « prier sans cesse » comme le demande Jésus, consiste à lui consacrer chaque jour des temps réguliers d’oraison. Prier au long de la journée est plus facile quand on s’est réservé le matin un temps uniquement pour Dieu dans l’oraison. On n’y arrive pas d’un seul coup, mais par étapes. C’est un long chemin. Il faut commencer petitement. Au fil des années, on donne plus de temps à la prière.

Ceux qui le peuvent, et en sentent le désir, essaient de faire oraison le matin et le soir. En plus, pour les prêtres et pour ceux qui participent à la messe, il est important de prendre un moment avant la communion et un autre après.

« Les vrais contemplatifs font trois heures d’oraison par jour », disait un grand spirituel (Jean de Saint-Samson). Ce conseil d’un ancien ne s’adresse pas à des débutants mais à ceux qui ont déjà une très longue pratique de l’oraison. De plus, il doit correspondre à un appel intérieur de l’Esprit. C’est une vocation.

La vie d’oraison est possible même pour des personnes qui ont une profession et une famille. Pour cela, il faut s’adapter aux circonstances. Il y a des jours où il est impossible de prier longuement.

Ceux qui ont des insomnies fréquentes prient volontiers la nuit. Ils considèrent ce temps comme une grâce (Ps 63,7 ; 77,3 et 7 ; 119, 62).

En conclusion, l’expérience montre que, quand nous donnons du temps à Dieu, Dieu nous rend ce temps.

Ceux qui ont une véritable vie d’oraison font autant de travail que les autres, et même davantage. Le Pape Jean-Paul II en était la preuve et l’exemple vivant. Il priait tout le temps. Cela ne l’empêchait pas d’avoir, malgré son âge, une activité débordante.

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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