Le Seigneur veut des œuvres (Ste Thérèse d’Avila)

Jésus a travaillé de ses mains comme charpentier. Il a supporté la fatigue des voyages (Jean 4,6). Il a guéri les malades, annoncé la Parole. On le voit pressé par la foule (Luc 8, 45). Il n’a pas le temps de manger.

Il parle avec tous. Il n’a pas peur de fréquenter les pécheurs, les pauvres et les petits. La mission est urgente : « Partons ailleurs ; c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Marc 1,38). « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 4,34).

Il insiste sur la nécessité de mettre en pratique les enseignements reçus. « Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père » (Mat 7, 21). « L’arbre bon produit de bons fruits » (Mat 7, 17). Il démasque les hypocrites : « Ils disent et ils ne font pas » (Mat 23, 3). « N’aimons pas de parole et en langue, mais en acte et en vérité » (Jean 3, 18; Jacques 2, 14-16).

L’action est le signe que la prière est vraie. Un disciple de Jésus ne peut pas se contenter de bonnes intentions ; il doit être capable d’affirmer la vérité. Dans certains cas, cela entraîne des risques. Monseigneur Romero, évêque au Salvador, est mort pour avoir défendu des populations opprimées.

Prier ne nous dispense pas d’agir. La prière vraie est aussi un engagement à soutenir ceux qui sont dans le besoin. Prier suppose que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour aider nos frères et mettre la paix et la joie autour de nous.

« Personne ne peut séparer prière et action, lutte et contemplation, l’une jaillissant de l’autre. Le Ressuscité t’accompagne partout non seulement à l’église, mais aussi dans la rue, au travail » (Frère Roger de Taizé).

« Le combat pour la justice est une dimension essentielle de la prédication de l’Évangile » (Synode des évêques d’Afrique 1971). Attention à ne pas se contenter de former « une gentille assemblée centrée autour de l’autel » (Jean-Marc Ela, Le cri de l’homme africain).

« Le monde aujourd'hui accorde plus de foi aux témoins qu'aux enseignants, à l'expérience qu'aux enseignements, à la vie et aux actions qu'aux théories »(Jean Paul II, La Mission du Christ Rédempteur).

Comme Jésus, nous partageons les conditions de vie des autres hommes, même quand les temps sont difficiles. Avec eux nous essayons de construire un monde meilleur.

En Afrique les communautés les plus vivantes à la paroisse sont aussi les plus engagées dans des actions de développement.

En Europe, les nouvelles communautés de prière ont toutes des fondations réparties dans le monde entier, pour aider les populations en difficulté.

Quand il existe des divisions au sein de l’Église – ou des affrontements entre différentes ethnies – les chrétiens essaient d’être des artisans de paix.

Nous devons être des porteurs de lumière et d’espérance, d’abord dans notre famille et notre milieu professionnel. Pour cela Dieu ne nous demande rien d’extraordinaire.

Un coréen, professeur d’université, dit qu’il veille à éviter tout prosélytisme. Mais il prend soin de saluer chaleureusement tout le monde. En fait il constate que plusieurs de ses étudiants ont demandé le baptême.

- « Il y a toujours l’Esprit qui nous pousse, qui nous soutient et qui ne nous lâche pas » (une enseignante à Madagascar).

Mais la première œuvre, c’est se changer soi-même

Quand Sainte Thérèse d’Avila disait à ses sœurs que le Seigneur veut des œuvres, elle ne leur demandait pas de partir évangéliser, mais d’abord d’améliorer leur cœur. Les actes que le Seigneur attend sont d’abord des actes d’amour. La petite Thérèse de l’Enfant Jésus n’a jamais quitté son carmel, pourtant elle est devenue la patronne des missions. Elle désirait ardemment que Jésus soit connu partout ; elle priait pour le monde entier.

Ne nous trompons pas, le premier combat que nous avons à mener doit se passer à l’intérieur de notre cœur, c’est le « combat spirituel ». Nous avons beaucoup de choses à changer en nous avant de prétendre changer les autres.

Mais si nous faisons quelque progrès, notre entourage en bénéficie. Lorsque nous faisons oraison, ceux qui nous voient sentent la présence de Dieu. Dans un milieu familial incroyant, celui qui prie devient un pôle d’attraction. De même dans le lieu de travail. Si nous changeons, le monde changera.

La prière est prioritaire

Notre modèle c’est Jésus. Avant de commencer sa prédication, il se réserve 40 jours de silence, de prière et de jeûne. Souvent, il se lève de bon matin pour prier. Tout le monde le cherche. Pour lui, rencontrer son Père, est prioritaire. Avant de choisir ses apôtres, il passe la nuit entière à prier. « De grandes foules s’assemblaient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans des lieux déserts et là il priait » (Luc 5, 15-16).

Parfois, il interrompt son discours pour s’adresser au Père : « Je te rends grâce ». Jésus pense toujours au Père. Cela apparaît dans la longue prière après la Cène (Jean 17). Il n’entreprend rien que sur l’ordre de son Père et sous l’emprise de l’Esprit. Nous devons essayer de l’imiter.

Jean-Paul II nous avertit, dans sa lettre pour le 3è millénaire : «Que notre programme pastoral soit profondément enraciné dans la contemplation et la prière. (Il faut) résister à la tentation d’activisme. Rappelons-nous à ce sujet le reproche de Jésus à Marthe : « Tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire » (Luc 10, 41-42).

L’échange avec le Seigneur, c’est-à-dire l’oraison, est essentiel. Notre désir de Dieu a besoin d’être ranimé à heures fixes, faute de quoi il s’attiédit. Dans l’oraison on est tout entier au Seigneur. Après, il est plus facile de lui être uni.

L’oraison est plus nécessaire que jamais aujourd’hui. Nous en avons besoin car le travail professionnel est de plus en plus absorbant. Il en est de même pour les activités apostoliques : elles nous appellent de tous les côtés. Dans certains pays les paroisses sont immenses. Où s’arrêter ?

L’important c’est de garder le contact avec Dieu

Dès qu’on a un instant de répit, même au milieu d’un travail pour le Seigneur –par exemple si on prépare une homélie– il est bon de prendre un moment très court, ne serait-ce que quelques secondes.

« Mon Dieu, c’est pour toi que je fais ceci. Jésus, aide-moi ». Un acte d’amour donne valeur à nos travaux.

De même, faire une courte pause quand on change d’occupation est une bonne habitude. Un signe, une image, une parole écrite sur la table ou au mur peuvent constituer un rappel.

Mais prier ainsi au long de la journée est plus facile quand on s’est réservé le matin un temps uniquement pour Dieu dans l’oraison.

Réfléchir et prier avant d’agir

La prière nous rappelle que l’essentiel ne consiste pas à faire le maximum de choses, mais seulement celles que Dieu demande. Il s’agit donc de garder le cœur libre. Ne pas s’empêtrer dans des actions trop envahissantes pour la seule raison qu’elles nous plaisent ou quelles nous semblent souhaitables.

Par exemple, Il y a des prêtres qui entreprennent, sans réfléchir suffisamment, des constructions très importantes. Supposons qu’ils ont décidé de bâtir une église. Ils pensent que cela attirera des gens vers la religion chrétienne. Les voilà donc partis dans ce grand projet. Comme il faut beaucoup d’argent, ils vont en chercher partout, parfois à l’étranger. Après, la construction absorbe toutes leurs forces. La vie paroissiale en souffre. Ne parlons plus d’oraison : ils n’en n’ont pas le temps. Est-ce que cela était absolument nécessaire ? N’est-ce pas plutôt la tâche des laïcs ?

En soi l’idée n’est pas mauvaise. Cependant, avant de commencer, ont-ils suffisamment demandé à Dieu sa lumière ? La conversion est d’abord une affaire intérieure.

D’autres prêtres, issus de milieux défavorisés, désirent aider leur famille. Alors ils se lancent dans des opérations financières plus ou moins hasardeuses : location de maisons ou de bars, etc… Ou encore ils créent une école, un collège et y passent tout leur temps.

Dans ces différents cas, avant de décider, il est important de prier et de réfléchir : Qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Ensuite il faut demander l’avis de conseillers paroissiaux, et peut-être aussi de l’autorité. Chaque chantier nouveau demande un discernement et une décision prise en commun.

Plus on agit, plus on doit prier

Le but de l’action n’est pas l’action, c’est Dieu. Si on agit par soi-même, on devient possesseur de son action ; on ne donne que soi-même. En réalité, c’est Dieu qui fait tout. Je m’agite, je réalise beaucoup de choses. Est-ce que je fais cela pour Jésus ? Est-ce que je suis persuadé que c’est Jésus qui agit en moi ?

« Notre mission n’est pas seulement de donner des médicaments, mais de donner Dieu aux pauvres. Nous avons besoin de silence pour toucher les âmes. Tous nos mots sont inutiles s’ils ne viennent pas de l’intérieur… Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous disons, c’est ce que Dieu nous dit et ce qu’il dit à travers nous » (Mère Teresa).

« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, produira beaucoup de fruit » (Jean 15, 5)

« S’il me manque l’amour, je ne suis rien » (1Cor 13,2).

« Seul l’amour est crédible » (Jean-Paul II)

Plus tu cours, plus tu as besoin de respirer, sinon tu étouffes. Plus on agit, plus on doit prier. La prière est l’oxygène de l’action. Il faut garder l’équilibre, pour se ménager suffisamment de temps avec Dieu. Sans la prière, on risque de perdre de vue l’essentiel et de s’épuiser dans des actions secondaires. L’action sans la prière peut devenir de l’agitation.

Au contraire, prendre du temps pour Dieu permet de réfléchir et de supprimer beaucoup de choses inutiles. Finalement prier, c’est gagner du temps.

Retenons ceci : Un homme efficace qui ne prie pas est un danger public. Inversement, l’homme efficace, c’est celui qui prie.

Les religieux contemplatifs jouent un rôle essentiel dans l’Église. De même les personnes âgées, les malades, les handicapés, à condition d’être de vrais priants.

Agir et prier : il faut les deux.

« La prière pour la paix n’est pas un élément qui vient après l’engagement en faveur de la paix. Au contraire, elle est au cœur de l’édification de la paix. Prier pour la paix, veut dire ouvrir le cœur humain à la puissance de Dieu, là où il n’y a qu’obstacles et division » (Jean Paul II : Message pour la Journée Mondiale de la paix 1er janvier 2002).

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus note sur la dernière page de son carnet : « N’est-ce point dans l’oraison que les saints Paul, Augustin, Jean de la Croix, Thomas d’Aquin, François, Dominique et tant d’autres illustres amis de Dieu, ont puisé cette science divine qui ravit les plus grands génies. Le Tout-Puissant a donné pour point d’appui lui-même et lui seul. Pour levier : l’oraison qui embrase d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde ».

« Il n’y a qu’un chemin pour trouver Dieu, c’est la prière. Si on vous dit autre chose, on vous trompe », affirme Ste Thérèse d’Avila. « Un feu ne peut être allumé que par un objet déjà en feu. Mon contact avec représentants de traditions spirituelles non chrétiennes, particulièrement celles de l'Asie, m'a confirmé dan,s mon point de vue que l'avenir de la Mission dépend en grande partie de la contemplation » (Jean-Paul II - Église en Asie).

Prière ou action ? Je n’ai pas à choisir. Il faut les deux. « Prier et travailler » (Saint Benoît).

Soyons des contemplatifs missionnaires.

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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