« Je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8, 29)

Quand je fais oraison, après la mise en présence de Dieu et après le dialogue avec le Seigneur, il me reste à lui prouver que je l’aime vraiment. Pour cela, je dois me mettre à sa disposition et aligner ma volonté sur la sienne.

En choisissant un peuple parmi les autres, Dieu s’engageait à lui donner une terre et à le protéger. En retour le peuple juif devait observer la Loi contenue dans les cinq premiers livres de la Bible et il y trouvait son bonheur, comme le chante le psaume 119.

Malheureusement Israël sera souvent infidèle à ses engagements. Dieu lui pardonnera, lui annoncera un Messie Sauveur. Jésus sera le parfait Fils de Dieu, celui qui obéit comme jamais Israël n’avait su le faire.

La volonté de son Père sera son unique programme. « Je ne fais rien de moi-même… Je fais toujours ce qui lui plaît » (Jean 8, 28-29), « Obéissant jusqu’à la mort » (Phil. 2, 8), au moment de l’agonie il répète : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mat. 26, 39). Son attitude se résume en deux mots : « Oui, Père » (Mat.11, 25).

A ses disciples de faire de même : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc 8, 21). Il faut « renoncer à tout » (Mat.16, 24), « porter sa croix » (Luc 14, 27), donc participer à la passion de Jésus, pour avoir aussi part à sa résurrection. « Là où je suis, vous serez vous aussi » (Jean 14, 3). « Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi,en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour » (Jean 15, 10).

Vouloir que Dieu soit heureux

Donc toute vie doit être orientée vers le service de Dieu. C’est vrai en particulier pour le temps de l’oraison. On n’est pas là pour goûter quelque chose et nous contenter. Le but de l’oraison est de donner du bonheur à Dieu.

S’il arrive que nous éprouvions une joie, une douceur, tant mieux. Dieu accorde ses dons comme il veut. Mais nous ne faisons pas oraison pour chercher notre avantage. Et si, au contraire, nous ressentons une souffrance, ou un vide, peu importe, nous continuons à prier quand même.

« Occupe-toi de moi, je m’occuperai de toi », dit le Seigneur à Sainte Angèle de Foligno – « Grande est la différence entre celui qui vient au festin pour le festin, et celui qui vient au festin pour le Bien-Aimé », dit un spirituel musulman.

Notre prière sera toujours bonne si nous essayons de faire plaisir au Seigneur. Essayons de lui dire « Oui » et de vouloir de toutes nos forces ce que lui, au fond de nous, il veut.

« Nous devons souhaiter avoir la prière que Dieu nous donne, et non une autre : une prière distraite, une prière de désolation ou une prière heureuse. Nous devons tout prendre comme cela vient. Car notre union à Dieu consiste à faire et à accepter sa volonté, moment par moment, tout au long de la journée. Rien d'autre importe » Don John Chapman.

Être totalement disponible

Après l’oraison, il s’agit de soumettre notre vie à Dieu. Ne pas dire : « Je voudrais ceci ou cela. Mais, comme Saul, le jour de sa conversion : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (Actes 22, 10).

Dieu attend notre démission. Être prêt à recevoir ce qu’il nous donne, à faire ce qu’il veut, à ne pas faire ce qu’il ne veut pas. Saint Ignace appelle cela « l’indifférence » : « De sorte que nous ne cherchions pas plus la santé que la maladie, que nous ne préférions la richesse à la pauvreté, l’honneur au mépris, ni une longue vie à une vie brève ».

Quand un imprévu se présente, je le reçois de la main du Seigneur et je m’adapte. Quand je quitte une occupation qui me plaît pour une autre plus pénible, je l’accepte sans me plaindre.

Quand un travail est fini, je tâche de ne plus y penser. J’offre tout au Seigneur, ce qui a réussi et ce qui a été difficile, en essayant de ne pas me réjouir dans le premier cas ni de m’attrister dans le second. Je dis merci pour tout et je passe à l’occupation suivante sans revenir en arrière. Je veille ainsi à ne pas perdre de temps et à mettre Dieu au centre de ma pensée.

Maria a le sens de l’organisation. Elle aime prévoir les choses à l’avance. Mais depuis qu’elle a créé une communauté de personnes vivant sous le même toit, elle a de nombreux soucis, financiers et autres. « J’ai fait un contrat avec Jésus. Je lui ai demandé de me conduire heure par heure. »

Faire la volonté de Dieu, heure par heure, est un chemin de sainteté pour tous Ainsi l’oraison me convertit. Elle supprime les obstacles, les attachements, les défauts. Elle purifie, elle mène de la mort à la vie. Elle est un moment de vérité face à Dieu.

L’oraison nous aide à dépasser nos soucis et nous donne la paix. Elle permet d’aimer de manière égale tous ceux qui nous entourent. Elle nous évite de commettre beaucoup d’erreurs.

Le Christ s’est fait semblable aux pécheurs et a souffert pour eux. En méditant la Passion, nous participons à ses souffrances et nous sommes vainqueurs du péché en nous et dans les autres. « Quiconque perd sa vie à cause de moi, la sauve » (Mat. 16, 25).

Donc le principal fruit de l’oraison est la transformation de notre volonté, jusqu’à ce qu’elle ne fasse plus qu’un avec celle de Jésus.

A la fin de chaque oraison, je peux me demander : « Aujourd’hui, sur tel point particulier, comment est-ce que je vais changer pour faire ce que Dieu me demande ? »

Choisir vraiment Dieu

Vouloir ce que Dieu veut, c’est très difficile. Jésus est exigeant : « Qui n’est pas avec moi, est contre moi » (Luc 11, 23) ; « Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, il ne peut pas être mon disciple » (Luc 14, 33). Il s’agit en fait de mourir à soi-même et au monde.

En principe nous avons décidé de servir Dieu ; mais dans la réalité nous gardons toujours quelque chose pour nous. Nous sommes divisés. Le choix de Dieu ne se fait pas en une fois. Il est l’affaire de toute une vie.

Saint Ignace avait réuni quelques compagnons, parmi lesquels était François-Xavier, le futur apôtre de l’Inde et du Japon. Xavier, intelligent, hésitait à laisser ses études. Alors Ignace lui rappelait : « Que sert à l’homme de gagner le monde s’il vient à perdre sa propre vie ? » (Matt 16, 26).

L’oraison nous centre sur Jésus, sur Dieu. Elle nous demande de renoncer non seulement aux distractions, mais à nos idées les plus chères, à nos habitudes, à nos attachements, à nos péchés. L’oraison aide à choisir Dieu qui est la seule vraie richesse. Qui a Dieu a tout. Qui n’a pas Dieu n’a rien.

Vouloir ce que Dieu veut est l’aboutissement, le plus beau fruit de l’oraison.

Abbé Yves JAUSIONS
Diocèse de Rennes, FRANCE
Dans : Oraison sans frontières, 2006.

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