Frères et sœurs,

En ce deuxième dimanche de Pâques, l’Église célèbre la fête de la Divine Miséricorde. En ce sanctuaire dédié à la Divine Miséricorde, nous sommes accourus de divers horizons de notre Église Famille diocésaine et surtout de notre paroisse pour célébrer Dieu dont la miséricorde et l’amour prévenant s’étendent d’âge en âge. Aujourd’hui, le Vicariat Saint Paul effectue également son pèlerinage en ce Sanctuaire de la Divine Miséricorde. C’est une démarche de foi et de pénitence que nous souhaitons fructueuse pour la sanctification de tous.

La célébration de ce jour nous offre l’opportunité de clarifier la nature et le statut du Sanctuaire de la Divine Miséricorde aux yeux de tous afin qu’elle soit véritablement un haut lieu de prière, de sanctification, d’évangélisation et non cause de division et de dispersion au cœur de la Paroisse de la Patte-d’oie et de notre Église Famille diocésaine.

I- Le sanctuaire selon la vision de l’Église

Selon le Code de Droit Canonique, on entend par sanctuaire, « une église ou un autre lieu sacré où les fidèles se rendent nombreux en pèlerinage pour un motif particulier de piété avec l’approbation de l’ordinaire du lieu » (Can. 1230). La caractéristique particulière d’un Sanctuaire est donc le « motif particulier de piété » qui attire de nombreux fidèles. Une apparition, des reliques, un miracle, une image ou une dévotion …constituent en général le fondement d’une telle piété et chaque Sanctuaire a son cachet particulier. Le sanctuaire de Yagma est dédié à la Vierge Marie, celle de Buugtenga à Notre Dame de Fatima et Tengandogo à la Divine Miséricorde. Un sanctuaire peut être diocésain, national ou international selon qu’il est respectivement érigé par un évêque, une Conférence Episcopale ou le Saint-Siège (cf. Can. 1231). La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a confirmé la conception des sanctuaires en tant que lieux de pèlerinage, d’exercice de piété populaire, de lieux de célébrations cultuelles principalement par l’administration des sacrements de pénitence, de l’Eucharistie et de l’onction des malades et en tant que lieux d’évangélisation. Les statuts des sanctuaires diocésains, selon le droit de l’Église, sont approuvés par l’Evêque diocésain et doivent déterminés les buts, l’autorité du recteur, la propriété et l’administration des biens. (cf. Can. 1232). L’extrême diversité des situations ou catégories de sanctuaires, exige un encadrement assez souple pour s’adapter aux caractéristiques particulières de chaque sanctuaire. Le caractère obligatoire des statuts des sanctuaires n’impliquent cependant pas que tout sanctuaire soit nécessairement érigé en personne juridique ecclésiastique. Certains sanctuaires appartiennent à une personne physique et juridique.

Ces dispositions de l’Église peuvent aider à comprendre le cas spécifique du Sanctuaire de la Divine Miséricorde de Tengandogo. Ce sanctuaire a été légitiment constitué par l’Archevêque de Ouagadougou à la faveur de l’Année Sainte de la Miséricorde Divine voulue par le Saint Père le Pape François. Ici c’est la spiritualité de la Divine miséricorde symbolisée par l’icône de Jésus Miséricordieux et l’image de Sainte Faustine qui fonde la piété de tous qui accourront dans ce sanctuaire. En ce qui concerne son statut, le sanctuaire appartient pour l’instant à la paroisse Notre Dame des Apôtres de la Patte-d’oie parce que construit grâce aux dons des fidèles de cette paroisse. C’est pourquoi, le décret d’érection précise qu’il est un sanctuaire paroissial à vocation diocésaine. Il est situé au cœur d’une CCB dont on ne peut ignorer l’existence même s’il est appelé à s’ouvrir aux fidèles du diocèse en raison de sa spiritualité propre. En attendant que le comité du sanctuaire détermine de façon concrète les modalités de collaboration entre la CCB et les groupes de la Divine Miséricorde encadrés par le Recteur, voici le programme remanié du sanctuaire, programme ad experimentum jusqu’en septembre 2017 :

- Messes en semaine : 6h00

- Messes dominicales :

7h00 : messe en mooré (CCB);
10h00 : messe en français (Divine Miséricorde).

- Célébrations des sacrements :

Baptêmes : 1er dimanche du mois (après messe de 7h00) ;
Mariages : 1er samedi du mois ;
Confessions : Vendredi (16h00-18h00) ;
Adoration eucharistique hebdomadaire : Vendredi.
Obsèques : cas par cas

- Heure de la Divine Miséricorde : vendredi 15h00

Les activités de la Divine Miséricorde et celles de la CCB s’organiseront en tenant compte de chaque entité ecclésiale. Le curé répond des activités de la CCB et le Recteur de celles relatives à la dévotion à la Divine Miséricorde.

II- Fête de la Divine Miséricorde

La fête de la Divine Miséricorde a été instituée par le Pape Saint Jean-Paul II en l’an 2000, à l’occasion de la canonisation de Sœur Faustine KOWALSKA. Au cours de plusieurs apparitions, Jésus avait dévoilé à cette religieuse polonaise son côté ouvert d’où jaillissaient deux rayons illuminant le monde. Ces deux rayons représentaient les grâces de la Divine Miséricorde qui se déverse sur toute l’humanité. Le terme « miséricorde » vient du latin « miseri » qui signifie misère et « cordia », cœur. C’est dire donc que c’est le « Cœur de Dieu » qui se penche sur la misère de l’homme pour le sauver.

Comme vous le savez, chacun de nous, chaque homme a besoin de la miséricorde de Dieu et de son amour qui seul procure pardon et salut…

Notre monde et notre Afrique en particulier a besoin de la miséricorde de Dieu. Notre monde est confronté à d’énormes maux (défis) : corruption, mal-gouvernance, chômage, égoïsme, épidémies, guerre, terrorisme… non respect de la vie et de la dignité humaine. D’où nous viendra le salut ? Notre secours est dans la Nom du Seigneur ! Notre salut est dans l’Amour Miséricordieux de Dieu.

Aujourd’hui plus que jamais le monde a besoin de la miséricorde divine pour croire au Christ vainqueur du mal, du péché, de la mort. Dans l’Évangile de ce jour (Jn 20,19-31), les disciples reçoivent l’Esprit Saint qui permet de mettre à la disposition de tous, ce qu’a réalisé Jésus dans sa passion, sa mort et sa résurrection.

Avec la résurrection de Jésus, s’ouvrent des temps nouveaux de Dieu pour le monde. Les Apôtres, fortifiés dans la foi, deviennent des messagers, des « envoyés » pour une mission de salut. L’expérience de Thomas symbolise la condition actuelle de tout disciple : la foi est possible sans « voir » ni « toucher ». La foi sans « voir », sans « miracles » ou manifestation extérieure est la seule condition possible maintenant : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Dans la première lecture (Ac 2,42-47), Saint Luc nous décrit la vie des premiers chrétiens ; il peint le tableau de ce que doit être toute communauté chrétienne. Quatre caractéristiques sont soulignées par le texte et devraient inspirer la vie de nos communautés chrétiennes.

- La Parole de Dieu : autour des Apôtres se réunissaient les premiers chrétiens pour approfondir leur foi en écoutant la Parole de Dieu, le témoignage et l’enseignement de ceux qui ont eu le privilège de vivre avec le Christ Ressuscité. Pour nos CCB, nos familles et chaque baptisé, la Parole de Dieu est fondamentale, car « l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance de Jésus-Christ » (Saint Jérôme). Alors « une CCB, une Bible / Un chrétien, une Bible ».

- La Prière : les premiers chrétiens étaient assidus aux prières et fréquentaient le temple, nous confient les Actes des Apôtres (2, 42). La fidélité à la prière individuelle et communautaire constitue un élément important de la vie des fidèles du Christ. Chaque CCB doit avoir son jour, son lieu ou chapelle de prière. Nous encourageons également la prière en famille notamment chaque soir, car la famille est une « église domestique. »

- La fraction du pain, la charité : « tous les croyants vivaient ensemble et ils avaient tout en commun. » A l’instar de ce qu’a fait le Christ au cours du dernier repas, les premiers chrétiens se réunissaient et « rompaient le pain dans les maisons. » Ils parvenaient à mettre tout en commun et partageaient en fonction des besoins de chacun. C’est dire donc que chaque communauté chrétienne en son sein doit s’organiser pour l’aide et le soutien aux pauvres, aux malades, aux démunis. La communauté est par excellence le lieu de la miséricorde, du partage, de la charité.

- L’engagement missionnaire : « chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté, ceux qui allaient être sauvés » (Ac 2,47).

Le témoignage de vie des premiers chrétiens suscitait des conversions. C’est là qu’éclate avec évidence la nécessité de l’engagement missionnaire de tous les baptisés. « L’Église existe pour évangéliser » (E.N, n. 14). C’est un devoir de famille et tout membre de la famille chrétienne, de la CCB, de la paroisse ou du diocèse doit s’engager à travers les différents services, le don de sa personne et de ses biens, mais surtout le témoignage de la vie, une vie conforme à celle du Ressuscité, une vie fidèle à l’Évangile.

Frères et sœurs, au contact de la miséricorde infinie de Dieu, le cœur de l’homme ne peut rester indifférent car la miséricorde de Dieu renouvelle et transforme ceux qui s’ouvrent à lui. Tous ceux qui ont fait l’expérience de la miséricorde de Dieu ont vu toute leur existence transformée : l’Apôtre Thomas, l’Apôtre Paul, Zachée, la femme adultère, l’enfant prodigue…et bien d’autres au cours de l’histoire de l’humanité. En célébrant aujourd’hui, la fête de la miséricorde divine, puissions-nous faire personnellement l’expérience de la miséricorde insondable de Dieu afin qu’il rende nos cœurs semblables au sien, un cœur doux, humble et plein de tendresse et de miséricorde prêt à pardonner les offenses ... Daigne le Seigneur lui-même nous donner la grâce d’imiter au mieux son amour par des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, pour témoigner de lui à la face du monde. Amen !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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