Frères et sœurs,

La grâce et la paix du Christ Ressuscité soient toujours avec vous !

Oui ! En cette nuit très sainte, nous célébrons la fête de Pâques. Aussi les textes bibliques de la liturgie pascale nous invitent-ils à la joie, à l’action de grâce et à l’espérance. « Le Christ, notre Agneau Pascal a été immolé, célébrons donc la fête. Alléluia ! » Mais quelle peut être la raison profonde de notre joie et de notre espérance ? A Pâques, le triomphe de la vie sur la mort et la naissance d’un Peuple nouveau constituent la source de notre joie et de notre espérance et cela, en vertu de la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.

I- Pâques : Victoire de la vie sur la mort

L’Évangile de Saint Mathieu (28,1-10) qui conclue la série des lectures de la Veillée Pascale, rapporte que les femmes – Marie Madeleine et l’autre Marie – se rendirent au sépulcre de grand matin portant des aromates préparées pour embaumer le corps de Jésus. Un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et le tombeau était vide : « soyez sans crainte…vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité. » Les femmes furent remplies de grande joie et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.

Chers frères et sœurs, c’est cela la joie et l’espérance de Pâques. C’est le triomphe de la Vie sur la souffrance et la mort. La mort n’est pas le point final de l’existence humaine. Elle n’a pas et n’aura jamais le dernier mot. « Ô mort, où est ta victoire », s’écriera l’Apôtre Paul. La vie ne finit pas parce que Dieu ne finit pas d’aimer. Christ est ressuscité, il est vivant. Par lui, avec lui, en lui, nous aussi nous ressusciterons pour la vie éternelle. C’est cela qui fonde la joie et l’espérance de Pâques. C’est ce à quoi nous devons croire fermement à la manière de l’Apôtre Jean. Au matin de Pâques, lorsqu’avec Pierre, il courut au tombeau, l’Évangile déclare, en effet, à son sujet : « il vit la pierre roulée, le linceul, le tombeau vide…il vit et il crut. »

Le message de Pâques est un message d’espérance dont nous sommes les bénéficiaires et les témoins, c’est-à-dire des porteurs, à la suite des témoins privilégiés tels les saintes femmes et les Apôtres… Pâques, avons-nous dit, est la célébration de la victoire de la vie sur la souffrance, la mort, le péché. Cela constitue un appel fort, lancé à tous les chrétiens catholiques, unis aux croyants des autres confessions religieuses (musulmans, protestants, adeptes de la religion traditionnelles, ainsi que les hommes de bonne volonté) pour la défense de la vie, de toute vie humaine qui est sacrée et inviolable.

La vie doit être respectée au nom de ce qui fait l’originalité irréductible de la personne humaine et au nom de l’appel à « vivre ensemble » qui caractérise l’espèce humaine.

Dans une perspective chrétienne, l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ; aussi le commandement « tu ne tueras pas » constitue-t-il un impératif fondamental. Le non- respect de la vie humaine est une atteinte de sa source et de son fondement : Dieu lui-même. Nous sommes interpellés à respecter deux exigences fondamentales :

- Accueillir la vie comme un don de Dieu : ce qui implique que l’on ne puisse pas manipuler ou détruire la vie humaine, même dès les premiers instants de sa conception. C’est pourquoi, l’avortement, interruption volontaire de grossesse, est considéré par l’Église comme un acte grave, peccamineux. Voulu et procuré, l’avortement entraine automatiquement une sanction, « l’excommunication », à l’endroit de l’auteur et de tous ceux qui y coopèrent. A la faveur de l’Année de la Miséricorde, le Pape François accorde à tous les prêtres la faculté d’absoudre du péché de l’avortement.

- En outre, le respect de la vie humaine s’impose à n’importe quelle étape de son existence, c’est-à-dire à ses débuts comme à ses derniers instants. Toute vie humaine doit être respectée et aucun motif religieux, social ou politique ne saurait justifier l’euthanasie ou des actes de terrorisme qui tuent d’innocentes victimes. Le Magistère officiel de l’Église - notamment sous le Saint Pape Jean-Paul II - fustige avec raison « la culture de la mort » et le « nouvel impérialisme moral et culturel des pays riches. »

A la lumière de Pâques, les chrétiens doivent s’engager pour le respect de la vie de tout être humain, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle qui s’ouvre sur la vie éternelle en vertu de la résurrection du Christ.

II- Pâques : naissance d’un Peuple Nouveau

Le récit des disciples d’Emmaüs, très déçus par la mort de Jésus, traduit bien l’état d’âme des disciples du Christ après sa mort. « Nous qui espérions que c’était lui qui délivrerait Israël » (Lc 24 ,21), déclarent-ils à propos du Christ. Les évangélistes rapportent bien que les Apôtres du Christ ont démissionné et se sont dispersés au moment de la passion de leur Maître. Selon les Actes des Apôtres, ils étaient tous apeurés et s’enfermaient par peur des juifs. Mais paradoxalement, ils ont été transfigurés par la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ et sont devenus témoins indéfectibles de tout ce qu’ils ont vu et vécu avec leur Maître et ce, parfois au prix de leur vie. Au matin de la Pentecôte, Pierre au milieu des onze, lui qui s’était illustré comme peureux et lâche, osera proclamer devant une grande foule réunie à Jérusalem : « Jésus de Nazareth…vous l’avez tué….mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ; nous en sommes témoins. » Les Apôtres, désormais convaincus de la résurrection du Christ, étaient devenus des hommes nouveaux, préfigurant ainsi la naissance de l’Église, Nouveau Peuple de Dieu, peuple de baptisés animés par la vie et l’Esprit du Ressuscité.

En cette nuit sainte de Pâques, de nombreux catéchumènes de notre Église famille de Dieu, recevront la grâce du baptême à travers les différentes paroisses. Cela constitue pour nous un motif de joie et d’action de grâce au Seigneur. Par le baptême, nos frères et sœurs seront comme nous, plongés dans le bain de la nouvelle naissance en Jésus-Christ, mort et ressuscité et sont appelés à mener « une vie nouvelle ». Le renouvellement de nos promesses baptismales et l’aspersion d’eau nous rappelleront également les exigences de cette vie nouvelle dans le Christ :

- Vivre davantage de la vie de Jésus, de l’Évangile dans la fidélité et l’amour, la réconciliation, la justice et la paix. Notre combat spirituel et nos efforts de pénitence et de conversion durant le carême, nous ont orientés dans ce sens pour aider à combattre nos penchants et à nous enraciner dans une vie nouvelle. Nous devons apprendre à mourir constamment à nous-mêmes et au péché pour rayonner de la vie du Ressuscité.

- Aller au large dans la mission pour être, à l’instar des Apôtres transfigurés, des témoins du Ressuscité dans le quotidien de la vie, en famille, au travail, dans la vie de la cité à travers ses multiples dimensions sociales, politiques, économiques, culturelles... Individuellement et de façon communautaire, il nous faut vivre le témoignage du courage et de l’audace pour, au nom de l’Évangile, ramer à contre- courant de l’esprit de ce monde; ensemble unis en Église famille de Dieu, dans nos familles, nos CCB, nos associations ou mouvements d’action catholique…nous sommes plus forts et efficaces.

Frères et sœurs, l’espérance et la joie de Pâques nous invitent à faire confiance au Christ Ressuscité et adhérer fermement à son message de salut Lui qui est « le chemin la vérité et la vie ». Ainsi donc pour nous chrétiens catholiques, plus de démissions ou de défaillances dans la foi : allons-nous abandonner le Ressuscité de Pâques pour nous tourner vers des idoles et vers des pratiques religieuses et païennes qui assèchent la vie et le cœur ? Certains de nos fidèles quittent ou trahissent Jésus pour adhérer à des groupes ésotériques ou occultes incompatibles avec la foi chrétienne et naturellement incapables de combler le cœur de l’homme et de sauver son âme. Frères et sœurs, demandons la grâce d’une adhésion ferme et d’une fidélité indéfectible au Christ mort et ressuscité. A l’instar de Pierre confessons humblement au Christ : « A qui irions-nous Seigneur, toi seul as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68).

Puisse la célébration de Pâques, être pour tous et chacun aujourd’hui, source d’une vie nouvelle dans le Christ pour qu’en hommes nouveaux, nous vivions toujours unis à Lui qui vit, règne et nous aime pour les siècles des siècles!

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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