Communauté Catholique Mère du Divin Amour

Forum International des Leaders Laïcs

Homélie de la messe d’ouverture

- Excellences,
- Chers Prêtres, Religieux, Religieuses, Catéchistes,
- Chers frères et sœurs,

Que la grâce et la paix de notre Seigneur Jésus le Christ soient toujours avec vous.

Après la cérémonie d’ouverture de cette 8ème édition du Forum International des leaders, nous voici à présent réunis pour la célébration de l’Eucharistie, l’Eucharistie qui est « la source et le sommet de tout culte divin » (SSC, n°5), « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (Lumen gentium, n°11), « la source et le sommet de toute l’évangélisation » (Presbyterorum Ordinis, n°5) et enfin l’Eucharistie qui est « à l’origine de toute forme de sainteté » (Sacramentum Caritatis, n°94). « L’Eucharistie, c’est Jésus, c’est tout Jésus » (Charles de Foucauld). Que le nom du Seigneur du Seigneur soit loué!

1- « Va, par la puissance de ton bras, fais sortir mon peuple de la servitude » (Ex 3,10)

Comme on l’a rappelé tout à l’heure dans la cérémonie d’ouverture, à travers ce thème général du Forum, vous vous êtes réunis pour réfléchir sur l’exigence de faire vôtre la mission que le Seigneur Yahvé assigna autrefois à Moïse vis-à-vis de son Peuple en esclavage au pays d’Égypte : « Fais sortir mon peuple de la servitude ». En d’autres termes, vous voulez réfléchir sur le rôle des fidèles laïcs dans la mission évangélisatrice de l’Église pour y assumer pleinement votre part de responsabilité. La parole de Dieu de ce jour nous y invite à plus d’un titre.

2- Paul, l’exemple d’un homme enflammé par la passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle

La première lecture que nous avons entendue nous donne justement de contempler, aussi bien dans la figure de Paul que dans l’extrait de sa première lettre aux Corinthiens que nous avons entendu, l’exemple d’un homme enflammé par la passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

« Le Christ n’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile ». Dans un semblant d’opposition entre prédication et baptême, l’Apôtre des Nations fait comprendre que sa mission première n’est pas d’abord de baptiser – surtout dans un contexte où l’on était parfois tenté de considérer le baptême comme une fin en soi – sa mission première était de faire retentir dans le cœur et la vie des hommes la Bonne Nouvelle qui conduit alors au baptême assumé dès lors, non pas comme un événement vite relégué au passé, mais comme un style de vie qui marque et reconfigure toute l’existence et dans ses moindres détails.

Cette Bonne Nouvelle, qui accueillie est seule capable de bouleverser l’existence humaine, est cependant l’annonce du paradoxe d’un Dieu qui, parce qu’Il aime l’homme, va jusqu’au don extrême de sa vie sur la Croix pour le sauver. Pour Saint Paul, l’annonce de cette Nouvelle est l’invitation à entrer dans une logique qui éclabousse l’étroitesse de nos sagesses humaines. « L’Écriture dit en effet, écrit Saint Paul, la sagesse des sages, je la mènerai à sa perte et je rejetterai l’intelligence des intelligents ».

Tout entière au service de ce paradoxe et de cette folie, la vie de l’Apôtre des Nations s’est inscrite aussi dans le dynamisme de cette logique d’une existence toute vouée au Seigneur et aux autres. C’est en effet cette folie qui le brûle de l’intérieur et le pousse à se dépenser sans compter, au péril de sa propre vie, pour le salut de ses frères.

L’Évangile propose de nouveau ce paradoxe en nous faisant comprendre que c’est seulement dans une telle vie, dépensée pour les autres, que l’homme fait la provision de cette huile qui ne s’épuisera pas et qui sera nécessaire pour la rencontre avec Dieu.

3- Tout passe, seul l’amour ne passera pas (1Co 13,8)

D’entrée de jeu, la parabole des dix vierges invitées à des noces, autrement dit, en route pour des noces, nous rappelle que l’exode, c’est-à-dire, l’être-en-chemin, est le paradigme fondamental de la vie de tout baptisé.

Toute la vie chrétienne est en effet un exode, un mouvement continuel de l’homme ancien, replié sur lui-même, sur ses conquêtes et sur ses suffisances, vers l’homme nouveau tourné vers Dieu et toujours en chemin vers Lui et ses frères.

Adressée à la communauté des disciples, cette parabole veut les arracher justement à l’illusion qu’il suffirait d’avoir été baptisé, de faire partie de la communauté pour être sauvé. Pour parvenir au Salut, il faut bien plus que le seul fait d’avoir été invité : il faut non seulement prendre sa lampe, mais aussi prévoir cette provision d’huile sans laquelle nous ne serons pas admis à rencontrer l’Époux.

Cette profusion d’huile qui gardera les lampes de nos vies de baptisés allumées, au-delà de la nuit des épreuves qui surviendront sans aucun doute sur notre chemin, c’est l’amour, ce sont les bonnes œuvres. Ne dit-on pas que la chaleur d’une vie dépend du feu qui brûle en elle ? C’est l’amour qui brûle en nous qui fera briller nos vies en bonnes œuvres. C’est l’amour vécu et déployé dans nos engagements concrets de tous les jours qui maintient et attise en nous le feu de la vie que Dieu nous a donnée à notre baptême et qui doit s’épanouir en vie éternelle. Voilà pourquoi Saint Jean nous dit qu’aimer c’est passer de la mort à la vie (1Jn 3,14) car l’amour ne passera jamais (1Co 13,8).

L’huile, c’est l’onction de l’Esprit Saint qui accueilli brûle l’amour de Dieu en nos cœurs. C’est cette présence de l’Esprit qui rend lumineuses les lampes de nos vies, lumineuses de la splendeur du Père dont nous reflétons l’image, lumineuses en bonnes œuvres accomplies pour la gloire de Dieu.

Sans cet amour, nos vies s’éteignent. Le mauvais exemple des vierges folles est la métaphore d’une vie vécue comme si elle s’épuisait dans l’instant, une vie vécue sans pré-vision et donc sans provision.

4- Un appel à l’engagement

Chers frères et sœurs, lorsque la parole de Dieu nous parle du futur, de la fin des temps, de l’au-delà, c’est toujours pour nous responsabiliser par rapport au présent, à l’aujourd’hui. Notre salut dépend de ce que nous faisons de l’aujourd’hui. Le futur est dans le présent, c’est-à-dire, dans nos mains. Et la Parole de Dieu nous rappelle dans cette eucharistie que c’est dans une vie tournée vers Dieu et donnée aux autres que nous amassons pour le futur l’avenir.

Chers frères et sœurs, en cette Année de la Miséricorde, le Saint-Père nous invite avec insistance à faire de nos vies, et pour les autres, le lieu concret de l’expérience de la sollicitude de ce Dieu qui nous aime jusqu’au don suprême de sa vie. « Va, par la puissance de ton bras, fais sortir mon peuple de la servitude ». Autrefois c’était Moïse et les Prophètes. Hier c’était encore les Apôtres et cette nuée de saints qui bouleversé l’histoire par le don de leur vie. Aujourd’hui, c’est par vos mains, par vos yeux, par toute votre vie que Dieu veut dire sa proximité et sa miséricorde aux hommes de notre temps.

La miséricorde est l’amour qui se déploie devant les situations concrètes de la misère et de la fragilité des autres. Aussi est-ce dans votre vie familiale et votre vie professionnelle de tous les jours et de tous les instants que l’Époux ne cesse de venir à votre rencontre pour fêter les noces de la communion avec Lui.

À la prière de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Divin Amour, Femme du oui jamais repris, que la célébration de cette Eucharistie vienne rallumer en nous le feu de cet amour qui fera briller nos vies pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.

+ Philippe Cardinal OUÉDRAOGO
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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