La spécificité des victimes

Il s’agit là, d’une description sommaire de catégories de personnes souvent victimes de pressions et/ou de harcèlement dans les milieux professionnels. Les numéros ne correspondent à aucun ordre, ni croissant, ni décroissant ; l’objectif est de donner en même temps le motif ou le mobile des harceleurs, selon le profil de la personne harcelée.

1. Les personnes atypiques

Il s’agit de personnes qui n’ont rien de particulier, sinon le fait d’avoir l’une ou l’autre qualité qui fait différence avec celle de son milieu professionnel : élégance naturelle, beauté, spontanéité, relation facile, etc.

2. Les personnes trop compétentes ou qui prennent trop de place

« L’incompétence est une menace pour soi-même, la compétence une menace pour les autres ». De par leur personnalité, certaines personnes risquent de faire l’ombre à un supérieur ou à un collègue. La tentation est de les rabaisser ou de les éloigner, objectif général du harcèlement moral.

3. Ceux qui résistent au formatage

Ce sont les personnes qui refusent de rentrer dans le moule, les trop honnêtes, les incorruptibles. On les harcèle avec le reproche d’être trop idéaliste, avec l’intention de leur faire perdre leur identité pour devenir comme les autres.

4. Ceux qui ont fait la mauvaise alliance ou qui n’ont pas le bon réseau

Le harcèlement moral est une pathologie de la solitude ; ainsi on cherche à désolidariser ceux qui ont des alliés et/ou à attaquer ceux qui sont du mauvais coté (rivalité de groupe).

5. Les employés protégés

Ceux qui sont protégés par la loi ou les organisations syndicales sont les cibles des responsables (conditions de travail, atteintes personnelles), tandis que ceux qui sont protégés par la hiérarchie sont les cibles des collègues (harcèlement horizontal).

6. Les personnes moins performantes

Ces personnes font l’objet de harcèlement mixte (vertical et horizontal), pour besoin de restriction numérique ou compression du personnel, car elles nuisent à la performance collective.

7. La victime innocente

De nombreuses situations de harcèlement évoquent la pratique du bouc émissaire, où un collectif humain fait retomber les torts su un individu physique ou moral innocent. Selon René Girard, l’acte fondamental des sociétés primitives est de désigner une victime, un bouc émissaire, et de cultiver l’illusion de sa culpabilité, afin de permettre d’évacuer toutes sortes de tensions collectives. Il s’agit d’une véritable entreprise de pacification par l’intermédiaire d’une personne qui, lorsqu’on réunit contre elle tout le groupe, produit de façon mimétique un apaisement, voire une réconciliation.

Le bouc émissaire a pour origine un rituel sacré de type sacrificiel, dont l’exemple le plus connu est décrit dans le Lévitique. Le jour de la fête des expiations, le prêtre pose les mains sur un bac afin de le charger de tous les péchés d’Israël. Ce bouc est ensuite chassé dans le désert, à destination du démon Azazel, emportant avec lui toutes les difficultés de la communauté.

Il est des situations professionnelles où la colère que l’on éprouve, individuellement ou en groupe, contre quelqu’un ne pas s’exprimer ; elle est alors transférée sur une victime prise apparemment au hasard. Par exemple, quand deux groupes s’affrontent et que l’enjeu est trop important, la violence peut être détournée sur une personne dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle n’y est pour rien. Cependant, on s’accorde aussi à trouver qu’il est juste de se décharger sur elle.

8. Les personnes trop scrupuleuses

Là le point de départ du harcèlement est souvent un conflit de valeurs. Il suffit qu’une personne trop scrupuleuse, ayant un sens éthique très développé, trop honnête par rapport au groupe, ne cautionne pas les agissements du groupe pour qu’on veuille se débarrasser d’elle.

9. Les personnes très investies dans leur travail

Les employés harcelés sont souvent également très investis dans leur travail. Ils ont une vision idéalisée du travail. Ils ne veulent pas seulement être productifs, mais aussi donner un sens à leur activité. Une telle attitude gêne, dérange, car de par soi, elle juge les autres sur la qualité de leur engagement. Il vaut mieux s’en débarrasser.

10. Les sensitifs

Il s’agit d’une fragilité caractérielle. Un sensitif est une personne sensible aux fautes éthiques. Elle n’accepte pas les imperfections des choses et encore moins celles des relations, et ne passe sur rien. Pour elle, les rumeurs, les « ont dit » ont de l’importance. Elle ressent les humiliations plus que les autres. Par là même, elle présente un terrain d’hypersensibilité et de frustration propice au harcèlement.

En résumé, les harceleurs savent que pour déstabiliser l’autre, il suffit de :

- Se moquer de ses convictions, de ses choix politiques, de ses goûts

- Ne plus lui adresser la parole

- Le ridiculiser en public

- Le dénigrer devant les autres

- Le priver de toute possibilité de s’exprimer

- Se gausser de ses points faibles

- Faire des allusions désobligeantes, sans jamais les expliciter

- Mettre en doute ses capacités de jugement et de décisions.

 

Abbé Robert ILBOUDO,
Archidiocèse de Ouagadougou

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