Introduction

L’insémination artificielle consiste en un prélèvement et en un dépôt de sperme dans les voies génitales féminines, précisément dans le col utérin, le plus souvent, (mais d’autres localisations sont possibles et même souhaitées selon les cas) ; de là les spermatozoïdes remontent dans la cavité utérine, puis dans le tiers externe de l’une des trompes où aura lieu la fécondation d’un ovule, de façon tout à fait naturelle.

L’insémination peut se faire avec le sperme du partenaire habituel, le mari (insémination homologue) ou avec le sperme d’un donneur extraconjugal (insémination hétérologue) ; dans ce dernier cas, on a recours à des banques de sperme, approvisionnées par des étudiants en médecine, des agents de santé paramédicaux, des donneurs de sang, des volontaires de tous genres (sportifs, chercheurs, etc.)

Elle est indiquée dans les cas de stérilité masculine, de stérilité féminine et dans les cas de stérilité idiopathique du couple.

Tableau 1 : Les différents types d’Insémination Artificielle

INSEMINATION ARTIFICIELLE

HOMOLOGUE

TECHNIQUE D’INSEMINATION

HETEROLOGUE

ORDINAIRE

POST MORTEM

A DISTANCE

INTRA UTERINE

HETERO-SEXUELS

HOMO-SEXUELS

SINGLE

INTRA CERVICALE

INTRA TUBAIRE

INTRA PERITONEALE

INTRA VAGINALE

1 – L’EVALUATION ETHIQUE DE L’INSEMINATION ARTIFICIELLE

L’évaluation éthique tient compte du but visé (objectif/intention), mais aussi des méthodes employées pour l’atteindre. Aussi, est-il opportun de passer en revue les principales indications de l’insémination artificielle, puis les techniques de prélèvement du sperme, avant d’aborder le dépôt des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines. Cela permettra de comprendre aisément l’évaluation éthique qui interviendra en conclusion.

1.1 – Les Indications de l’Insémination Artificielle Homologue

a) La Stérilité Féminine : elle est représentée par le vaginisme d’origine psychologique ou organique, les malformations et les pathologies inflammatoires du vagin, du col utérin et de l’utérus.

b) La Stérilité Masculine : elle est représentée par l’impotentia coeundi d’origine psychologique ou organique, l’éjaculation rétrograde, l’hypospadie, l’oligosthénospermie, l’azoospermie.

c) La Stérilité du couple : elle est représentée principalement par la production d’anticorps de la femme contre les spermatozoïdes du mari.

d) La présélection du sexe de l’enfant, dans le but de prévenir des pathologies liées au sexe, comme l’hémophilie.

1.2 – Les indications de l’Insémination Artificielle Hétérologue

a) La Stérilité Masculine : dans les cas de azoospermie, d’oligospermie, d’oligosthénospermie.

b) La prévention d’infections comme l’Hépatite, le SIDA

c) En post-mortem : le cas d’eugénisme

Tableau 2 : Les indications de l’Insémination Artificielle Homologue

STERILITE FEMININE

a) Vaginisme

b) Malformation du vagin

c) Malformation de l’utérus

d) Maladies Inflammatoires du vagin

e) Maladies Inflammatoires du col de l’utérus

f) Mucus cervical anormal

STERILITE MASCULINE

a) Impotentia coeundi

b) Ejaculation rétrograde

c) Hypospadie

d) Oligosthénospermie

e) Motilité diminuée

STERILITE DU COUPLE

- Production d’Ac. Anti-spermatozoïdes

PRESELECTION DU SEXE

- Hémophilie

Tableau 3 : Les indications de l’Insémination Artificielle Hétérologue

STERILITE MASCULINE

a) Azoospermie

b) Oligospermie

c) Oligosthénospermie

PREVENTION D’INFECTION

a) Hépatite B

b) HIV

POST MORTEM

a) Eugénisme

1.3 – Les techniques du prélèvement du sperme

Elles sont essentiellement trois (3) selon le lien avec le rapport sexuel :

A. Le prélèvement péricoïtal :

1. Coït interruptus, avec prélèvement immédiatement après, dans un tube stérile

2. Coït condomé, avec le préservatif qui recueille le sperme

3. Coït avec condom perforé, permettant de filtrer le sperme

B. Après le rapport sexuel :

1. Prélèvement du sperme du fond vaginal

2. Prélèvement du sperme résiduel dans l’urètre masculin

3. Prélèvement intra vésical du sperme, dans le cas d’éjaculation rétrograde, avec l’urine précédemment traitée, puis séparation ou filtration pour recueillir le sperme voulu.

C. En dehors du rapport sexuel :

1. La masturbation

2. Le prélèvement intra urétral

3. l’Electro-éjaculation

4. Prélèvement par compression de la prostate et des vésicules spermatiques.

5. Prélèvement par technique MESA (Microsurgical Epididimal Sperm Aspiration)

6. Prélèvement par la technique de la biopsie testiculaire

L’insémination proprement dite sera effectuée par dépôt des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines, en de sites différents selon la cause de la stérilité du couple, par exemple :

- Intra vaginal, dans le cas d’une « impotentia coeundi »

- Intra cervical dans le cas d’une obstruction de l’isthme de l’utérus

- Intra péritonéal, dans le cas d’une oligosthénospermie grave.

- Etc.

Les probabilités de succès, selon les statistiques générales, sont de 20 à 25% pour l’insémination artificielle homologue et 10 à 20% pour l’insémination artificielle hétérologue.

1.4 – L’Evaluation Ethique

L’Eglise Catholique a suivi avec attention l’évolution des techniques de reproduction humaine, et ce, depuis toujours, particulièrement depuis le XIXème siècle. La première intervention du Magistère remonte en effet au 24/03/1897, date à laquelle la Congrégation pour la Doctrine de la Foi affirmait, sans ambages, que l’insémination artificielle « n’est pas licite ». Les raisons de cette position sont essentiellement deux :

- La façon de prélever le sperme, la masturbation, n’est pas moralement acceptable ;

- La fécondation s’effectue en dehors du rapport conjugal, seul acte établi par le droit naturel pour l’utilisation des cellules germinales.

Pour certains théologiens, la fécondation artificielle avec le sperme du mari, prélevé de façon licite (sans masturbation), est vue comme une pratique acceptable. Dans l’insémination artificielle homologue, il n’y a pas cette rupture du lien nuptial qui constitue l’élément le plus négatif sur le plan moral.

Un discours de Pie XII, en date du 19/10/51, semblait contredire cette orientation favorable à l’insémination artificielle homologue. C’est, dit-il, « seulement l’acte de procréation d’une nouvelle vie, réalisé selon la volonté et le plan du Créateur, qui porte à un merveilleux niveau de perfection, la poursuite des fins désirées (à travers cet acte). Celui-ci est simultanément en harmonie avec la dignité des deux époux dans leur nature corporelle et spirituelle, et avec le développement heureux et normal de l’enfant ».

Par la suite, le Pape est revenu sur le thème, avec plus de précisions : « Réduire la cohabitation des époux ainsi que les actes conjugaux à des fonctions purement organiques de transmission des semences de la vie serait convertir le sanctuaire de la famille en rien d’autre qu’un laboratoire de biologie… L’acte conjugal, dans sa structure naturelle, est une action personnelle et une donation de soi réciproque et simultanée qui, selon l’Ecriture Sainte, réalise l’union en une seule chair. Cela est plus qu’une union de deux cellules germinales, qui peut s’effectuer même artificiellement, c’est-à-dire, sans l’action naturelle des époux. L’acte conjugal, comme prévu et voulu par la nature, implique une coopération personnelle à laquelle les époux ont un droit qu’ils se sont octroyés dans et avec le mariage » (cf. IIème Congrès Mondial Fécondité et Stérilité, 19/10/1956).

Selon ce raisonnement, l’Insémination artificielle, même homologue, est immorale, parce que l’enfant qui en résulte n’est pas le fruit de l’acte qui exprime l’amour personnel.

Toutefois, dans une allocution successive, il précisait : « Nous n’entendons cependant pas proscrire nécessairement l’utilisation de moyens artificiels visant soit à faciliter l’acte conjugal soit à faire aboutir à l’acte conjugal normalement accompli, sa propre fin » (le concept de « adjuvatio naturae »).

A la lumière de ces éclaircissements, ce type d’insémination (homologue) ne présente plus de difficultés d’ordre moral, si elle est faite comme support thérapeutique et associée à l’acte conjugal afin que ce dernier obtienne son effet procréatif ; mais les procédures de prélèvement du sperme doivent être, elles aussi, moralement acceptables, comme l’utilisation du Viricar, un vibrateur capable de provoquer l’éjaculation sans orgasme.

Lire aussi : L’Eglise et la fécondation artificielle (du même auteur).


Abbé Robert ILBOUDO
Archidiocèse de Ouagadougou
Mai 2006