Introduction

Notre vie n’a pas commencé avec l’accouchement, mais 280 jours auparavant, quand s’est formée la première cellule de l’unité vivante que nous sommes aujourd’hui. Biologiquement, le début d’un nouvel organisme correspond à la fusion de deux cellules spécialisées, appelées gamète, provenant l’une du père (gamète mâle ou spermatozoïde), l’autre de la mère (gamète femelle ou ovocyte). Durant la vie prénatale qui évolue dans l’utérus maternel, le nouvel être se transforme progressivement passant d’une créature microscopique d’une seule cellule à un nouveau-né de 3 kg, constitué de trois milliards de cellules.

Dans ce chapitre, nous étudions les phases de la fécondation, un processus complexe que nous subdiviserons en trois moments : la production des gamètes ou gamétogenèse, l’introduction des gamètes dans les voies génitales féminines, enfin, la fusions des deux gamètes ou fertilisation. Nous verrons ensuite les étapes principales du long et extraordinaire itinéraire de l’EMBRYOGENÈSE qui, dans une succession ordonnée de phases de croissance et de différentiation, conduit du zygote au fœtus mur et au nouveau-né.

1 – La production des gamètes

La période fertile de la vie durant laquelle l’individu produit et porte à maturation les cellules gamétiques, commence, soit pour le garçon soit pour la fille, au moment de la puberté. A ce moment, se déclenche une sorte d’horloge biologique qui se trouve dans le système nerveux central et met en fonction le système hypothalamo-hypophysaire qui, à son tour, régule la fonction des gonades. (cf. Fig.1)

A la puberté, les gonades masculines ou testicules, sous l’action d’hormones hypophysaires (FSH et LH), commencent à produire des androgènes (substance hormonale à effet virilisant) et des spermatozoïdes qui constituent les 5% du liquide séminal émis durant le rapport sexuel. La production des spermatozoïdes est énorme (environ 200-300 millions à chaque éjaculation d’un volume de 2-6 ml) ; elle est continue, jusqu’à un âge avancé.

Chez la fille, à la puberté, les gonades féminines ou ovaires, sous l’action cyclique des hormones (FSH et LH), commencent la sécrétion de substances hormonales, les œstrogènes et la progestérone ainsi que la maturation/libération des gamètes féminins, les ovocytes. Normalement, un seul ovocyte arrive à maturation chaque mois.

L’événement le plus marquant et qui caractérise l’age de la fertilité féminine est l’apparition périodique et régulière du flux menstruel, chaque 28 jours. La menstruation, communément appelée « les règles », dure en moyenne 4 à 6 jours et constitue une exfoliation de la muqueuse qui tapisse la cavité utérine, avec la conséquente perte de sang, 30 à 40 ml par cycle. Le début de la menstruation ou ménarque, varie selon les individus et les groupes ethniques, mais se situe à l’age de 10 ans en moyenne, tandis que la cessation définitive des cycles menstruels ou ménopause se situe entre 48 et 52 ans, marquant ainsi la perte ou fin de la fertilité.

Le cycle physiologique de l’utérus dépend de celui des ovaires, car l’endomètre est influencé par les modifications du milieu hormonal, liées à l’activité cyclique des ovaires. Dès les premiers jours de la menstruation, dans la zone corticale des ovaires, un petit groupe de follicules primordiaux commencent leur croissance sou l’effet de l’hormone FSH (Follicules Stimulating Hormone) produit par l’hypophyse. De ces follicules, un seul arrive à maturation tandis que les autres subissent l’involution jusqu’à disparaître. Au fur et à mesure que le follicule se développe, il produit une quantité d’œstrogène qui, à travers le circuit sanguin, parvient à l’utérus ; sous l’effet de l’œstrogène, l’endomètre qui, après la menstruation était mince et fragile, prolifère et l’épaissit.

Quand le follicule ovarien atteint la dimension adéquate, il envoie un signal à l’hypophyse par une production élevée d’œstrogène, manifestant ainsi qu’il est prêt à l’ovulation ; en réponse à ce signal, l’hypophyse injecte dans le circuit une grande quantité de LH (Luteinizing Hormone) qui induit le follicule à ovuler, c’est-à-dire à libérer l’œuf qu’il contenait. Le pic d’œstrogène précède l’ovulation de 24 à 36 heures, tandis que celui de LH la précède de 10 à 12 heures.

Après l’ovulation, ce qui reste du follicule se transforme en corps jaune et envoie dans le sang une grande quantité de progestérone, hormone qui induit une croissance numérique et volumineuse des glandes endométriales, une rétention hydrique, du tissus conjonctif et une augmentation de la vascularisation endométriale : tout cela dans but de préparer l’endomètre à recevoir un éventuel embryon dans cas d’une conception. Si au contraire, il n’y a pas de fécondation, le corps jaune diminue progressivement son activité et la production de progestérone diminue aussi, de même que le flux de sang à l’endomètre. Ensuite, la muqueuse utérine se desquame et s’élimine avec le sang menstruel.

2 – De l’ovulation à la fécondation

Au moment de l’ovulation, l’ovocyte humain mesure environ 20 µ, soit 0,02 mm et est couvent d’une enveloppe protéique dite zone pellucide. Quand l’œuf sort du follicule, il est accompagné de cellules de cumul oophorique dont les plus proches de la zone pellucide prennent le nom de couronne radiale ; elles entretiennent un rapport intime avec l’ovocyte, pourvoyant à sa nutrition durant le trajet qui le porte l’ovaire à la cavité utérine. Ce trajet dure 3 jours au cours desquels il peut rencontrer un spermatozoïde et être fécondé par ce dernier.

La conception est possible si le coupe a eu un rapport sexuel les jours (3) précédant immédiatement l’ovulation ou qui la suivent immédiatement (2).

3 – La fécondation

Le processus de la fécondation, à proprement parler, commence quand le spermatozoïde est en contact avec l’ovocyte : le spermatozoïde se sert de son acrosome pour pénétrer l’ovocyte ; de l’acrosome, il émet un enzyme, la hyaluronidase qui dissout les jonctions intracellulaires du cumul oophorique, provoquant ainsi leur séparation et leur dispersion rapide. Au contact de la zone pellucide, il émet un autre enzyme, l’acrosine qui lui permet d’ouvrir la zone pellucide elle-même pour entrer dans le cytoplasme de l’ovocyte.

Le premier spermatozoïde à passer à travers la membrane de l’ovocyte y entre entièrement, la queue comprise, et la membrane de l’ovocyte subit instantanément des modifications empêchant la pénétration d’autres spermatozoïdes. Celui qui se trouve à l’intérieur y libère sa queue et libère de sa tête le matériel génétique qui s’y trouve, contenu dans les 23 chromosomes dont il est muni. De l’union de ce patrimoine génétique avec celui de l’ovocyte, également constituée de 23 chromosomes, naît un nouveau génome complet de 46 chromosomes ; c’est la phase du zygote, la première cellule du nouvel organisme humain. A partir de ce moment, il se multipliera, se différenciera, s’organisera, se développera en grandeur et en qualité, anatomiquement et physiologiquement. La route est encore longue, mais l’aventure d’une nouvelle vie vient de commencer.

4 – De la conception à la nidation

Le zygote, 38 heures après la fécondation, se subdivise en 2 cellules, chacune d’elles se subdivise chaque 12 heures jusqu’à former un ensemble de 16 cellules, la morula. Durant cette multiplication cellulaire, l’embryon progresse du tiers externe de la trompe à la cavité utérine qu’il atteindra au 4ème jour. Là, il se promène librement pendant 3 à 4 jours, tout en poursuivant sa multiplication cellulaire ; au stade de 32-64 cellules, il prend le nom de blastocyte, constitué de :

o Une cavité pleine de liquide, entourée

o D’une première couche de cellules appelées trophoblastes

o Et d’un autre agrégat de cellules périphériques appelées embryoblastes qui formeront le corps embryonal.

Autour du 7ème jour commence la nidation ou implantation du blastocyte dans la muqueuse endométriale, pour s’achever au 14ème jour de la fécondation.

Après l’implantation, la différenciation procède plus rapidement : l’embryoblaste se transforme en disque embryonal dans lequel on voit apparaître, au niveau du 15ème jour, une zone épaisse appelée strie primitive, ébauche du système nerveux.

Entre le 14ème et le 21ème jour, l’ébauche du placenta, dérivé du chorion trophoblastique, commence à être fonctionnel, permettant à l’embryon de se nourrir et de « respirer » avec le sang maternel.

N.B. : Ce ne sont pas tous les ovocytes fécondés qui aboutissent à une grossesse viable et visible. Environ 50% des embryons, présentant des anomalies surtout génétiques, avortent spontanément, sans que la femme ne s’en aperçoive.

5 – Développement de l’Embryon et du Fœtus

De la conception à la 8ème semaine, l’être humain est appelé embryon. C’est la période durant laquelle tous les organes se sont formés, à travers une succession d’événements (multiplication et différenciation cellulaires), selon le programme contenu dans son code génétique. De la 8ème semaine à la naissance, il appelé foetus ; ses organes, déjà formés, se développent progressivement jusqu’à lui consentir une pleine autonomie de fonctionnement et la possibilité de quitter la mère qui l’avait accueilli.

A 4 semaines de la conception (2 semaines après l’aménorrhée gravidique), la tête de l’embryon est disposée à angle droit par rapport au tronc et l’ébauche des membres (supérieurs et inférieurs) est déjà visible à l’échographie.

A 6 semaines, les mains et les pieds sont visibles.

A 8 semaines, sur le visage, on reconnaît les yeux, les oreilles, le nez, la bouche ; les doigts et les orteils sont formés et le battement cardiaque est perceptible au stéthoscope.

A 12 semaines, c’est un homme complet en miniature, même si la tête est disproportionnée par rapport au reste du corps (tronc et membres)

A 16 semaines, apparaissent les premiers cheveux et les organes génitaux sont bien différenciés. A ce moment, le poids du fœtus commence à augmenter rapidement tandis que ses mouvements sont de plus en plus énergiques, bien sensibles par la mère.

Entre la 26ème et la 28ème semaine, le fœtus est en mesure de survivre dans le milieu extra-utérin s’il devait naître prématurément ; cependant, ses organes vitaux (foie, reins et poumons) sont encore physiologiquement immatures.

Après la naissance qui interviendra à la 40ème semaine, le fœtus prendra le nom de nouveau-né.

Zygote, embryon, fœtus, nouveau-né, tout comme enfant, adolescent, adulte, vieux n’indiquent pas des réalités essentiellement différentes, mais les phases de l’évolution temporelle de la même et identique personne humaine.

6 – La vie intra-utérine

Avec l’évolution des techniques échographiques et l’avènement de la fœtoscopie, on a une plus grande connaissance du comportement du fœtus durant sa vie intra-utérine. Très tôt, on découvre qu’il a la possibilité d’accomplir des mouvements, soit spontanément soit en réponse à des stimulations, ce qui signifie ‘existence et le fonctionnement d’organes sensoriels :

o Les premier mouvement sont observés entre la 7ème et la 8ème semaine ;

o Entre la 10ème et la 21ème semaine, on s’aperçoit qu’il est capable de coordonner ses mouvements pour des actes intentionnels. Ainsi, à la 14ème semaine, il peut déplacer ses doigts, portant souvent le pouce à la bouche pour le sucer ou pour se préparer à se nourrir ou encore pour se procurer un moment de plaisir.

o Au 2ème trimestre, se mouvements sont assez bien coordonnés pour lui permettre de se déplacer dans son milieu, d’explorer son propre corps et d’apprendre à se connaître, de communiquer avec sa mère en agitant les pieds comme le fera à sa naissance.

o A partir du 5ème mois, les mouvements seront de plus en plus précis, suivant la maturité physique du fœtus, et ce, jusqu’à sa naissance. En outre, dans la journée, il alterne sommeil et veille, des phases de sommeil profond et phases de sommeil REM (Rapid Eye Movements) correspondant à des temps de rêves chez l’adulte. C’est aussi à cette même période que son toucher se développe, lui permettant de sentir la douleur, la chaleur ou la pression ; il en est de même pour le système vestibulaire, lui permettant de reconnaître sa position dans l’espace (utérin).

o Au 6ème mois, c’est le goût : le fœtus rejette les substances amères introduites dans liquide amniotique ; à cette même période, il réagit aux signaux lumineux projetés directement sur le ventre de la mère, par l’irradiation, mais ne semble pas être dérangé par la lumière solaire.

o Il sent la douleur, développe aussi le sens de la peur (cf. le cri du silence), distingue les sons, reconnaissant particulièrement la voix de sa mère, soit directement soit la voix enregistrée. [Plusieurs expériences ont montré qu’un enfant irrité se tranquillise quand il entend la voix de la mère, directement ou par enregistrement ; cela fait penser, quand le nouveau-né pleure, que le fœtus sent l’accouchement comme un détachement douloureux et peut-être traumatique du milieu utérin, mais qu’il a encoure en mémoire des sons entendus durant la vie intra-utérine, et les réécouter le tranquillise, parce qu’ils lui rappellent la phase de sa vie où il jouissait d’un abri sûr et confortable]

Une des nouveautés de la médecine prénatale est constituée par les soins du rapport mère-enfant, non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychologique. Cette relation se réalise dans un langage complexe : les bruits (agréables ou non) de la mère, les positions, la fumée (cigarette), certains produits pharmaceutiques, les fatigues physiques, tout cela influence le comportement du fœtus qui réagit à travers différents canaux de communication dont le principal est celui des hormones. Par cette voie, les états émotifs de la mère (angoisse, dépression, fortes émotions, stress…) peuvent provoquer des réactions sur le fœtus et conditionner son développement physique et psychique.

Le fœtus intervient alors comme un partenaire actif dans un mouvement dialogique, en utilisant le même langage des mouvements, mais aussi celui des hormones. La psychologie contemporaine a ainsi souligné comment non seulement les deux premières années de vie après la naissance, mais même durant la période de la vie intra-utérine, ce rapport est important pour la personnalité et le développement mental de la personne humaine. A la naissance, la psyché n’est pas une table rase, car on porte avec soi des éléments de l’expérience vécue durant la vie intra-utérine.

Voilà un aperçu d’embryologie qui permettra de mieux comprendre le statut de l’embryon et la rationalité de la prise de position vis-à-vis de l’avortement.

Abbé Robert ILBOUDO
Archidiocèse de Ouagadougou

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