Cathédrale, 25-11-2012

Excellences Messeigneurs les Evêques,
Révérende Sœur Marie del Carmen, Assistante Générale,
Révérende Sœur Bijundi BASHIGUE, Responsable de la Région Afrique Occidentale,
Honorables invités en vos grades et rangs respectifs,
Chers frères et sœurs en Christ et en humanité,

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon Esprit en Dieu mon sauveur. Le Puissant a fait pour moi des merveilles, Saint est son nom ! » (Lc 1,43).

En cette solennité de la fête du Christ Roi de l’Univers, au nom de notre Eglise Famille de Dieu à Ouagadougou, et au nom des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique (SMNDA), permettez-moi de faire nôtres l’action de grâce et la joie de la Très Sainte Vierge Marie, joie humble, confiante et reconnaissante, au Seigneur.

Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous offre, en ce jour, l’opportunité d’une double fête : d’une part la célébration du Christ Roi de l’Univers et, d’autre part, l’action de grâce au Seigneur pour ses merveilles d’amour en faveur des S.M.N.D.A et des populations burkinabé, bénéficiaires de leur présence missionnaire.

Et c’est pour moi un agréable devoir d’accueillir et de saluer cordialement tous les participants à la présente célébration eucharistique.

« Y zâng fâa, ne y waongo ! Y zîig be neere ! »

Soyez tous et toutes les bienvenus !

I – Centenaire des S.M.N.D.A au Burkina Faso

1912 – 2012 = 100 ans !

Cent ans au service de l’Evangélisation et du développement de la personne au Burkina Faso. Avec le Psalmiste, reconnaissons que « c’est là l’œuvre du Seigneur, ce fut merveille à nos yeux ». (Ps 118).

1.1. Fondation et charisme des S.M.N.D.A

Le 3 décembre 1912, arrivaient à Ouagadougou, huit sœurs missionnaires d’Afrique- couramment appelées sœurs blanches en raison de l’habit blanc qu’elles avaient adopté comme tenue religieuse. Elles étaient envoyées par leur famille religieuse, fondée en 1869, un an après la société des missionnaires d’Afrique, par le Cardinal Charles LAVIGERIE.

Cet homme, passionné de Dieu et de l’Afrique, lègue à ses fils et filles de ces deux Instituts une spiritualité essentiellement missionnaire, si bien que le charisme des Sœurs Missionnaires Notre Dame d’Afrique peut se résumer ainsi : ce sont des religieuses missionnaires, consacrées et totalement données pour l’Evangélisation des Peuples Africains, afin qu’ils connaissent le Christ et l’annoncent à leur tour. Cela s’inscrit en droite ligne dans la vision et l’intuition prophétique du fondateur qui était convaincu que « les missionnaires doivent être des initiateurs, mais l’œuvre durable doit être accomplie par les africains eux-mêmes devenus chrétiens et Apôtres » (Cardinal LAVIGERIE).

1. 2. Œuvres des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique

Fidèles à la volonté de leur fondateur, les Sœurs Blanches se sont mises dès les premières années, au service de l’Evangélisation, de la promotion humaine et du développement intégral de la personne humaine dont elles furent, à maints égards, les pionnières.

Nombreuses et significatives furent leurs œuvres. Qu’il nous suffise de mentionner ici :

Dans le domaine de l’Education de la formation

- L’école cléricale fondée en 1921, origine du clergé et des cadres de Haute-Volta... et plus tard, d’autres écoles primaires et centres de promotion féminine à travers le pays.

- Le Collège Notre Dame de Kologh-Naaba en 1951

- Le Lycée Technique Charles Lavigérie en 1951

- Le collège Sainte Marie de Tounouma en 1953

- Le Centre de Formation Artisanale Féminine (CFFA) en 1970 qui deviendra plus tard Le lycée Technique Gouvernemental Yennenga

- L’Ecole des Infirmiers préparant au diplôme d’Etat en 1962 (ENSP)

- L’Ecole des aveugles en 1982

Dans le domaine de la santé

- Le dispensaire ophtalmologique, près de la Cathédrale, en 1921 et autres dispensaires à travers le pays.

- Le Centre des handicapés et 3 centres de rééducation à Ouagadougou

- L’orphelinat Home Kisito

- Dans le domaine social

- L’Ouvroir, pour la formation féminine, dans les années 1917

- Le Centre DELWENDE de Tangê pour l’accueil des vieilles accusées de sorcellerie et rejetées par la société.

- Une bibliothèque Notre Dame pour les jeunes.

Par ailleurs, les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique ont contribué à la naissance et à l’affermissement de la vie consacrée au Burkina Faso, favorisant la naissance de 3 congrégations féminines autochtones :

- La Congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception fondée en 1924, il y a 88 ans, compte environ 420 membres en 2012.

- L’Institut Famille des Sœurs de l’Annonciation de Bobo-Dioulasso, né en 1948, il y a 64 ans et compte 251 membres en 2012.

- La Congrégation des Sœurs de Notre Dame du Lac, fondée en 1967 et qui fête 45 ans d’existence avec 87 membres.

Enfin, les Sœurs Blanches n’ont pas voulu se tenir en marge de la pastorale directe, s’impliquant dans la catéchèse et les organisations des papas et mamans catéchistes.

Je m’arrête là sans qu’il faille, pour autant, restreindre leur élan missionnaire aux seuls domaines susmentionnés. En effet, selon les termes de leurs constitutions (n° 21), les Sœurs Blanches ont « le souci de la dignité de la femme, de sa libération et de son droit à exercer sa responsabilité » et se déterminent à être « ferment de réconciliation, de justice et de miséricorde ». Vaste et ambitieux programme !

1.3 Reconnaissance et hommage aux Sœurs M.N.D.A.

C’est tout le continent africain, et en particulier le Burkina Faso, qui se veut conscient de la dette de reconnaissance envers ses ancêtres dans la foi et ses providentiels promoteurs du développement. L’Ecriture Sainte nous y invite, du reste : « Souvenez-vous de vos prédécesseurs, qui vous ont annoncé la Parole de Dieu, et considérant la fin de leur vie, imitez leur foi » (Heb.13, 7)

Au nom de notre Eglise Famille de Dieu, je voudrais donc rendre un vibrant hommage à la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’ Afrique, à ses religieuses défuntes, à celles qui sont maintenant au repos en Europe ou toujours présentes sur le champ de l’Apostolat.

Révérende Sœur Marie del Carmen, Assistante Générale,
Révérende Sœur BIJUNDI BASHIGUE,

soyez notre voix et notre cœur pour transmettre notre reconnaissance à la Supérieure Générale et à son Conseil à Rome.

Votre histoire constitue une véritable épopée missionnaire, un véritable drame de charité, d’héroïsme, de sacrifice qui a fait de notre Eglise une Eglise Famille de Dieu belle, sainte et resplendissante. Certes, comme sur tout arbre, la qualité des fruits est inégale, mais l’arbre est sain et vigoureux. Malgré les limites humaines des ouvriers apostoliques et des baptisés, on peut rendre grâce au Seigneur pour les résultats obtenus. Et nous vivons dans l’espérance qu’il y a de belles récoltes encore en perspective.

1.4. Le temps des héritiers

Nous l’avons déjà mentionné, le grain qui a été semé en son temps par les Sœurs Blanches a porté des fruits abondants. Il revient aux héritiers la mission de prendre le relais avec foi et détermination pour poursuivre la réalisation du mandat missionnaire donné par Jésus à l’Eglise, à tous les baptisés : « allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15).

L’Eglise annonce la Bonne Nouvelle non seulement par la proclamation de la Parole, mais aussi par le témoignage de vie... Nés de la prédication et du travail apostolique des Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique, les fils et filles de l’Eglise Famille de Dieu sont désormais responsables de la mission évangélisatrice. Dans cette perspective, nous devons organiser la pastorale des vocations, encourager les vocations missionnaires et sensibiliser tous les baptisés à leur responsabilité missionnaire... C’est ainsi que nous réaliserons la prophétie du Pape Paul VI : « Vous africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires » (A.G., n°6; A.I.E, n° 56)

II - Fête du Christ, Roi de l’Univers

Chers frères et sœurs,

La clôture du centenaire des SMNDA coïncide fortuitement avec la fête du Christ Roi de l’univers, solennité placée au dernier dimanche de l’Année Liturgique pour souligner le caractère cosmique et eschatologique de la Royauté du Christ, Dieu-né-de-Dieu, qui ne connaît ni commencement ni fin, Alpha et Omega, ainsi que nous l’enseigne la 2è lecture. La Royauté du Christ est éternelle, elle n’aura pas de fin (lecture = Dan. 7,13-14) et elle est universelle.

D’une part, le prophète Daniel nous assure que « tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le serviront » et, d’autre part, St Jean prophétise que tous les hommes le verront, « même ceux qui l’ont transpercé », ceux qui ont refusé de l’accueillir, de croire en lui, de vivre de lui...

C’est dire que tous les hommes de toutes cultures et de toutes conditions, justes et injustes, croyants et mécréants, sont concernés par sa Royauté. Tous seront obligés de reconnaître sa Royauté, i.e. sa puissance de gloire, mais aussi leurs infidélités et leurs péchés, leur indignité quant à la participation à la Royauté du Christ.

Nous sommes assurément, nous croyants, dans l’attente du Règne du Christ. Toutefois, si Jésus lui même affirme à Pilate qu’il est Roi, mais que sa Royauté n’est pas de ce monde (Jn 18,33-37), cela ne nous interpelle-t-il pas ? Nous devons nous remettre en cause.

-Le Royaume de Jésus consiste à rendre témoignage à la vérité. La vérité chez St Jean, c’est Dieu qui se fait connaître en Jésus Christ ; la vérité, c’est Jésus lui-même.

Chrétiens, sommes-nous vraiment des hommes et des femmes de vérité ? Appartenons-nous vraiment au Christ ou au monde du mensonge, de la cupidité, des ténèbres ? Sommes-nous vraiment de véritables témoins de la Parole de vérité, de vie ?

La Préface de ce dimanche annonce que le Royaume du Christ est « un règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, de justice, d’amour et de paix ». Et le Christ Roi invite tous les hommes sans distinction aucune à faire advenir son Royaume.

- Le Royaume de Dieu est là lorsqu’on travaille pour rendre l’homme, tout homme, heureux, en respectant ses droits et ses devoirs ; lorsqu’on a le souci des plus défavorisés, des petits, des pauvres... des laissés pour compte, des ‘sans voix’.

- Son Royaume est là lorsqu’il y a des artisans de justice et de paix qui acceptent de dialoguer, de se compromettre, de pardonner, de donner leur vie, d’aimer… comme le Christ.

- Son Royaume est là lorsque les institutions publiques et privées, politiques et administratives, législatives et judiciaires, coutumières et religieuses se mettent réellement au service du Bien Commun. La raison d’être de toute autorité, c’est le service.

- Son Royaume est là lorsqu’en famille on s’aime, lorsqu’on a le souci du bonheur de l’autre, lorsqu’on sait pardonner… lorsqu’on met tout en œuvre pour rester fidèle et construire ensemble une communauté de vie, une communauté d’amour…

- Son Royaume se réalise dans mon existence, lorsque je ne reste pas uniquement rivé aux biens de ce monde qui passe, et j’opte de faire place aux valeurs spirituelles, à la prière, à Dieu… afin qu’il puisse habiter mon cœur et donner sens à ma vie, à mon travail, à ma mort…

Chers frères et sœurs en Christ, en cent ans, le Maître de la Moisson a béni le travail des Sœurs Blanches. Leurs diverses œuvres « sont des joyaux qui ornent l’Eglise » et manifestent le Royaume du Christ. (Africae Munus, 118). Une belle œuvre a certes été réalisée, mais il reste encore de nombreux défis à relever par les héritiers de cette belle épopée missionnaire.

La présente célébration jubilaire conclut une étape missionnaire notable et voudrait propulser vers des horizons nouveaux, signe d’espérance pour l’Eglise Famille de Dieu au B.F et en Afrique. Nous sommes tous appelés à « rêver ensemble », à nous mobiliser davantage avec une solide détermination, pour travailler en synergie dans une communion sans faille... condition « sine qua non » pour aller au large, en eau profonde, « duc in altum », dans une indéfectible fidélité et un fécond renouveau pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Confions à la protection maternelle de la Vierge Marie, notre Dame d’Afrique, Etoile de l’Evangélisation, le présent et l’avenir des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique et des Eglises particulières qu’elles ont contribué à édifier.

« Notre Dame d’Afrique,
- Toi qui es Mère de tous les hommes,
Souviens-toi spécialement des Africains.
- Que tous ceux qui ne connaissent pas en Jésus le Fils du Père
soient attirés par la Lumière.
- Que tous ceux qui se sont laissés saisir par Lui proclament sa Bonne Nouvelle par toute leur vie.
- Notre Dame d’Afrique, Reine de la Paix,
Obtiens la paix pour tous les pays déchirés par la haine, les rancœurs, le racisme.
- Que la loi de Charité de Ton Fils gagne les cœurs et les unissent, pour que tous chantent la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit. »

A M E N !

+Monseigneur Philippe OUEDRAOGO
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

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