Message des évêques de la RECOWA-CERAO
Lors de l’Assemblée Constitutive du Conseil Régional des Laïcs de l’Afrique de l’Ouest

Côte d’Ivoire, du 18 au 22 juillet 2010

A l’issue de ce Congrès du Laïcat que nous qualifions volontiers d’historique, le laïcat catholique de l’Afrique de l’Ouest s’est doté d’une organisation régionale de coordination au niveau des Eglises de la CEDEAO.

Nous, Cardinaux, Archevêques et Evêques responsables des Eglises de l’espace CERAO, avions, il y a deux ans, suivant le Plan Stratégique de Pastorale de la CERAO, donné mandat à la Commission du Laïcat de préparer ce congrès où verrait le jour cette structure de coordination du laïcat au niveau régional.

Entre temps est survenue la fusion en une seule Association régionale des deux Conférences Episcopales de l’Afrique de l’Ouest : la CERAO (Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest) francophone et lusophone et la RECOWA (Régional Episcopal Conference of West Africa) anglophone. Le projet de coordination régional du laïcat devenait réellement un projet de coordination du laïcat de toutes les Eglises de l’espace Afrique de l’Ouest, un projet de coordination du laïcat des Eglises des pays formant l’entité politico-économique de la CEDEAO.

La préparation engagée de coordination du laïcat s’est poursuivie et des délégués du laïcat des Eglises de la CERAO et de la RECOWA se sont retrouvés à ce Congrès d’Abidjan du 18 au 22 Juillet 2010 et ont mis en place le CONSEIL REGIONAL DU LAICAT DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CRLAO) tant désiré et souhaité. Nous en sommes heureux et c’est avec beaucoup de joie que nous vous annonçons la nouvelle.

Ce Conseil Régional du Laïcat, comme les Conseils Nationaux du Laïcat qu’il coordonnera devra œuvrer au travail d’éveil et de sensibilisation des fidèles laïcs afin qu’ils s’engagent à participer effectivement à l’accomplissement de la Mission de l’Eglise du Christ.

Notre joie de voir les laïcs organisés jusqu’à ce niveau de coordination, décidés à prendre leur exacte place dans l’Eglise et motivés à s’engager à accomplir leur mission spécifique dans l’Eglise, nous presse, pour leur éviter désillusion, déception et découragement, de prévenir tout un chacun des obstacles qui se dressent sur la voie. En effet comme l’on dit couramment : un homme averti en veut deux !

1. Le premier obstacle majeur qui ébranlera l’élan d’un grand nombre et qui vient tant du clergé que des laïcs eux-mêmes, sera le constat que « les pages lumineuses consacrées par le Concile Vatican II au laïcat n’ont pas encore été suffisamment traduites et réalisées dans les consciences des chrétiens catholiques et dans la pratique pastorale des agents apostoliques ».

En d’autres termes, la doctrine conciliaire sur l’identité, la vocation et la mission des laïcs dans l’Eglise et le monde demeure insuffisamment connue par les laïcs eux-mêmes ; et le clergé, s’il la connaît, n’en tire pas toutes les conséquences dans leur pratique pastorale.

Que dit le Concile Vatican II ? Le Concile enseigne que l’Eglise : « Peuple de Dieu », « la Famille de Dieu sur terre », comme nous disons en Afrique, c’est l’ensemble de toutes les personnes baptisées, tous, « du Pape jusqu’au dernier baptisé et pas seulement la hiérarchie ! Combien de chrétiens parlent encore de l’Eglise en s’en excluant, comme s’ils étaient en dehors d’elle ? Face aux situations critiques par exemple, ce sont les seuls évêques, vers lesquels on se tourne pour se demander ce qu’attend l’Eglise pour réagir. Cela est significatif d’un déficit de compréhension de ce qu’est l’Eglise et partant de la responsabilité du baptisé.

Le Pape Benoît XVI dit : « il y a nécessité et urgence que nous changions de mentalité concernant particulièrement les laïcs pour qu’ils ne se considèrent pas seulement et qu’on ne les considère pas seulement comme des « collaborateurs » du clergé, mais qu’ils se considèrent et qu’on les reconnaissent réellement comme des responsables de l’être et de l’agir de l’Eglise », autrement continuera d’apparaître au grand jour le déficit prononcé de la présence et de l’action des fidèles laïcs dans l’Eglise et le monde.

2. Le second obstacle qui découle du premier, c’est l’habitude, tant du clergé que des laïcs eux-mêmes, de marginaliser les fidèles laïcs et les laïcs eux-mêmes de se marginaliser.

Le clergé ne mène-t-il pas les fidèles laïcs comme on mène des enfants ? Les laïcs n’ont d’yeux que pour les lever vers le clerc. Les laïcs sont comme interdits d’avoir et de prendre une quelconque initiative dans l’Eglise. Ils attendent consignes et mot d’ordre comme des enfants qui ne peuvent lever le doigt sans qu’on les mette à leur place. Nos responsable tant clercs que laïcs en responsabilité oublient que les baptisés sont de ces peuples qui aujourd’hui ont notamment acquis leurs indépendances, qu’ils gouvernent d’eux-mêmes leurs Etats. Peuvent-ils dans l’Eglise, être toujours tenus comme des incapables, sans voix, sans idées et sans possibilité de participer à la construction de leur Eglise ? Il nous faut accepter dans l’Eglise que la construction du Royaume de Dieu est l’affaire de tous, l’affaire de tous les baptisés. Tous dans l’Eglise : clercs, laïcs et personnes consacrées sont appelés « à faire la même chose, mais pas de la même manière, ni à la même place ». Que les clercs aident les fidèles laïcs à jouer pleinement leur rôle et à occuper la place qui est la leur. Le Saint Père ne dit pas autre chose quand il demande : « d’améliorer l’organisation pastorale de façon à ce que dans le respect des vocations et des rôles des personnes consacrées et des laïcs, l’on promeuve graduellement la coresponsabilité de l’ensemble de tout le Peuple de Dieu à la mission évangélisatrice du monde. »

3. Le troisième obstacle qui, hélas, va s’amplifiant c’est le refus du monde de voir l’Eglise, le chrétien exercer sa mission d’évangéliser les réalités du monde en parlant d’ingérence de l’Eglise dans ce qui ne la regarde pas, d’intolérance du chrétien dès qu’il conteste telle ou telle façon d’être, d’agir.

En cela se manifeste la volonté de beaucoup de personnes, même au sein de l’Eglise, de reléguer l’Eglise et le chrétien à la sacristie ou de faire de la religion une affaire de conscience individuelle. L’on tente ainsi d’interdire aux fidèles laïcs d’exercer leur mission spécifique qui est de sanctifier leur vie ordinaire et professionnelle et également de servir les autres êtres humains.

Le Concile Vatican II nous dit que l’Eglise, et partant le chrétien, est réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. Les fidèles laïcs ont à gérer le monde en fidélité au dessein créateur, dans le respect des structures propres des diverses sociétés dont ils sont membres. Ils ont à mettre en œuvre cette fonction royale reçue de leur baptême et à assurer la gérance de l’histoire humaine en marche vers le Royaume » (Ad Gentes, n° 16).

La présence de l’Eglise et celle des chrétiens au monde, « sans être du monde » est une réaction contre la privatisation de la foi. En effet l’Evangile, la Bonne Nouvelle, concerne toute l’existence des hommes et « ne peut être reléguée dans l’intime et la conscience individuelle.

Notre foi chrétienne est à vivre dans l’économie et le travail, dans la politique, la santé, la culture, dans les rapports entre groupes sociaux, nations et continents, dans la lutte contre le racisme, la corruption pour la justice et la paix et cela en dialogue et en collaboration avec d’autres instances confessionnelles et même non confessionnelles ».

Nous pourrions encore prolonger la liste des handicaps tant ils sont nombreux. Nous voudrions nous arrêter à ceux que nous venons d’épingler pour prévenir les uns et les autres que les choses n’iront pas au rythme qu’ils peuvent penser aujourd’hui et souligner les tâches urgentes auxquelles devra s’affronter toute organisation du laïcat à n’importe quel niveau qu’elle se trouve.

Nos organisations du laïcat aux divers niveaux doivent :

- donner la main au clergé pour immédiatement relever le déficit de la formation des fidèles laïcs afin que disparaisse un certain cléricalisme tendant à situer le « ministère ordonné en surplomb du fidèle laïc dans une posture de pouvoir et de savoir qui sous-estime l’égale dignité de la condition baptismale des fidèles disciples du Christ ». (L.G. 2).

-s’atteler à décomplexer les fidèles laïcs afin qu’ils s’engagent à témoigner et à rendre compte ensemble et individuellement de leur foi, en sortant du silence, de la peur d’afficher leurs convictions de foi face aux situations, agissements, déclarations et comportements inacceptables qui heurtent et agressent leurs convictions intimes de foi.

- responsabiliser les fidèles laïcs à la réelle prise en charge matérielle et financière de l’Eglise.

Il n’est pas normal que nous continuions à nous heurter au manque de ressources financières et matérielles pour mener à bien nos œuvres d’évangélisation. Il n’est pas vrai que les chrétiens catholiques soient plus pauvres que les adeptes des autres formations religieuses. Les laïcs ont seulement besoin d’être conscientisés à aimer leur Eglise, car dit la sentence populaire : « on ne donne pas parce que l’on a mais parce que l’on aime ! »

L’organisation de notre laïcat, aux divers niveaux, restera une charpente vide et inefficace si elle n’est que structures, et affaire des seuls élus qui l’animeront, aussi en appelons-nous solennellement à tous et à chacun de vous, membres de la communauté ecclésiale : prêtres, personnes consacrées et laïcs à lui donner toute votre confiance et à la soutenir de toutes vos forces.

Ces organisations ne sont pas des buts en elles-mêmes, mais un moyen de réaliser la communion qu’est l’Eglise du Christ. Avec vous tous, nous serons attentifs à leur détermination à œuvrer pour atteindre leur objectif qui est de promouvoir dans nos pays respectifs un laïcat mûr et engagé et qui travaille avec la Hiérarchie pour que l’Evangile s’enfonce profondément dans les esprits, dans la vie et dans le travail de nos peuples.

Que Dieu bénisse, accompagne et rende efficaces les activités de nos structures de Coordination du Laïcat aux divers niveaux : paroissial, diocésain, national et régional !

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