Excellence,
Chers frères dans le sacerdoce,
Chers religieux (ses), catéchistes,
Chers frères et sœurs en Christ,

La paix du Seigneur soit toujours avec vous !

I- Salutations

Je souhaite à tous et à toutes la bienvenue à la présente célébration eucharistique.

J’adresse un salut de chaleureuse bienvenue et j’exprime ma gratitude au Nonce Apostolique Mgr Bertoldi venu prier avec nous et pour nous. Merci Excellence pour votre sollicitude pastorale, votre compassion et vos prières à l’occasion des récents événements que nous avons vécus au Burkina Faso.

Je remercie les prêtres, religieux (ses), catéchistes et vous chrétiens de notre Famille diocésaine, qui avez répondu généreusement à notre appel, pour qu’ensemble, nous puissions rendre grâce au Seigneur et implorer la grâce de la justice et de la paix pour notre cher Faso. Votre présence effective est l’expression de votre foi en Dieu, source de tout don parfait et Maître de l’histoire des Peuples. Aux fidèles chrétiens de la paroisse de Kologh-Naaba en pèlerinage au Sanctuaire Notre Dame de Yagma, je souhaite la bienvenue avec l’assurance de ma prière pour un bon et fructueux pèlerinage paroissial. Puisse cette démarche de foi renforcer vos liens de service, de fraternité et de communion pour l’édification d’une communauté paroissiale dynamique, sainte et missionnaire en vue d’un témoignage chrétien plus incisif au cœur du monde.

II- Message des textes bibliques du 27ème dimanche

En ce 27ème dimanche du temps ordinaire, accueillons avec foi et confiance le message de la Parole de Dieu et laissons-la résonner en nos cœurs et transformer surtout notre vie.

Le livre de la Genèse nous rappelle que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance et en a fait un être de relation, capable d’amour dans la relation à l’autre, dans la complémentarité et la communion. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », déclare le Seigneur à la création. Dieu créa l’homme et la femme et c’est dans leur vie de couple, qu’ils sont appelés en premier lieu à vivre la communion dans l’amour. « … L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un. » L’Église, s’inspirant de la Parole de Dieu enseigne que l’union entre l’homme et la femme, c’est-à-dire le mariage voulu et créé par Dieu, est une « intime communauté de vie et d’amour » dont les propriétés essentielles sont l’unité et l’indissolubilité. A la question des pharisiens de savoir s’il est permis à un homme de renvoyer sa femme, Jésus réaffirme le caractère sacré du mariage et son caractère indissoluble. A la parole du récit de la création « tous deux ne feront plus qu’un », Jésus ajoute : « ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas… Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. » Le mariage chrétien inscrit donc dans le dessein de Dieu est le signe de son amour indéfectible et de sa fidélité envers l’humanité.

Le mois missionnaire, mois du Rosaire, est placé cette année sous le thème suivant : « Famille chrétienne, sois fidèle à la communion fraternelle et à la prière. » C’est l’occasion de prier et d’œuvrer afin que nos familles chrétiennes retrouvent par la prière, l’amour et la communion un visage plus rayonnant. Prions également pour la réussite de la XIVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain » (4-25 octobre).

Dans l’évangile de ce jour, le Christ nous invite aussi à la conversion, nous offrant comme modèle les petits : devenir et accueillir le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant, comme des enfants car le Royaume est à ceux qui leur ressemble. Les enfants nous sont offerts en exemple car ils échappent à l’endurcissement du cœur et se présentent simples, humbles et confiants en Dieu et en tout, capable d’amour et capable de se laisser sanctifier par Jésus. Ils sont en outre capables de vivre selon l’esprit des Béatitudes que nous devons incarner au sortir de la crise socio-politique marquée par des fractures sociales béantes en raison de la violence qui a endeuillé des familles ou provoqué de nombreuses blessures au sein des couches de la société burkinabè. Au nom de notre Église famille de Dieu, nous présentons notre compassion à tous les blessés et nous prions pour leur prompt rétablissement. Aux familles qui ont perdu des fils et des filles, nous exprimons nos sincères condoléances et offrons la présenté eucharistie pour le repos des leurs âmes en Dieu. Nous prions pour tous ceux qui meurent de par le monde, les pèlerins de la Mecque, les victimes du terrorisme. Requiescant in pace !

III- Situation nouvelle, tâches nouvelles !

« Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir », s’écrit les psalmiste. L’ensemble du peuple burkinabè devrait faire sienne cette parole du psalmiste pour exprimer combien il est redevable au Seigneur et combien il doit lui rendre grâce au souvenir de ses merveilles à son égard. Au plus fort des différentes crises socio-politiques avec leurs rebondissements, la main du Seigneur était toujours là pour nous aider à sortir de l’impasse et à éviter le chaos. Que son Nom soit béni éternellement ! Il a écouté la supplication de ses enfants et la prière de tous les croyants qui ont mis leur espoir en lui. Par cette eucharistie, rendons grâce à Dieu, Maître de notre histoire et continuons de le lui demander pour notre pays et pour tous les pays en guerre, la grâce de la réconciliation, de la justice et de la paix véritable et durable. Les chrétiens que nous sommes, devons non seulement prier à cette intention mais aussi et surtout nous engager à être des artisans de réconciliation, de justice et de paix durable.

1- La Réconciliation de la société actuelle burkinabè

Frères et sœurs, la dimension de la réconciliation constitue « la condition préliminaire essentielle de l’édification de la justice et de la paix » (Benoît XVI Africae Munus, n. 19). En effet, c’est seulement en Dieu et par la grâce de Dieu qui nous donne un cœur nouveau et qui nous réconcilie avec lui et avec les autres. C’est en Dieu seul que toute réconciliation est possible. La réconciliation prend donc sa source en Dieu qui est l’Amour même. Jésus-Christ dans sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection a réconcilié les hommes avec Dieu en pardonnant leurs péchés et en outre, réconcilié les hommes entre eux. Selon Saint Paul, des deux, Israël et les païens, il a fait un seul Peuple par le sang de sa croix. Ainsi la réconciliation rétablit une double communion : la communion entre Dieu et les hommes et la communion des hommes entre eux, appelés à être des « ambassadeurs de réconciliation. » La réconciliation avec Dieu conduit donc nécessairement à la restauration des relations entre les hommes au moyen de la résolution des différends et de la suppression des obstacles à leurs relations, et ce, grâce à leur expérience de l’Amour de Dieu. (Cf. A.M, n. 20). La parabole de l’enfant prodigue illustre bien cette réalité car, dans le retour du fils cadet, c’est-à-dire dans sa conversion, le besoin de se réconcilier, d’un côté, avec son père et, de l’autre, avec son frère aîné par la médiation du père, est mis en relief. Seule une réconciliation authentique engendre une paix durable dans la société. Après une crise comme la nôtre, la réconciliation souvent menée dans le silence et la discrétion permet à une société de restaurer l’union des cœurs, la coexistence pacifique et de bâtir l’unité d’une nation déchirée. Dans un communiqué, le « Gouvernement de la Transition réitère son appel à la tolérance et au bon accueil de nos frères de l’ex-RSP. Il lance encore l’appel au renforcement de la réconciliation et de l’unité nationale » (Service d’information du gouvernement, dans l’Observateur du 1er octobre, n. 8964, p. 7). Accueillons ce message dans un esprit évangélique car c’est dans le pardon mutuel, pardon donné et accueilli, que la mémoire blessée des personnes ou des familles ou des communautés retrouvent l’harmonie. « La réconciliation surmonte les crises, restaure la dignité des personnes et ouvre la voie au développement et à la paix durable entre les peuples à tous les niveaux. » (A.M, n. 21).

Cependant pour être effective, la vraie réconciliation devra être accompagnée par un acte courageux et honnête :

- la recherche des auteurs du conflit pour situer les responsabilités car les victimes ont droit à la vérité.

- la purification de la mémoire, la conversion afin de construire une société meilleure où de telles tragédies ne se répèteront plus jamais.

C’est à cette tâche nouvelle que sont conviés toutes les parties prenantes de la scène socio-politique, c’est à cette tâche ardue que sont invités tous les citoyens, les chrétiens appelés à être « sel et lumière du monde ». Chers chrétiens, vous avez le grave devoir d’éclairer et d’imprégner la sphère politico-sociale des valeurs de l’Évangile, valeurs de probité, de vérité, d’amour et de justice. Dans cette perspective, nos CCB mettront tout en œuvre pour être « promotrices » de réconciliation, de justice et de paix

2- La justice

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux. » (Mt 5,10). La justice est la vertu qui distribue à chacun son bien propre, son dû.

L’Église Famille de Dieu en Afrique et au Burkina Faso est appelée à témoigner du Christ par la promotion de la justice et de la paix. Ce témoignage concret de l’Église doit se traduire par l’engagement déterminé de ses enfants au service de la solidarité et de la justice. En cela, le rôle des laïcs engagés dans la vie publique est irremplaçable. Partout où ils sont seuls à pouvoir pénétrer, les laïcs doivent témoigner de la bonté, de la vérité, de la justice et de l’amour de Dieu dans leurs activités quotidiennes.

Pour jouer pleinement leur rôle, il convient de s’imprégner de la doctrine sociale de l’Église et de se former des consciences droites et respectueuses des exigences de la justice. Ce n’est qu’à cette condition que les baptisés pourront en combattant les injustices, en ayant le sens et le service du Bien Commun et en exerçant une gestion honnête de la chose publique, édifier un ordre social juste, une société juste et pacifique. La mise en place des Commissions Justice et Paix et leur fonctionnement effectif au sein de nos communautés pourrait favoriser davantage le combat de l’Église pour le respect de la dignité et des droits de l’homme et aussi pour l’avènement d’un monde plus juste et fraternel. Mais la justice seule ne suffit pas pour l’avènement de la paix ; elle doit s’ouvrir à cette force plus profonde qu’est l’amour. A la valeur de la justice, la doctrine sociale de l’Église associe celle de la solidarité comme voie privilégiée de la paix. Si la paix est le fruit de la justice, on pourrait dire avec la même justesse que la paix est le fruit de la solidarité (cf. Sollicitudo rei socialis, n. 39) et de l’amour. La solidarité est garante de la justice et de la paix, de l’unité.

3- L’édification de la paix, une œuvre commune

La réconciliation et la justice sont deux présupposées essentiels de la paix et finalement réconciliation, justice et paix sont intimement liées. La réconciliation qui ouvre la voie au pardon, à l’apaisement et à la guérison des cœurs, met toujours la société à l’abri de la vengeance et de son corollaire qu’est le cercle vicieux de la violence. Quant à la justice, elle est une exigence de toute réconciliation vraie en permettant de situer les responsabilités et de réparer les torts causés. Réconciliation et justice sont comme les deux colonnes d’une paix véritable et durable.

Notre pays le Burkina Faso a été le théâtre de violences fratricides qui a causé beaucoup de souffrances, pertes en vies humaines et destruction de biens privés et publiques. Des causes internes et externes tels l’intolérance, le manque de dialogue vrai, la soif du pouvoir, la sauvegarde d’intérêts égoïstes personnels ou de groupe ont été à l’origine d’une telle situation. D’où la nécessité d’une conversion profonde du cœur (changement de mentalités) pour combattre le mal à la racine en éradiquant toutes ces causes qui sont autant d’obstacles à l’édification de la paix et à la cohésion sociale. Il s’agit de s’attaquer au mal à la racine, en privilégiant le Bien Commun et l’intérêt supérieur de la nation et cela, au détriment des intérêts personnels et égoïstes. Nous sommes tous conscients qu’il faudrait désormais s’engager dans un processus de réconciliation, de justice afin de retrouver et de consolider la paix lourdement fragilisée.

« Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu »

La paix est un don de Dieu, car toute paix véritable vient de lui ; mais rappelons-le, elle est aussi le fruit des efforts des hommes. C’est dire combien, les hommes doivent prier et œuvrer à l’avènement de cette paix. Dans ce sens, le Pape émérite Benoît XVI nous exhorte en ces termes : « Pour être vraiment des artisans de paix, nous devons nous éduquer à la compassion, à la solidarité, à la collaboration, à la fraternité, être actifs au sein de la communauté et vigilants à éveiller les consciences sur les questions nationales et internationales et sur l'importance de la recherche de modalités adéquates pour la redistribution de la richesse, pour la promotion de la croissance, pour la coopération au développement et pour la résolution des conflits. » (Message pour la journée mondiale pour la paix, 2012). Il s’agit pour nous dans le contexte actuel du Burkina Faso, de cultiver et d’incarner les valeurs fondamentales pour la paix. Les fondements d’une paix durable sont en effet, l’amour et la fraternité, la solidarité, la réconciliation, la justice, la tolérance, le dialogue … Chrétiens, musulmans, adeptes de la religion traditionnelle, partis politiques et organisation de la société civile, un appel pressant est donc lancé à tous, pour promouvoir davantage la fraternité, le dialogue interreligieux et interculturel dans les respect mutuel et l’amour…, gage d’élections libres et transparentes, crédibles et pacifiques, acceptées par tous.

Bien-aimés de Dieu, nous sommes accourus aujourd’hui aux pieds de Marie, pour rendre grâce à Dieu avec elle et implorer une fois de plus la grâce de la paix pour notre pays. Daigne le Seigneur, exaucer notre prière d’action de grâce et de supplication et faire de nous, des artisans de réconciliation de justice et de paix. Notre Dame de Yagma, priez pour nous et protégez notre pays.

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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